‹ Au pied du mur comedie en un acteChapitre 7 sur 9 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

TRISTAN, de l’autre cité du mur ; GABRIELLE.

GABRIEL LE, entrant par la gauche, à part.

J’allais commettre une grave imprudence ! Si demain matin on avait découvert tes pas de... mon cousin... sur le sable de l’allée... près de l’endroit où je me tiens toujours... quelle affaire! Heureusement l’idée m’est venue à temps de les effacer.

Avec son pied elle efface le# traces des pas.

TRISTAN, à part.

Que fait-elle donc?

GABRIELLE, regardant à la dérobée du côté du mur, à part.

Il GSt enCOrG la. (Tout eu effaçant les traces des pas). S’il savait

qui je suis, le vilain garçonse serait enfui avec plus d’empressement, j’en suis sûre. J’ai bien fait de ne pas me nommer.

THEATRE DES GENS DU MONDE

TRISTAN, k part.

Je comprends! Elle craint d’être compromise et elle efface... (Haut.) Mademoiselle !

CABR1ELLK, feignant la surprise.

Comment ! Vous n’êtes pas parti !

TRISTAN

J’achève de descendre... prudemment, pour ne pas me rompre le cou... Un dernier mot, mademoiselle.

CABRIELLE.

Quoi encore? *

TRISTAN

Je désirerais connaître votre nom, afin de pouvoir baptiser le charmant souvenir que j’emporte de vous.

GABR1ELLE.

C’est inutile, monsieur.

TRISTAN

Vous me refusez?

GABRIELLE

Je vous en prie, monsieur, descendez!...

TRISTAN

C’est bien, mademoiselle, je descends... je descends.

(On entend los aboiements d’un chiou ; Tristan remouto précipitamment . )

Mademoiselle, il y a un chien énorme qui me guette au pied du mur.

Qu’est- ce que cela fait?

TRISTAN, k cheval sur le mur.

Mais, mademoiselle, il me paraît féroce, et je n’ai pas envie d’être mordu.

GABRIELLE

Mais, monsieur, s’il continue d’aboyer, on va venir, et je suis perdue !

TRISTAN

Certainement j’aime mieux être mordu que de vous perdré; j’avoue cependant que s’il y avait un autre moyen...

Le chien aboio plus fort.

GABRIELLE

Que ne le faites-vous taire !... peut-être qu'en lui parlant doucement....

TRISTAN

Nous allons bien voir! (Parlant au chien.) Allons donc! Stopp! Black! Mirza!... mon bon chien! Veux-tu bien te taire, méchante bête ! ( Aboiements plus forts.) Mademoiselle, ni la douceur ni les menaces...

GABRIELLE, portant d’un éclat do riro.

Ah ! ah ! ah !

TRISTAN

Hein ! vous riez maintenant?

GABRIELLE, riant.

Vous faites une si drôle de figure sur le dos de ce mur!

TRISTAN

Vous êtes bien bonne, mademoiselle.

Aboiements sans interruption.

GABRIELLE

Ah! mon Dieu! ses aboiements redoublent!

- TRISTAN

Tant qu’il me verra, il aboiera.

16 THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

GABRIELLE

Eh bien! monsieur, ne vous montrez pas à lui. TRISTAN.

Quant à ça, volontiers!

11 sauto à terre.

Oh ciel ! que faites-vous?

TRISTAN

J’enlève à ce chien tout prétexte d’aboyer. Eh ! tenez ! il ne dit plus rien.

GABRIELLE

Vous ne resterez pas longtemps ici ?

TRISTAN

Le temps de dépister ce maudit animal.

GABRIELLE

C’est bien! Adieu, monsieur.

TRISTAN, la relouant.

Quoi!... déjà?

' GABRIELLE

Déjà?... Mais voilà une heure, monsieur, que je suis ici, et si l’on s’aperçoit de mon absence

TRISTAN

Eh bien ?

GABRIELLE

On me punira.

TRISTAN

Sévèrement?

GABR1ELLE.

Oui, certes, et c’est à vous que je le devrai.

TRISTAN

Encore une minute, de grâce, et je ne vous retiens . plus.

GABK1ELLE.

A quoi bon?

TRISTAN

Ne vous est-il jamais arrivé, mademoiselle, de rencontrer pour la première fois un visage sympathique, de causer une heure seulement avec la personne qui le porte, eide vous dire : C’est étrange 1 il me semble que nous nous connaissons depuis longtemps déjà. Eh bien, mademoiselle! j’en suis là avec vous. Je vous vois pour la première fois... je cause avec vous depuis une heure à peine... et je me dis : C’est étrange! il me semble que nous sommes de vieux amis.

GABR1ELLE, ingénument.

C’est vrai I

TRISTAN, avec joie.

Ah!

G A B K I E L L E , lui imposant silence •

Chut ! avez-vous entendu?

TRISTAN, lui désignant la gauche.

On vient de ce côté.

GABRIELLE, à voix basse.

C’est le jardinier ; nous sommes perdus !

TRISTAN

Voulez-vous que je le jette au chien?

18 THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

GA BRI ELLE

Mais non ! venez !

Où?

TRISTAN

CABRIELLE.

Dans ce massif. Surtout pas de bruit !

Elle entre dans le massil. Tristan s’asseoit à côté d'elle sur le bouc.

TRISTAN, avec transport,

Ab ! quel... !

G AB R I ELLE, lui mettant la main sur la bouche.

Chut, donc ! (Tristan loi ,,reod la main et la baise. Gabrielle veut la retirer.) Monsieur !... ,

TRISTAN

Chut donc!

Il garde la main do Gabrielle dans la sienne.

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