‹ Au pays MoïChapitre 35 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Lundi 20 février.

Une chasse à l'éléphant.

Levé de bon matin pour éveiller nos chasseurs, j'appris le retour de M. B***, qui ne tarda pas à nous joindre. Il accepta avec plaisir de nous accompagner et nous partions armés de carabines et fusils de gros calibre, laissant là nos chiens qui dans cette partie eussent été plutôt gênants.

J'offris au guide un fusil à piston dont je l'avais chargé deprépareriesballes ; nous pûmes présumer, à la provision qu'il avait faite dans sa ceinture, que la chasse serait heureuse.

Après une heure de recherches nous trouvions la place des animaux, mais qui datait de plusieurs jours. Bientôt il s'arrêta dans le lit d'un ruisseau en face d'un affût qu'il avait préparé, pour lui-même sans doute, où, disait-il, il avait tué ses deux éléphants. Puis il partit seul en reconnaissance pour revenir bientôt et nous appeler à le suivre dans la forêt.

C'est à peine si le soleil pénétrait dans cette solitude où, comme dans toutes les forêts asiatiques, je pourrais dire tropicales, se dégage une légère odeur putride avertissant du danger de la fièvre. Nous marchions depuis une demi-heure quand

je perçus chez l'un de nos hommes un mouvement fébrile suivi d'un cri sauvage étrange dans le silence du bois; d'un seul mouvement les carabines s'armèrent. Mais rien n'apparut. « Nai, » dit tranquillement le chasseur : c'était quelque cerf que nous dérangions dans son sommeil du matin. Peu après, un ronflement cadencé nous fit lever la tôte; au-dessus des arbres volait un aigle immense.

Ainsi commençaient les premières émotions de la chasse en pleine brousse ; nous suivions la trace des éléphants et quelques laissées encore chaudes dénotaient que nous commencions à les serrer de près. Tournant un gros arbre autour duquel s'entendaient des craquements... les hommes s'arrêtèrent nous faisant face à 15 mètres, sur un mamelon tout près de celui que nous occupions ; les branchages s'agitaient avec force : nous avançâmes en ligne, le doigt sur la détente... Dans cet épais fouillis j'apercevais la trompe de l'animai; Marsay et M. B*** voyaient une masse grisâtre, mais impossible de tirer dans ces conditions. Nous étions, là, immobiles quand soudain retentit un soufflement rauque suivi d'une charge brutale dans le fourré; les animaux fuyaient. Il fallut descendre par le même chemin que la troupe, et des quantités de moucherons obstruant le passage indiquaient que les bêtes s'étaient vautrées dans la

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