‹ Au pays MoïChapitre 4 sur 116 · A TOURANE ET A HUÉ. CHASSES VARIÉES · texte numérisé non relu

A TOURANE ET A HUÉ. CHASSES VARIÉES

1« janvier 1899.

Le premier de Tan I Que d'activité représente ce jour dans notre grande cite ! Visites, cadeaux, bonbons, échange de cartes; toutes les puériles occupations dont le bourgeois des villes aime à compliquer son existence s'accumulent en ce seul jour.

C'est, chez tous les peuples, la fête de famille ; et si l'ancienne coutume tend à disparaître par l'excès des jouissances qu'offrent nos agglomérations, les vieilles familles françaises, Dieu merci, savent en respecter la tradition.

Qui n'a point aperçu, ce jour-là, un de ces beaux esprits dont le seul point d'honneur est d'être confortable, affectant le dédain pour des coutumes surannées, étaler avec impudence son égoïsme

J'allais donc avec mon fidèle serviteur Paul Cabot et mes sympathiques compagnons, Black et Miss, deux chiens européens affectueux, vigoureux et bien dressés.

Que réservait l'avenir à ces deux exilés ? Il est souvent cruel pour leurs congénères, car ils ne sont pas toujours seuls à chasser et, en courant le cerf, deviennent la proie du tigre ou de la panthère.

La race féline allait-elle se venger sur Black qui ne pouvait supporter les chats? En tout cas la bonne bête s'en souciait peu à ce moment et, sautant sur moi, indiquait par des jappements répétés que, suivant mon défaut habituel, je m'éternisais en adieux et conversations avec les passagers. Miss, plus sage, me suivit dans une jonque où s'empilait une partie des bagages ; puis, hisse la voile! Nous avions du large et piquions droit dans la direction de Tourane. La voile en paille d'ajoncs poussant un bateau plat avec une dérive énorme me faisait parfois sourire ; des trous béants s'y voyaient nombreux et il fallait une belle brise pour faire avancer la barque. Mais l'Asiatique ignore, comme dit l'Anglais, « que le temps, c'est de l'argent » , et pour le comprendre il lui faudra plusieurs années de contact européen.

A l'avant, accroupie, se tenait la femme du sampanier qui, la barre en main, gouvernait au-dessus

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