CHAPITRE II
bileté dans les pays civilisés leur est encore inconnu. Heureux peuple où la dissimulation n'est pas devenue synonyme d'habileté !
Mais l'heure s'avançant je rejoignis Marsay.
J'oubliais qu'une exécution importante devait avoir lieu. Malgré nos observations Sao, le cuisinier, avait trempé notre thé et celui des hommes dans de l'eau de montagne non bouillie. Ce manque de précaution peut être nuisible à la santé et j'avais promis de le rappeler énergiquement à plus de soin dans son service. Ces recommandations n'ayant pas été suivies, Sao fut condamné à cinq coups de rotin et l'heure de l'exécution avait sonné ! Elle eut lieu à l'écart, loin des yeux des Mois et eut pour résultat de nous faire servir, ce soir-là, un dîner auquel notre Vatel avait apporté tous ses soins. Ce n'était pas la première fois que nous constations l'excellence d'un système de répression qui répugne tout d'abord, mais qu'on arrive à apprécier après quelque séjour au pavs d'Annam.
Jeudi 2 maft.
(Temp. max. 26°, min. 18«.)
La route de Nuoc-Mao à Man-Ré (Man-Ri) (Pafc vie), sur le Muoc-Meo, nous fut signalée longue et I pénible; mais c'était la prophétie habituelle; nous
102 AU PATS MOI
nous mîmes en route le cœur léger. La brousse, brûlée par endroits, offrait des aperçus sensationnels sur les vallées du Song-Tran et de ses affluents.
A droite l'horizon se bornait par des altitudes de plus de 2,000 mètres. L'air frais et léger de la vallée était comme agité par les eaux tumultueuses des torrents. Nous ne pûmes jouir longtemps de ce délicieux instant, obligés d'entrer à nouveau dans la forêt vierge, par un sentier foulé des éléphants qui semblent être les seuls cantonniers de ces régions élevées. Les habitants n'ont aucun rapport avec les Annamites ; travaillant pour leur propre consommation, ils ne connaissent guère leurs voisins. Nous n'en pûmes obtenir aucun renseignement topographique. Il fallait désormais s'en rapporter à nos yeux, et le travail de la carte devint fort difficile. Un dernier vallonnement, au fond duquel coule un torrent, limite la ligne de partage des eaux du Song-Tracûk ; il fallut donc monter encore.
Du sommet, la vue topographique est remarquable sur le confluent duMuoc-Meo et du Song-Tracûk. Nous atteignîmes ainsi les rays de Man-Ré.
Suivant l'usage, notre drapeau précédait la marche avec l'interprète et deux chefs de village apportant des paroles de paix. Nous étions, Marsay et moi, en tête du convoi, sur une position décou-