‹ Au pays MoïChapitre 92 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Rraog, ces travaux, dit la chronique, échurent aux femmes; l'autre canal, celui delà rive gauche, aux hommes. Les uns travaillaient donc d'un côté, tandis que les autres faisaient de leur mieux de l'autre. Les femmes y mettaient grande ardeur, ne voulant pas se laisser surpasser; mais, comme leur travail n'avançait pas bien vite, afin de se donner du courage, elles se mirent à chanter sous la direction de la reine des Chames. Et les hommes, qui travaillaient sur la rive en face, se mirent à écouter les douces poésies; puis, attirés, ils ne tardèrent pas à passer sur l'autre rive. En peu de temps ils avaient terminé le travail des femmes. C'est ainsi que le travail de la rive gauche ne fut jamais qu'amorcé; mais la rivière, très basse, ne pouvait permettre aux eaux d'alimenter le nouveau canal. La reine des Chames était sur le point d'accoucher et le temps des rizières allait passer; grande était l'inquiétude du peuple. Alors, la reine se rendit dans la forêt, sur le bord de la rivière, et là donna naissance au jeune prince. Pendant trois jours elle usa du feu, s'oignit de safran, ne mangeant que du riz, du sel et buvant de l'eau; puis, suppliée parles gens, elle se leva et alla jeter trois fagots d'une liane appelée bong-bup (liane de bois fort mou) à l'entrée du canal, comme digue. La rivière gonfla immédiatement et remplit le canal. C'est ainsi que, tous les ans, avant

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de commencer la digue, les Chames, jusqu'en 1889, époque où elle fut faite en pierres, envoyaient un bonze qui devait prier. Ce bonze, choisi parmi les descendants de la reine au temps jadis, devait faire toute la mimique des couches, se chauffait au feu, s'oignait de safran, ne mangeant durant trois jours que du riz, du sel et buvant de l'eau, puis allait jeter ses trois fagots de bung-bup près de la digue. Alors seulement on commençait les travaux de barrage. Tant que l'époque des couches prétendues du bonze n'était pas arrivée, tout travail était interdit, et cela dépendait, dans les derniers temps, des sommes à lui offertes par les habitants pour qu'il commençât ses prières. Comme bien on pense, la rivière ne montait pas subitement; mais il fallait, tous les ans, recommencer la digue coûteuse et nécessitant de longs jours de corvée. Les Annamites devaient en passer par le caprice des , Chames, par crainte des révoltes. Si les prières n'avaient pas été faites et que, pour une cause quelconque, la récolte eût été perdue, les Chames, qui admettent tout de leurs oppresseurs, se seraient révoltés contre eux, les accusant d'avoir attiré sur eux la colère divine. Aussi les mandarins du pays acceptaient-ils cet état de choses. Puis vinrent les Européens, et la coutume tomba d'elle-même. La digue de Pérignon traverse maintenant la

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