‹ Au pied du mur comedie en un acteChapitre 1 sur 9 · CÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

CÈNE PREMIÈRE

GABRIELLE , assise sur le banc, dans le mossif. Elle tient un livre & la main. Elle lit.

« Philippe avait répudié l’altière Olympias, pour épouser Cléopâtre, nièce d’Attale. Alexandre, irrité... »(a eiiomf’mo . ) Les portes de la pension s’ouvrent enfin pour moi - ; j’embrasse mes petites compagnes, qui envient mon sort ; je dis adieu à madame, qui me fait un beau sermon que je n’écoute pas... je monte en voiture, et fouette, cocher ! J'arrive au château. . . Ah ! mon Dieu ! quel tapage! quel vacarme ! Aboiements, hourras, fanfares ! c’est le retour de la chasse; le cerf a été forcé... — Mon oncle, mon cher oncle, c’estmoi,Gabrielle !.. — Etmon oncle me presse sur son cœurensonnantl’hallali, ton, ton, tontaine et ton ton... (Elle at.) «... Alexandre, irrité de l’affront fait à sa mère, la conduisit... » (a elle-même.) Quel est le chasseur de mon

oncle qui deviendra mon mari?... C’est encore pour moi

THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

un bel inconnu, dessiné en forme de point d’interrogation. . . Dieu! que je m'ennuie!... (Elle lit.) »... De l’affront fait à sa mère, la conduisiten Epireet passa lui-même... » { Une

pierre enveloppée d’un papier, lancée par-dessns le mur, tombe À ses pieds.)

Ah !... Voilà un papier qui, à coup sûr, ne tombe pas du ciel... il a donc été lancé de l’autre côté du mur... par qui? Je l’ignore. Pour qui? Comment le saurais-je si je n’étais

pas Curieuse? (Elle jette la pierre et va pour lire lo papier.) Ai-je

bien le droit de me rendre ainsi la confidente d’un secret?.. Oh ! je suis très-discrète! et, d’ailleurs, quel parti prendre? Si je remets ce billet sur le sable de l’allée, le jardinier, en faisant sa ronde, le découvrira et le portera à madame; si je le détruis, je laisse mourir d’inquiétude une de mes bonnes amies; tandis qu’en le lisant, je... et puis, qui sait?... dam! c’est peut-être pour moi... (Elle Ut.) « Ma chère Marie... » (a eiie-mémo.) Je me notnme Gabrielle. (Avec regret.) Ce n’est pas pour moi... o Ma chère Marie... » laquelle?. . . il y a dix-sept Maries seulement parmi les grandes... La suite m’apprendra sans doute... (EUe Ut.) « Ma chère Marie, l’amour impose des devoirs sacrés ; je » vous aime, je saurai les remplir ; si vous m’aimez, faites » comme moi. Votre père veut vous unir à votre cousin » Vermillac ; rassurez-vous, je connais un moyen de vous » soustraire à cet odieux mariage ; trouvez-vous au fond du » parc, après la récréation du soir, et je vous le dirai. — » Post-scriptum. Je prie la pensionnaire charitable qui ra- » massera ce billet de vouloir bien le remettre en secret à b ma chère Marie. — Merci pour elle et pour moi. b — De tous les cousins de ces demoiselles, il n’y en a qu’un du nom de Vermillac, et c’est Marie de Chambois qui le possède... ma meilleure amie... Elle m’a bien souvent parlé de son cousin, qu’elle doit en effet épouser; mais elle ne m’a jamais rien dit de... del’autrequi attend là... derrière le mur... Je comprends... dans la situation de son père.

elle ne peut pas faire autrement que de... (On entend une cloche . ) Ah! voilà la fin delà récréation... pour les autres... mais pas pour moi... Il y a longtemps que je ne suis plus les classes. J'ai fini, et, quand mon oncle voudra... Marie a vraiment du bonheur... Deux!... elle en a deux!... son cousin et le monsieur qui est là!. . . J’en ai bien un, iftoi aussi, mon cousin de Joyeuse... mais il ne compte pas !... nous nous sommes quittés tout enfants, je ne l’ai plus revu, et je sais que le jour où mon oncle lui proposa de m’épouser, il a répondu : « J’aime mieux me faire tuer... » C’est ça qui est aimable! Voyons, que faut-il que je fasse?... Je ne sais vraiment pas si, malgré le post-scriptum, je dois...

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