PREMIER PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE LA « BELGICANS
La géologie a recueilli une riche collection d’échantillons et des renseignements importants sur les glaciers.
L’astronomie et la physique du globe ont été l’objet de notre attention ; nous avons notamment tracé avec exactitude les courbes relatives au magnétisme terrestre, courbes qui, pour cet endroit, étaient dessinées d’un façon hypothétique.
La météorologie s’est enrichie des observations qui furent faites, pour la première fois dans ces régions, d’heure en heure et durant une année entière. Les aurores australes, les phénomènes optiques de l’atmosphère, les nuages, la neige et le givre ont été étudiés d’une façon suivie,
Avant l’expédition belge, on ne connaissait que très imparfaitement la flore et la faune terrestre antarctiques, et nous sommes les premiers qui ayons rapporté des échantillons de la faune marine qui vit au delà du cercle polaire austral. Les collections comprennent 1,200 numéros de zoologie et 400 de botanique, — èncore ces numéros ne représentent-ils que des catégories, le nombre des individus étant bien plus considérable.
La physiologie humaine a pu s'enrichir d’études, sur nature, des phénomènes qui résultent pour l’homme d’un séjour prolongé dans ce climat rigoureux.
On ne peut non plus passer sous silence les travaux effectués en Patagonie et à la Terre de Feu. L'expédition rapporte des documents sur les misérables tribus Onas et Yahgans, dont la race bientôt disparaîtra de la terre ; elle a contribué à faire connaître la faune ét la More de ces résions et. a recueilli plusieurs données relatives aux éléments magnétiques sur les rives du Rio Santa-Cruz.
Enfin, que ceux qui voient des questions sportives dans de semblables expéditions soient satisfaits d'apprendre que la Belgica est le premier navire qui ait hiverné dans la région antarctique. Et cet hivernage a été d'autant plus heureux, qu'il s’est effectué à un endroit très intéressant à étudier, à l'endroit même où les Anglais avaient
résolu de faire hiverner l'expédition, commandée par Scott, qui
s’est dirigée vers l’Antarctique une année après notre retour. Mais si nous faisons abstraction de ces résultats scientifiques, nous pouvons dire que l'expédition belge a été pour le pays d’une heureuse
influence morale. Elle a étendu notre champ d'investigation qui,
jusqu'alors, s'était borné à l’œuvre — gigantesque, il est vrai, mais isolée — de la colonisation du Congo. Les Belges ont prouvé que si leurs usines regorgent de commandes qui les enrichissent, s'ils savent organiser des voyages d'exploration commerciale dont ils retirent des monceaux d’or, ils sont capables aussi de travailler avec désintéressement pour payer largement leur tribut à la StCeraierer
Oui, le pavillon belge a flotté dignement à la corne de notre navire ; il a réveillé les sentiments patriotiques de nos nationaux en leur montrant nos couleurs à la conquête de terres lointaines.
L'expédition antarctique enfin a fait justice du préjugé suivant lequel la Belgique n’aurait pas les éléments nécessaires pour créer de
bons marins, ni pour fonder une marine nationale florissante.
Mais il ne suffisait pas d’avoir recueilli de nombreux documents et de riches collections scientifiques : il fallait mettre ces matériaux en valeur.
Avec une ampleur de vue qu’on ne peut qu'’admirer, M. de Trooz, ministre de l'Intérieur et de l’Instruction publique, adressa au Roi un rapport spécial montrant lutilité de la mise en valeur de nos matériaux scientifiques et présentant à la sanction royale un arrêté qui instituait la Commission de la ( Belgica ».
Cette commission était composée des membres de létat-major scientifique de la Belgica et des membres de l’Académie royale de Belgique qui s'étaient spécialement voués à la réussite de l’expédition; elle était présidée par le lieutenant-général Brialmont.
Quatre-vingts savants belges et étrangers furent alors choisis par la Commission pour étudier les collections, les rapports scientifiques et
en déterminer loyalement la valeur.
M.. js DE ‘TROOZ