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ARCTOWSKI ET SON LABORATOIRE A BORD DE LA & BELGICA

Combien joyeux parfois ces repas en commun! Arctowski soutenait des paradoxes extraordinaires, qui faisaient bondir d’indignation notre ami Danco.

Et la préparation du café! Combien délicate, dangereuse même ! Danco avait acheté, à cet effet, un appareil tellement perfectionné, qu’il faisait régulièrement explosion à la fin de chaque repas. Le café état projeté en ondes bouillantes dans toutes les directions, et le sauve-qui-peut général, les rires, le désarroi avaient du moins l’heu-

reux résultat de faire oublier à quelques-uns d’entre nous, qui n’ai-

maient pas les conserves norvégiennes, que leur estomac criait famine!

Le 6 octobre, nous franchissons l’Équateur. L'’équipage obtient le service du dimanche et organise un « baptême » en règle pour tous ceux qui n’ont pas encore « passé la ligne ».

De temps à autre, nous rencontrons un navire, C’est d’abord le quatre-mâts français Anoinetle, avec qui nous échangeons des marques de vive sympathie; puis, un grand voilier espagnol, à peu près lège, qui semble avoir perdu ses chronomètres! Il croit être à 27° longitude ouest de Greenwich, alors que nous sommes en réalité à 33.

Le 13 octobre, j'eus une forte déception : nous franchissions l’Équateur magnétique, toutes mes dispositions avaient été prises pour compenser définitivement le compas-étalon et l’état de la mer ne

me permit pas d'effectuer ce travail.

Le 20 octobre, à 6 heures du matin, nous apercevons la terre; le 22, nous entrons dans la rade de Rio-de-Janeiro. C’est là que Cook doit nous rejoindre.

Un petit vapeur battant pavillon belge vient à notre rencontre, puis navigue de conserve avec nous. Du bord, on nous fait force signe d'amitié, et nous en augurons que Cook doit être dans ce groupe d’amis.

Immédiatement, nous examinons tous les passagers, afin de deviner

lequel est Cook. — C'est ce petit gros, à l’air enthousiaste! — Du tout, c’est ce long maigre! — Ne serait-ce pas cet homme à barbe grise et inculte? — Ou plutôt ce jeune homme plein d’attentions

pour la vieille dame qui se tient à ses côtés, sa mère sans doute? Et tandis que nous devisions ainsi, Cook se trouvait à Pétropolis, où, depuis plusieurs jours déjà, il était l’hôte de notre ministre, le comte van den Steen de Jehay.

Dès que les formalités de la douane et celles du service de santé sont accomplies, le petit vapeur nous accoste.

Voici M. Laureys, consul de Belgique, accompagné de M. Dart,

Go a

notre compatriote, représentant de la maison Pécher d'Anvers, et de M. Cruls, autrefois officier d’artillerie dans l’armée belge, actuellement directeur de l'Observatoire de Rio-de-Janeiro. Ils nous souhaitent, tous les trois, la bienvenue au nom du ministre de Belgique, le comte van den Steen de Jehay, qui viendra lui-même nous rendre visite le lendemain,

Nos huit jours d’escale à Rio-de-Janeiro s’écoulèrent d’une façon charmante, grâce aux fêtes données en notre honneur par la colonie belge.

Impossible d’ailleurs de concevoir une hospitalité plus aimable, plus généreuse que celle qui nous fut offerte au Brésil, Les autorités civiles et militaires rivalistrent, pour nous, de délicates attentions : la douane nous permit, sans difficultés, de débarquer les instruments que nous devions comparer ou étudier à l'Observatoire de Rio: l'amiral directeur de l’arsenal de guerre fit exécuter plusieurs petites réparations à notre matériel ; la presse tout entière publia d’élogieux articles à notre sujet; enfin, le président de la République’ et le ministre des Affaires étrangères nous reçurent en audience spéciale.

L’équipage de la Belgica fut également bien accueilli par les Brésiliens; aucun de nos marins n’aurait eu à se plaindre si, une nuit, en rentrant à bord, Tollefsen n’avait été complètement dévalisé par... la police de Rio!

Le 25 octobre, la colonie belge nous offrit un superbe banquet. Il était présidé par le ministre de Belgique; les représentants de tous les journaux de Rio y assistaient.

Le ministre fit le discours officiel, puis les toasts se succédèrent sans interruption. Pas un seul convive qui n’y allàt d'un petit discours au moins, en français, en italien ou en portugais, discours exubérants, où les gestes énergiques soulignaient les paroles. A la fin d’un joyeux festin, un mot sonore suffit pour enthousiasmer.

€ L'Amérique, s'écriait José de Patrocinio, a engendré les États-

Unis; l’Europe a enfanté la Belgique! » Et des bravos frénétiques éclataient.

Il était intéressant, pendant toute cette fête, de suivre l'attitude du docteur Cook, qui, ne parlant que l'anglais, ne comprenait pas un traître mot à toutes ces allocutions. S’il entendait le nom « Léopold IT », il criait : « Vive le Roi! » et si le nom « Moréas » frappait son oreille, il s'exclamait de plus belle : « Vive la République ! »

Le 28 octobre, l’Institut historique et géographique du Brésil nous reçut en séance solennelle. Pour la circonstance, la plus haute assemblée scientifique du pays avait confié à son « orateur officiel » le soin de nous souhaiter la bienvenue.

Je ne puis résister au désir de reproduire ici ce discours, x extenso. Cependant, pour bien juger de l'effet qu'ont produit ces paroles, ainsi que de la couleur, de l’animation de toute cette scène, il faut se

représenter le milieu où elles furent prononcées :

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