AUTRES FÊTES
Tant ejue dure la saison de Biskra, c'est-à-dire pendant les longs mois de l'hiver, le grand hall du casino est le plus cosmopolite des salons de conversation, et ceux qui ont tout vu ne souhaitent rien autre, pas même le palais Ghézireh et la splendide Egypte.
Sur le petit théâtre du cercle, une troupe française joue, pour complaire à quelques-uns, le dernier vaudeville à la mode, mais les spectacles du terroir y reçoivent une large hospitalité. On y donne avec les plus gracieuses Ouled-Nayl de grandes mbitas, dont le
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programme contient toutes les danses caractéristiques des célèbres aimées. Là on peut voir aussi des nègres soudanais dont la fantasque chorégraphie dépasse tout ce que rêverait une imagination désordonnée : multitude de diablotins frénétiques, conduits dans une farandole infernale par un orchestre véritablement démoniaque.
Des juives joignent aux danses habituelles des chansons populaires et de farouches jongleurs exécutent parfois, avec une incroyable virtuosité, une sorte d'assaut au coutelas que Ton est convenu d'appeler danse du sabre.
Il ne s'agissait pas de rééditer à Biskra, tout le clinquant monégasque, mais encore convenait-il de diminuer aux citadins routiniers l'ennui des soirées si longues, quand le spectacle éblouissant s'est dissous dans la brume. Ce casino n'eut pas d'autre prétention.
Il est seulement la salle commune où se retrouvent après une journée de lumière , d'émotions intimes , d'exceptionnelles excursions, les étrangers que rapprochent de communes admirations et qui se saluèrent sur les mêmes sentiers.
L'hivernage biskri , quelque particulier qu'il fût, devait s^accommoder à d'impérieuses exigences sous peine de rester à jamais- la terre d'élection d'un petit nombre !
Biskra fut à tous, grâce à de grandioses innovations.
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et sans rien céder pourtant de son charme intime, puisque ses villages demeurent dans leur parfaite intégrité,
La fortune de l'oasis ne dépendait-elle pas de ce modernisme, et ceux qui ont voué à cette terre leur intelligence, leur fortune et leur énergie n'en devaientils pas hâter les destinées?
Le casino qui se respecte, offre à tous gentlemen un tapis vert, et le baccara — car il le faut bien
— tient ses assises dans de coquets salons. La lune saharienne voit déambuler dans les Jardins les pontes aux mines variables : les uns joyeux, les autres non. Les chameliers qui partent à l'aurore, pour le marché de Wargla, entendent sans comprendre — ces heureux
— le surprenant argot de la partie et le tintement des ors à toutes effigies.
Les décevants petits chevaux tournent dans le hall, et font quelque tort aux ondoyantes Ouled-Nayl.
Peu d'incurables d^ailleurs dans ce public fait plutôt de mercantis curieux d'horizons et d'artistes pris par d'autres fibres, le jeu ici reste bénin, les professionnels en somme s'abstiennent et nul désespéré ne se pendit encore, après culotte, aux branches sveltes d'un voisin palmier; la silhouette en serait drôlement macabre pourtant, sur le ciel clair.
Les salons de jeu ne sont pas uniquement fréquentés
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par les hiverneurs parisiens, anglais ou russes, Taristocratie musulmane apporte autour de la table ohlongue la note pittoresque des turbans et des burnous de pourpre - — la moindre vertu est ici encore chez les plus grands — en dépit de la règle sacrée, caïds, aghas et cheikhs, sont initiés au coup Giraud et au coup Camus et ils n'ignorent pas les angoisses immortelles du tirage à cinq.
Les pontes européens sont hélas plus préoccupés du point de la banque que de Textraordinaire tenue de leurs voisins musulmans, et c'est grand dommage ! Ils sont en effet, tous ces puissants seigneurs du désert, d'une impassible correction, ils savent que la volonté d'Allah guide leur enjeu, quoi qu'ils fassent, et gardent sous leurs turbans la rigidité de ligures d'ivoire ou de bronze; rien ne les trahit, le déterminisme divin les protège contre toute manifestation. S'ils gagnent, c'est que le Prophète leur voulait du bien malgré le péché; s'ils perdent, ils se savent punis et disent en euxmêmes dans l'intimité de leur conscience la fatidique parole : In cha Allah! (i).
L'or est rare au désert et les cheikhs laissent au jeu plus de douros que de louis. On s'amusa longtemps, au Dar-Diaf, de ce puissant caïd, qui en perdit quelques
[^] A la volonté de Dieu, littér. « S'il plait à Dieu ».
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sacs en une nuit de guigne. Ses serviteurs les apportèrent à Taurore pliant sous le riche fardeau.
Ce casino qui se dresse sur la route de Touggourt, comme une réalisation de féerie, fut une audace, lise trouva, quand la première pierre en fut posée, des envieux qui regardèrent comme une menace, pour leur propriété de termite, ce Dar-Diaf, dont les girandoles de fête devaient signaler de loin à l'étranger, l'asile heureux du désert, le port si doux.
Il y eut des obstacles nombreux, de sourdes hostilités de la part de ces aveugles égoïstes, qui voulaient se faire un domaine, se construire une métairie, là où il y a de l'espace pour des duchés, pour une province prospère! Aujourd'hui les paysans avaricieux boudent encore, craignant que leurs orges ne poussent plus en l'ombre de l'édifice majestueux.
Et malgré tout, chaque année, viennent plus nombreux les citadins du Nord, pour contempler de la terrasse du Dar-Diaf — ■ tandis que l'Europe grelotte — les joues rouges de l'Ahmar-Khaddou et voir le soleil étinceler sur les glaces des sommets lointains, comme une pluie d'or sur des armures d'argent.