CHAPITRE III
laquelle se dissimulait une mare avec un peu d'eau. Un tigre venait y boire, ses traces en témoignaient; malgré la crainte du visiteur nocturne, après avoir brûlé, comme assainissement, les hautes herbes des environs, nous installâmes le campement.
De longtemps nous n'oublierons cette nuit qu'éclairait la lueur rougeâtre de l'incendie qui, en se propageant, nous couvrait d'étincelles; souvent nous fûmes éveillés par le bruit de craquements sinistres, cris de protestation de la forêt en feu ! et ces rôves de fièvre avec l'incertitude du lendemain t Car nous étions en pleine brousse, sans chemins, entourés d'ennemis. Et le paludisme minait nos compagnons; grelottant sous d'épaisses couvertures, les linhs gémissaient a tiet! tiet ». Les Moïs eux-mêmes réclamaient des soins. Il me semblait traîner derrière moi, farouche entêté, une bande de malheureux destinés à la mort, et me prenais à désespérer de notre arrivée au Dar- Lac.
Mon boy seul, Bà, était plein d'espoir; n'avaitil pas découvert du haut d'une colline un « Grand l'eau même chose la mer » ! Hélas t je ne savais que trop qu'il avait dominé quelque forêt exhalant la buée du matin au soleil de neuf heures. Nous étions à 200 kilomètres de Dar-Lac et par 800 mètres d'altitude.
238 AU PATS MOI
24 février.
L'aurore 1 Nous voilà tous debout, avec une figure triste, l'allure traînante; plusieurs se soutenant péniblement avec des branchages en guise de canne; deux de nos miliciens suivaient avec peine, geignant, les yeux enfiévrés. Mes compagnons européens s'ingéniaient à relever le moral de nos gens, mais sans grand succès. Le Bèp, s'étant fait une blessure avec mon coupe-coupe, ne pouvait se servir que d'un bras; j'avais le creux de la main arraché par la poignée en corne de cerf de mon arme; seul, Amirand, plein de vaillance, d'entrain, se multipliait, gardant, malgré tout, la vieille gaieté française qui soutient si bien dans les heures pénibles de la vie. Il fallait surveiller les porteurs; en de telles circonstances leur abandon nous eût été funeste. Car devant nous s'étendait l'éternelle et implacable forêt, obstacle sans cesse renaissant que nous frappions avec rage et qui s'élevait toujours imposante, d'où les chants des oiseaux éclataient comme un rire sardonique devant l'inutilité de nos efforts. Comme nous nous sentions petits devant cette puissance inerte de la nature, quelle ironie en face de nos attaques !
A dix heures nous trouvions un arroyo coulant nord-ouest, notre position devenait sérieusement précaire. Je décidai coûte que coûte d'en suivre le