‹ Au pays MoïChapitre 12 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'opposé des traqueurs. Ce qui m'amène à trouver exagérés les récits des chasseurs qui prétendent que ces animaux chargent toujours. J'ajoute néanmoins qu'il y aurait grand danger à se trouver sur le passage dans leur course affolée.

Regagnant alors la plantation et sans plus de retard je voulus visiter le fond de la plaine de Cû- Bi, où l'on signalait la présence d'un gibier nombreux et varié.

L'expédition prête, je partis pour Lang-Tict, à 15 kilomètres de là. C'était une occasion de reprendre mon travail topographique, peu compliqué d'ailleurs, vu la nature du terrain.

Large de 4 à 6 kilomètres, le vallonnement de Cû-Bi allait en pointe jusqu'au village. A mi-chemin se trouve une mission catholique de trois cents chrétiens sur six cents habitants. Le père directeur nous reçut avec affabilité et je lui dois quelques renseignements sur la valeur des terrains dans cette région.

La plaine de Cû-Bi, dit-il, est très fertile mais souvent inondée ; on ne peut y faire généralement qu'une récolte de riz par an. Sur la partie haute, où se trouve la plantation de M. G***, la culture du thé aurait quelque succès. Mais le café, l'expérience l'a prouvé, ne peut y réussir, rongé sans cesse par le horaire, ce ver qui tue les racines et dessèche la plante.

La situation, fort belle sur une vaste étendue, exigerait cependant de grands travaux pour en rendre la fertilisation rémunératrice.

J'arrivais à midi et demi à Lang-Tiet, où les autorités me reçurent pompeusement. Après les palabres d'usage, j'allai tirer quelques paons dont une bande errait aux environs; j'eus le plaisir d'en tuer plusieurs à l'arrêt de mon chien. J'eusse désiré le gros gibier ; mais comme toujours en pays annamite les mandarins n'ont pas la compréhension exacte de la chasse telle que nous la pratiquons.

15 janvier.

Chasse au cerf et au sanglier.

Avant l'aube, j'étais éveillé par les grands préparatifs de mes hôtes; j'en conclus de leurs inten- • tions perfides pour le cerf et le sanglier et, malgré mon scepticisme, je sautai du lit avec un certain enthousiasme.

Rien de plus curieux que notre bande : un des mandarins s'était érigé en grand directeur de la fête cynégétique ; je l'appelai plaisamment « mon capitaine des chasses » : c'était un beau pouilleux à la barbe rare, les jambes et les cuisses nues, couvertes de poils, ce qui est rare chez les Annamites. Il était armé, distinction remarquable, d'un des

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