CHAPITRE II
marchions en plein pays annamite, c'est-à-dire pays civilisé.
Une route spacieuse et que les villages travaillaient à rendre carrossable reliait An-Ké à Binh- Dinh; des ponts de bois facilitaient déjà le passage et il faut espérer qu'aujourd'hui les planteurs peuvent aller en voiture jusqu'à la côte.
Après avoir passé le col de Déo-Câ, nous débouchions sur la grande plaine des rizières de Binh- Ké ; c'était la richesse nous éblouissant après un long séjour au milieu de la pauvreté. Les mandarins venaient à nous avec les lays d'usage, et ce ne fut pas sans plaisir que nous pûmes dormir avec sécurité chez le hûyen de l'endroit, qui prenait plaisir à écouter nos boys, bavards et pleins d'eux-mêmes, sur les péripéties, sans doute considérablement exagérées de notre expédition.
Le mandarin nous affirma que le lendemain nous pourrions atteindre Binh-Dinh, et qu'en deux jours nous serions à Quin-Nhône.
Jeudi 23 mon.
(Temp. mai. 32*, min. 28«.)
La distance de Binh-Eé à Binh-Dinh est de quarante-cinq kilomètres; en plateau, au milieu des rizières. Nous fîmes le trajet en douze heures, à pied, tant était grand notre entraînement,.
Il fallut vaincre maints obstacles : plusieurs ponts de la route avaient cédé à une crue terrible des eaux, la récolte du riz avait été nulle et les subsistances faisaient défaut dans la province. Cette cherté du riz est désastreuse dans ces pays d'organisation rudimentaire.
Nombre de gens mouraient de faim sans qu'un commerce établi pût leur porter secours. N'ayant pas comme le Moï la ressource de piller chez le voisin, le Nha-Qué annamite, à demi-civilisé, souffre et meurt, victime de son imprévoyance et de ses dépenses folles aux jours d'abondance.
Le seul remède à de tels maux est le développement du commerce et des voies de communication. C'est à cette œuvre humanitaire que devraient s'attacher presque uniquement les forces réunies de nos capitaux et de notre administration. Mais le plus souvent on gouverne à l'annamite, et les fonds se dépensent plus dans les villes de la côte à créer du confort aux Européens et des agréments superflus, tours d'inspection, monuments inutiles, qu'à améliorer les voies de pénétration vers les villages de l'intérieur et les plantations des colons. Erreur coupable que l'administration devrait réformer par une surveillance active et sévère.
Nous fûmes reçus à Binh^Dinh par le directeur des postes, dont l'affabilité ne le céda en rien à celle du colon d'An-Ké, et ce fut avec joie que, les