‹ Au pays des manchotsChapitre 77 sur 90 · VIG · texte numérisé non relu

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ment le canot a été terminé et expérimenté hier. Les résultats sont satisfaisants, mais rien de plus. Aujourd’hui, nous avons repris les travaux d’élargissement du canal : de Gerlache a proposé un moyen qui semblait plus expéditif que les précédents.

Le gros filin d'acier, destiné aux dragages, aurait été amarré par une de ses extrémités au point R (fig. 84) sur la nappe e f g k 5, puis passé sur une poulie P — fixée de l’autre côté de la clairière À — enfin enroulé, à bord, sur le treuil. Alors, s'aidant de la vapeur et d’un palan supplémentaire, on aurait cherché à détacher la nappe ce fghi et à faire route vers la clairière, soit par la crevasse e f, soit par le canal g 1.

Ce projet ne fut pas adopté, parce que nous avions déjà constaté que des nappes analogues se coincent très facilement et que l'effort nécessaire pour les dégager était supérieur aux forces dont nous

pouvions disposer,

L'élargissement du canal ne fut pas chose facile, surtout que l’embouchure en était fermée. Il fallut donc recouper des blocs et placer, en-dessous, des espars formant plan incliné (fig. 85), les hisser sur ce plan pour les déposer finalement sur la rive. Ces blocs devaient être de petites dimensions, car, hors de l’eau, ils ne subissaient plus la poussée de la mer et devenaient, à cause de leur poids, très difficiles à manier.

Ce labeur de forçat se continuait jour et nuit sans interruption.

Le 14 février. — Au bout de sept jours, il ne nous restait plus à dégager que l'arrière du navire, où la glace était trop dure et trop épaisse pour se laisser entamer par les scies. Nous recourons une fois encore à la tonite. Nous en faisons éclater des charges placées à 3 et 4 mètres du navire. Tout cela est fort dangereux : nous risquons de faire sauter « par induction » toute la tonite qui se dégèle, près du feu, à bord. Mais il n’y a pas une minute à perdre, le moindre retard peut nous bloquer à nouveau pour tout un hiver.

Chacune des explosions est marquée, à bord, par une forte dépression du baromètre; de plus, résultat moins scientifique, des détritus de toute espèce sont projetés violemment en l'air, puis retombent dans toutes les directions en une ignoble pluie !.….

Enfin, le navire étant à peu près dégagé, il est mis en marche vers larricre, au risque de rompre le gouvernail et l’hélice.

Un moment, à joie! nous nous croyons sans entraves, mais bientôt les coups de bélier, donnés avec le gouvernail, deviennent impuissants. Il faudrait, surtout pour franchir l'embouchure encombrée de glace, faire agir l’avant du navire.

Afin de virer de bord, nous découpons, en / # o (fig. 86), un port de 600 mètres carrés, dans une glace relativement friable, que nous faisons sauter avec de nombreuses charges de tonite.

Tout à coup, la nappe « f g k à s’écarte doucement et le canal s’élargit.

Vite, nous faisons machine arrière, nous gagnons le port d’évitage,

nous virons, en nous aidant d’aussières et d’ancres, mais voilà qu’au

moment où le navire est en travers du canal dans la position B’, ce dernier se resserre. La Belgica est donc comprimée longitudinalement, de telle sorte que l’hélice et le gouvernail courent grand risque d’être

brisés.

Anxieux, nous travaillons, nous regardons! Toutes nos pensées, toute notre âme appellent la détente,

Elle se produit. La Belgica à l'affût se lance à pleine vapeur vers le barrage de glaces accumulées à l'embouchure, le fait voler en éclats et, sans plus d’obstacle, vogue triomphante dans la grande clairière.

Aucun mot ne pourrait rendre le sentiment de délivrance, de joie, d’allégresse qui gonfle nos cœurs.

Je jette un dernier regard vers le champ de glace qui nous a retenus si longtemps prisonniers, vers le canal qui nous a coûté tant d'efforts,

puis mes yeux ravis se tournent vers le Nord!

Photographie du Dr Cook.

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