‹ Au pays MoïChapitre 11 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

proie d'émotions bizarres, car tout ce monde ronflait formidablement. Je me souvins d'un réveil sensationnel, croyant entendre le tigre rôder autour de nous et percevant tout près des grognements étranges :

Vite mon fusil t . . . Mais je ne tardai pas à rougir de ma pusillanimité en reconnaissant, mieux éveillé, le bruit d'une pipe d'opium que fumait dans sa barque un pêcheur arrêté près de nous.

Le chant du coq sauvage et le bruit bien connu de l'éveil de la nature dans les forêts exotiques mo réveilla. Nous fûmes rapidement debout. Tout près de notre embarcation les bœufs étaient venus s'abreuver et leurs traces encore fraîches indiquaient qu'ils n'étaient pas loin. Nous les suivîmes pendant une heure environ et je commençais à désespérer, car en face de nous se dressait un fort de jungles presque impénétrables qu'il fallait traverser. J'allais m^y engager quand un grand bruit se fit entendre, et vis à cent mètres les énormes bêtes galopant vers la montagne. Tout était perdu, du moins je le crus et déchargeai sans espoir les deux canons de mon express.

A des signes réitérés do l'un de nos guides, je compris que les animaux n'étaient pas tous partis. Je m'arrêtai donc au sommet d'un épais mamelon, me dissimulant dans les hautes herbes. Il fallait encore pister et les sortir de leur nouvelle retraite.

Nous nous divisâmes en deux groupes : la chasse devenait intéressante, mais dangereuse, pouvant à peine nous mouvoir dans la jungle. Deux fois les bêtes s'enfuirent sans pouvoir les tirer. Je me portai alors dans un endroit découvert où j'espérais les voir débucher. Après une heure de poursuite, les coolies étaient arrivés à les séparer dans les fourrés. Un seul tenait encore, le vieux mâle, reconnaissable à son pied énorme. Je le poursuivis, commençant à désespérer denepouvoir placer un coup de carabine. Mais dans cette touffe épaisse paralysant notre marche, nous perdions visiblement du terrain sur l'animal qui s'écartait lentement, à en juger par le bruit qu'il faisait, parfois, très près de nous.

Arrivé sur un vaste plateau et à cent mètres environ, je le vis fuyant au petit trot. Un coup de carabine désespéré précipita son galop et il disparut dans la montagne. La chasse restait infructueuse, la difficulté du terrain nous ayant été fatale.

Je remarquai néanmoins que les vaches et les jeunes taureaux étaient noirs, marqués d'une étoile à la tête; ils mesuraient 2 mètres au garrot. Le vieux mâle, au poil marron, sale, avec des cornes courtes, plus hardi, avait tenu jusqu'au bout.

Dans les plus hautes herbes ils se meuvent facilement, poussant des charges furieuses, toujours à

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