CHAPITRE II
A 4 heures nos barques débordaient et prenaient pour point dé direction Tam-Ky, lieu de débarquement le plus commode pour gagner Bung-Miii, où nous attendait Herbet. Grâce à l'installation du télégraphe, nous pûmes le prévenir par dépêche, et lentement nos rameurs dirigeaient parmi les jonques et les pêcheries de la lagune. Le soir la lune, éclairant ce bras de mer aux eaux calmes mais sillonnées de mille petits navires, présentait un spectacle merveilleux; sans les myriades de moucherons qui venaient se brûler à la lumière et tomber dans les plats nous aurions pu nous considérer comme parfaitement heureux.
Lundi 13 février.
M. Alfred Herbet et les mines d'or
de Bung-Miû.
Profitant de notre sommeil les hommes avaient arrêté les jonques pour se reposer, prétextant la nécessité d'attendre la marée. Des pécheurs, à proximité, nous offrirent, à notre grande satisfaction, du poisson de mer très frais et de fines crevettes. Et bientôt nous arrivions à Tam-Ky, levant sur les rives cultivées quantité d'aigrettes et de hérons.
Tam-Ky était la grande halte et notre dernier: point de contact avec les moyens rapides de corn-
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munication. Nous profitâmes de ce repos pour envoyer des nouvelles à Paris.
Là, devait commencer un entraînement à la marche, car nous allions parcourir ce pays des Mois. Les 23 kilomètres distants de la ville à la mine nous parurent bien longs. Mais nos efforts furent vite compensés en arrivant chez notre excellent ami, toujours gai dans sa solitude et dont l'accueil nous fut si agréable. Le travail, disait-il, devait commencer sérieusement après les fêtes du Têt. Le personnel européen montrait toutes ses bonnes qualités et les santés étaient parfaites. Les chemins en bon état permettaient de circuler en voiture et les communications allaient devenir faciles. Cette exploitation de Bung-Miû que j'avais vu naître deux ans auparavant allait pouvoir entrer dans la période productive et notre ami se réjouissait des premiers résultats qu'il allait pouvoir constater quelques jours plus tard 1 .
Mardi-vendredi 14-17 février.
A Bung-Miu nous pûmes préparer le départ vers Tra-My et les régions davaks; MM. Derobert nous avaient adressé plusieurs caisses de paco-
(1) En relisant ces lignes je ne puis réprimer un sentiment de tristesse et de retour à la réalité de la vie. L'année suivante j'apprenais la mort de ce pionnier courageux et désintéressé qu'était Herbet. Il était de ces héros modestes sachant vivre