CHAPITRE II
de cet homme isolé; ils lui refusèrent pourtant toute subsistance et firent le vide autour de lui.
De nouveaux missionnaires vinrent se grouper, lors d'une recrudescence de persécution en Ànnam, et un premier village se convertit à la foi catholique.
 ce moment apparut la personnalité du Père G***. Les sauvages inquiets des conversions, de l'arrivée des Annamites et de la fondation d'établissements sérieux, eurent quelques appréhensions; ils fortifièrent leurs villages, se montrant menaçants.
Il fallait avoir des armes, ou l'œuvre entreprise allait être perdue : le P. G*** obtint de l'évêque de mener une campagne. On lui permit de diriger des opérations sans y prendre part lui-même. C'est ainsi que, le chapelet en main, il repoussa la première confédération des Sedangs. Ce sont ces mêmes Sedangs qui faisaient leur soumission au Père lorsque le célèbre Mayréna arriva à Con- Thoum. On n'a pas oublié l'histoire de cet original de haute envolée qui parvint à se créer un royaume imaginaire de ces quelques villages sauvages (la région ne dépassait pas Rrem) ! .
retient de nous frapper, craignant d'offenser les « Pi » (esprits malfaisants) avec lesquels ils nous considèrent comme en communication directe.
1 On estime à près d'un million les sommes empruntées tant à la Mission qu'au Gouvernement et à quelques naïfs par ce
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Cette petite campagne menée par les chrétiens du P. G*** eut aussi pour résultat de permettre aux missionnaires de se créer des liens de parenté avec quelques chefs; on répéta plusieurs fois avec les sauvages influents la cérémonie du sang de poulet. C'est alors que le chef de Rrem vint faire alliance de « fils »• avec le P. G*** qui visita son village avec le docteur Yersin, deux ans avant notre passage.
Tout ceci se passait dans le strict voisinage de la région et sur un espace équivalant à une province annamite.
La confédération qu'ont formée les Pères représente environ deux mille hommes, dont la plupart des villages sont chrétiens ou disposés à le devenir.
J'emploie ce mot, « la plupart des villages », car les Pères ont obtenu difficilement des conversions particulières. Au cas seulement où tous les habitants l'acceptent, ils se rendent en bloc à Con- Thoum et demandent le baptême, après s'être fait instruire. Cette façon d'agir affirme leur solidarité entre les différents membres du village et du peu d'autorité morale des chefs, dont la puissance ne s'exerce que sur des intérêts absolument
roi de l'auto-suggestion. Inutile d'ajouter que ces emprunts durent passer aux profits et pertes. 11 faut avouer cependant qu'une personnalité sérieuse, prenant avec intelligence le rôle à jouer chez les Sedangs à ce moment, eut avancé do plusieurs années la pénétration française et peut-être rendu d'éminents services.