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PRÈS DE LA VILLE

Les thermes de Biskra — Hammam-Salahin (i) — sont à quelque distance de la ville, mais un tramway y conduit. La voie Decauvillc traverse et lon^e le célèbre

parc de Beni-Mora. Dans l'esprit de ceux qui rêvent à Toasis de grandioses destinées, rétablissement thermal se complète d'un sanatorium, dont la place est précisément en ces verdures privilégiées. En attendant, les

(^) Bains des Saints.

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deux cents hectares que comprend Beni-Mora contiennent toute une flore saharienne, la plupart des essences exotiques du Sud Algérien ; outre quelques milliers de superbes palmiers, on y voit des graminées touffues, des absinthes, des pourpiers, des romarins, des térébinthes, des lentisques de la grande espèce, dont les parasols s'élèvent parfois à la hauteur des palmes...

Jusqu'à la Fontaine chaude, le tramway glisse entre des espaces désolés; des bourricots errants broutent de rares chardons; çà et là quelques asphodèles et des carcasses de chameaux, dont les fauves laissèrent la tête énorme et les côtes en cerceaux. Un berger pensif regarde hier la voiture tandis que ses chèvres paissent, dans un champ de pierres, d'invisibles brins d'herbe. Ici, pas même les flaques d'eau miroitantes où s'ébattent, sur le fond bleu du ciel, des vols roses de flamants.

Un ruisselet, bordé d'une couche blanche de sels divers, annonce la fontaine sulfureuse, et l'on atteint le mamelon du Hammam-Salahin.

Le voyageur s'abandonne à la mollesse de l'incomparable repos; d'ordinaire il va, nonchalant et veule, du jardin à l'auberge et de Tauberge au Dar-Diaf; son esprit satisfait ne souhaite guère d'autre flânerie. Et pourtant il y aurait tant à voir, tant à connaître pour qui \e farniente serait moins attirant.

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Qui donc, parmi les promeneurs que Thivcr biskri retint quelques mois, s"en est allé là où de légitimes curiosités l'eussent mené sous un ciel moins doux.

Aux bords mêmes de Toued, deux riveraines méritaient un regard : El-Alia, fraîche oasis, bâtie sur les terrains surplombant le fleuve de galets ; Filiache, sa sœur, chère aux archéologues , qui trouvèrent là des sépultures préhistoriques formées de deux jarres unies et cimentées et dans lesquelles les autochtones glissaient leurs défunts (').

A Test, c'est Chetma, aux masures cyclopéennes, à l'ouest TAïn-Oumache, aux dunes fameuses, qui déconcertent les géologues égarés en ce lointain

(') Voir Emmanuel Mallebay Guide de Bisicra).

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Sahara. C'est vers cette oasis que commence vraiment la flore du grand désert : les fleurs blanches, maladives, étiolées, les drinn et les diss, aux feuilles filiformes, aux racines longues et profondes dans le sol briàlé. Là encore, des sources qui baignent les palmiers superbes de Mégloub. Sur Toued, en amont, Branis et les sources bordées de lauriers-roses, qui fleurissent de curieuses roches abruptes.

Au pied de TAhmar-Khaddou, la montagne rose qui borne à l'œil inquiet Thorizon de Biskra, le village de M'chounèche s'est bâti dans la gorge même que creusa Toued El Abiod. La montagne, très peu accessible et rarement visitée, cache, dit-on, tous les gibiers du désert, et même le rare mouflon !

Il faudrait parcourir encore les vingt bourgades des Ziban, reconnaître sur la route, à quelque distance de la ville, le marabout de Sidi-Ghezel et trouver, au loin, M'Lili, Tolga, la ville vénérée de Si Ali ben Othman, puissant marabout de la secte des Rahmanias ; Foughala, oi:i la Compagnie de Biskra opère ses intéressants sondages, Zaatcha et les champs de bataille de 1849, El-Amri, où éclata la révolte des Bou-Azid, etc., etc.

Et après les Ziban, resterait l'Aurès, moins parcouru peut-être encore et d'un si grand intérêt. Il faudrait atteindre dan> la montagne les pittoresques burgs et

TARGUI SUR SON MEHARA

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presque une autre race, retrouver la légendaire Menah, où les veuves, folles de leur corps et errantes sur les chemins, semblables aux antiques vierges, sollicitent dit-on les voyageurs...

Dans le cercle même de Biskra, le dilettante que la curiosité aiguillonne, rencontre tel curieux bled où se retirèrent les fils des conquérants fameux de l'épopée arabe, où les visages sont encore farouches et les yeux malveillants pour le roumi au niais sourire. Là se retrouvent encore ces enfants d'Ismaël dont la Bible dit quelque part : « Ils seront semblables à l'onagre qui de ses sabots lance des cailloux à ses ennemis, tous lèveront la main sur eux, ils lèveront la main contre tous. » Des enfantelets crachent sur les traces du roumi, et au-dessus des maisons, érigés comme les amibis des frontons de la vieille Egypte, les chiens roux aboient terriblement à l'étranger...

Les irréductibles sont à Tolga, à Baniane, où triomphe Si Mostepha; à Temacine où domine encore la puissante secte des Tidjaniah.

Nul pourtant ne résiste au désir de gagner vers le sud le chemin de Saada, pour suivre quelques heures la route des caravanes, reconnaître la ligne blanchie d'ossements, poursuivre le mirage... L'on rencontre sur la voie immense du Sud quelque chose encore d'inattendu que l'on ne pouvait soupçonner et que les

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guides n'indiquèrent pas : Timpression poignante de l'inconnu énigmatique et troublant, devant lequel les plus résolus sentent leur volonté qui chancelle, devant lequel les cœurs les plus tiers se gonflent d'angoisse... Arriver là où l'air cristallin et le silence mortel font toute parole retentissante, où le désir de connaître hésite, faible, devant la crainte de l'au-delà, où les bêtes ellesmêmes gémissent de désespoir en se couchant sur le linceul infini dont la Soif et la Mort gardent les secrets inviolés.

Je suis venu, le printemps a paru dans les branches, nous nous promenons et nous n'avons plus de pensées... .^^^^£ q,^^^

« Et surtout pas d'enthousiasmes ! » Voilà le mot d'ordre.

Il sied de n'avoir ni surprises, ni attendrissements et d'être neutre pour paraître fort. Il faut aussi exceller à saisir toujours ce qui confine à la fois au sublime et à la blague, les las de la fin du siècle l'ont ainsi décrété.

Un irrévérencieux gamin veille en nous, et si le contempteur de quelque beauté s'oublie jusqu'à de soudaines gravités, le gavroche persifle.

Donc nous fûmes injustes envers le spectacle qui nous devait ravir et nous vîmes qu'il manquait des arbres à l'océan, des voiles blanches au grand désert. Quand un émoi nous gagnait, nous eûmes, pour lui échapper, la blague malicieuse ou la critique de mauvaise foi — Pierrot qui va sangloter pirouette et rit, la bouche large fendue!...

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Puis, de retour en nos villes grises, à Theure des brumes, quand l'acre nuée nous fut un suaire et quand le gaz fuligineux fut un phare désolé pour nos malaises de noctambules, il nous fallut songer « aux palmiers de Biskra » !

Un autre mirage surgit dans l'océan de suie, Fémeraude oasienne apparaît à nos regards avides et nous tendons vers elle nos mains lamentablement. La justice alors nous requiert et le splendide Moghreb, nous rit au travers les larmes de nos septentrions.

C'est là-bas qu'il fait bon vivre.

Des chants de flûtes résonnent au fond de nos souvenirs, de blanches draperies évoluent sur un écran d'azur, un ruisselet gazouille et berce l'image des palmes qui se penchent... l'odeur de l'Orient nous revient avec ses délicieuses angoisses.

A l'heure où sonnent aux cœurs les moins mornes, les lents tintements des automnales mélancolies, il convient d'aborder en quelque port lointain du consolant Orient, de jeter l'ancre au bord de l'îlot saharien, pour une longue escale.

Si quelqu'un nie l'envoûtement des milieux, qu'il vienne.

Là est un éden, où la quiétude doit être souveraine.

Les années ont laissé dans l'éther de magiques effluves et l'âme de Tantique Islam règne encore et asservit qui-

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conque se hasarde au pays des féeries. La sérénité du croyant qui suit la voie droite est au bord de l'oasis et nous accueille.

Les âpres mercantis oublient le lucre, des politiciens y deviennent muets, des poètes y écoutent des rythmes inconnus et renoncent aux réalisations glorieuses, des activités conquérantes s'y enlisent, le plus busy yankec s'y endort aux murmures de quelque ghazel du doux poète Hatiz.

Oh ! vers le soir, regarder sur le ciel clair des silhouettes de caravanes disparaître vers le sud rayonnant; être venu pour un jour et demeurer des mois, insouciant des heures, des jours, des semaines... ne pouvoir dire quand le convoi laisse la Perle des Oasis dans la nuée, ne pouvoir conter — après le charme rompu : Ici nous bûmes, là nous mangeâmes, la femme qui passa portait une jupe beige et ses yeux étaient trop bleus, sous son chapeau de rubans...

Faire sur cette terre entre toutes bénie, un rêve imprécis et n'en pas même retenir la durée, la couleur ni le capricieux tableau, chercher là un Léthé, venir dans des ondes d'oubli perdre les regrets, fuir les désirs et se laisser aller à la douceur de vivre sans penser.

Trouver adroitement sur cette terre qui exhale le musc comme un paradis de Quincey et goûter la torpeur

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exquise de l'opium ou le bien-être hilare d'une bouffée de (i kif »...

Quiconque revient surprend dans Toeil de ceux qui ont vu, l'éclair splénétique, et connaît le vieux remords d'avoir quitté la terre si douce. C'est un constant supplice qui renaît avec l'image inoubliable et l'autre mirage qui sans cesse attire notre vieux désir vers les rivages disparus !...

-Il faut à chaque Joyau une monture que l'artiste doit mettre son génie à approprier; il faut choisir pour chaque parure, pour chaque forme, le métal qui lui convient et faire le sceptre avec de l'or, la cloche avec l'airain, la Vénus avec des marbres... II eût fallu pour rendre aux regards l'éblouissement passé, faire miroiter au fond du ciboire d'or les feux doux et atténués de Témeraude et de l'opale.

fSot^s et Docuf^n^nts

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