DES LAURENTIDES B
l'intérieur, on ne tarde pas à voir le pays se dessiner rapidement avec des allures nouvelles.
Une métamorphose étrange, en quelque sorte pénible, s'opère sous les yeux; un air auquel on n’est pas préparé, imprégné de senteurs de forêts, d'une fraîchenr âcre et pénétrante, frappe soudaïin la figure; le pays s'élève, par endroits s'élance et puis retombe, pour laisser s'entr'ouvrir des gorges profondes; à droite, à gauche, devant soi apparaissent tour à tour ou à la fois des mamelons, des coteaux, puis des chaînons de plus en plus drus, de plus en plus compactes, se découvrant précipitamment, se multipliant et s'amplifiant, sans donner de répit au spectateur tout 'ensembl: ému, dominé et charmé !
‘Tout en arrière, au fond du tableau, devenu tout À fait grandiose, s'alignent, se groupeni, se pressent tour à tour des bataillons de montagnes, ici n’offrant qu'une ligne à peine ébauchée, mal assurée, là relevant leur torse déjà vigoureux et plein des premières audaces, plus lofn s'écheton: nant les unes derrière les autres comme un plissemeñt répété de paupières de granit ; enfin là-bas, dans lé lointain, se redressant tout entières contre la nue, opposant entre l'homme et le ciel des murailles dé granit, aussi vieilles que le création et
toujours de plus en plus dures, de plus en plus inattaquables.
L'œil suit jusqu’à l'horizon ces vagues énormes de pierre qui sont Comme un océan tumultueux, secoué dans toutes ses entrailles, et cependant sans marées, sans tempêtes, sans fureurs. Sorties par ün puissant effort du sein de la terre, elles lui ont fait de profondes blessures, mais qui ne portent nulle part l'empreinte d'une gestation violente, de l’effraction titanesque des hautes chaînes qui divisent en sections nettement tranchées la surface de notre planète. |
Les Laurentides n'ont point l'altitude formidable de l'Hymalaya, ni l'ampleur majestueuse des Alpes, ni la massive et architecturale membrure des Pyrénées, ni l’étagement énorme, indéfini, mystérieux, toujours grondant, toujours menaçant des Cordilières et des Rocheuses. Elles ne sont point le résultat de ces terribles convulsions du globe qui ont rayé chaque continent d’arêtes colossales; auxquelles se ramitient toutcs les structures secondaires. Elles ne sont pas non