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CHAPITRE II

relevâmes cette erreur en citant l'affaire de Yo Chié, qui ne fut pas sans les intéresser beaucoup. Ils ne soupçonnaient pas leur propre influence. Tout le fleuve depuis Rrem était donc absolument inconnu et nous pûmes déterminer un itinéraire nouveau entre Rrem et Tra-Vian.

Le dîner fut suivi d'une fête sauvage; les Moïs pénétrèrent dans le salon, dont ils firent le tour, battant du tam-tam et des gongs en une cadence assez harmonieuse et d'une beauté toute spéciale dans sa simplicité.

Une chorégraphie contorsionniste succéda; il nous semblait vivre un roman de Gustave Aymard et les danses du scalp nous revinrent à la mémoire.

Marsay demanda la danse de guerre ; bonne inspiration, car elle est fort divertissante : trois virtuoses s'avancent, frappant avec ensemble deux bambous en poussant des cris. Cette danse n'a lieu qu'après la victoire. Une décharge de pétards se fit alors entendre; les danseurs quittèrent la maison pour se repaître de la chair d'un buffle qu'avaient offert les Pères.

J'observais avec étonnement la soumission, l'obéissance et la liberté d'allures de tout ce monde; on sentait la main ferme et douce des missionnaires, une discipline suivant les préceptes de l'Évangile, gouvernement d'amour, prêché par le

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Christ qui synthétise le beau dans Tordre moral. Et lorsque j'appris l'arrestation de Déroulède, la France divisée en deux partis, nos échecs diplomatiques, je me demandai quel était le plus favorisé : du sauvage heureux au pied de la croix, ayant trouvé son idéal, le calme. . . ou de son éducateur inquiet, attristé, voyant sans cesse son œuvre de grandeur et de civilisation prête à crouler 1

Jeudi 16 mari. (Temps max. 3°, mia. *•.)

La Mission des Balmars.

C'est un des plus intéressants efforts de colonisation française accomplis en Indo-Chine; le seul, actuellement, dans la montagne d'Annam, digne de l'attention et du respect de nos compatriotes. Je ne peux omettre cette phase de notre expédition sans parler de l'œuvre des Pères, que nous ne pouvions nous lasser d'admirer.

En 1840 arrivèrent les premiers missionnaires fuyant les persécutions d'Annam. Le P. Combes fut chargé par son évêque de rallier les fugitifs et de tenter un essai de pénétration chez les sauvages.

Il resta longtemps seul, et les Moïs, au caractère fier et indépendant ! , ne prirent guère ombrage

1 Ou plus exactement avec la crainte superstitieuse qui les

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