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CHAPITRE II

rivière d'une rive à l'autre et le canal des hommes est le double de celui des femmes, et les vieux hochent la tête en regardant la rivière; je suis sûr que si on leur parlait de la mort du P. Villaume : « Il fallait une victime, diraient-ils, avec le calme des gens simples pour qui leur superstition est une prévoyance certaine de l'avenir. »

19 avril.

(Temp. max. 32*, min. 27°.)

Les Chaînes et les populations des provinces de Phan-Rrang et de Nha-Trang.

Cette race chame, on le voit, porte encore toutes les marques de l'antique théocratie qui l'a régie pour la conduire lentement à sa perte par la haine inspirée des chefs de guerre, devenus rivaux des bonzes. On ne sait rien de précis sur son histoire; les quelques survivants des guerres du Sud-Annam sont, ou musulmans ou pratiquent un brahmanisme qu'on ne connaît qu'imparfaitement. Les hommes portent, en grand costume, un large vêtement blanc qui descend jusqu'aux pieds, la tête couverte d'un turban; ils tiennent à la main une longue canne, ressemblant ainsi aux Samaritains de l'époque du Christ. Leur nez aquilin, avec le teint bronzé, rappelle F Oriental; la démarche est fîère et digne. Les femmes se couvrent d'un long sin comme les Muongs;

leur veste serrée, ouverte sur la poitrine comme chez les Thaïs; le turban plus élevé que celui des hommes, comme chez les Méos et les Lus; gracieuses elles circulent, la jarre sur l'épaule, semblables aux Égyptiennes; on trouve en elles un art attractif qui étonne en pays annamite. Elles représentent bien leur origine, un peuple mort dans l'idolâtrie du Beau, où les hommes s'étaient amollis par une fausse conception de l'idéal que donnent souvent les théocraties, et, par suite, dans le souci exagéré de la politique intérieure qui supprime toute activité et toute force défensive, qui enlève aux peuples toute idée de conquête et toute ambition.

Peu à peu, disaient les Pères, s'absorbe d'ellemême cette race chame peu prolifique, sans esprit de famille, sans idéal, parce que, vaincue, et, près d'elle croît et prospère son vainqueur sous votre égide. Car, malgré ses défauts, l'Annamite a plus de ressort et peut être capable de progrès; nous avons dû le reconnaître, et, sans enthousiasme, nous servir des plus habiles.

Le canal de Nha-Trin, œuvre des Chaînes, que reconstitua et perfectionna le P. Villaume, court de la rivière de Phan-Rrang au travers d'une futaie merveilleusement belle. Là, abondent des singes de toutes espèces, notamment d'énormes semnopithèques cendrés. En visitant ces travaux on devine

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