‹ Au pays des manchotsChapitre 76 sur 90 · HALLEMENT DU PETIT CANOT SUR LA BANQUISE · texte numérisé non relu

HALLEMENT DU PETIT CANOT SUR LA BANQUISE

est assez maniable, et c’est précisément celle qui n’est pas stable. En tous cas, il est évident qu’on ne pourra les transporter sur la neige sans les placer sur un traîneau.

L’après-midi, létat-major se réunit pour discuter l’importante question de la route à suivre, si le navire est écrasé, Deux hypothèses se présentent : la première soutient que, vu la lourdeur excessive des embarcations et l’état d’affaiblissement des hommes, il faut faire route vers le Nord, gagner la lisière de la banquise, puis la longer en canot, Si une tempête nous menace, nous aurons peut-être la faculté de nous mettre à l'abri sur un champ de glace. Après une longue discussion, ce plan est rejeté, vu l'instabilité des embarcations et la houle violente qui sévit constamment à la lisière de la banquise.

L'autre plan nous conduit, comme le premier d’ailleurs, à essayer d'atteindre le détroit de Gerlache, mais en nous tenant à une distance telle de la lisière, que la houle ne puisse nous atteindre, et en choisissant les champs de glace assez vastes pour que nous ne nous trouvions pas constamment obligés de franchir les chaînes de hummocks, qui bordent généralement les champs. L’obstacle le plus sérieux qui nous arrête est la lourdeur des canots et le degré d’affaiblissement des hommes.

C’est cependant à ce dernier parti, faute d’un meilleur, que se rallie la majorité. Nous arrêtons donc, en commun, la liste du matériel à emporter, en cas de sinistre, et nous décidons de nous occuper immédiatement de la construction des tentes, des sacs de couchage et des vôtements en peau de phoque.

de Gerlache, Amundsen et Cook, les trois spécialistes dans ces travaux, se mettent activement à la besogne.

Le soir même, de Gerlache, ayant fini le recensement des vivres, nous réunit encore pour nous annoncer que les provisions diminuent et qu’à parür du lundi suivant, état-major et équipage seront réduits à la même ration. Chacun de nous recevra, par jour, un petit pain et un biscuit, et, par semaine, 150 grammes de margarine et 150 grammes

de sucre. Les autres provisions, vins, desserts, etc., seront partagées

également entre tous et dans de certaines proportions, par semaine,

Cette nouvelle, loin de produire une mauvaise impression, nous met en gaîté. Nous commençons aussitôt un petit trafic : l’un cède son sucre pour du pain, l’autre échange sa ration de vin pour un peu

de beurre, un troisième mange immédiatement toute sa ration de

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desserts. Somme toute, la chose est plaisante pour ceux qui mangent du phoque sans dégoût; mais pour les autres, ce sera la famine peut-être.

Le 4 février. — Le canal reste dans le même état; il nous semble, par moments, que les champs de glace ont un mouvement d’ascension et de descente, comme s'ils subissaient l'influence de la houle, Ce fait nous paraît d’abord invraisemblable, attendu que nous

occupons à peu près la même position qu’il y a neuf mois. Toutefois,

les dernières observations astronomiques tendent à démontrer que nous nous déplaçons assez rapidement vers l'Ouest. Notre inaction ne peut se prolonger : il est convenu que, si dans deux jours une détente n'a pas rouvert le canal, nous l’élargirons nous-mêmes. Dans l’entre-temps, les observations reprennent leur cours.

Le 7 février. — Le grand traîneau destiné à supporter éventuelle-

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