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Monsieur,
Je vous félicite d^avoir bien senti Vhonnenr et la poésie de la Lorraine.
Nul poète, je le regrette toujours, n'a relevé (/'an vers immortel ma petite patrie. Avec cinq ou six mots " 1^ heureux, le jeune homme de Mantoue ^ a porté sur l'univers le frémissement du lac de Garde, égal aux flots de la , mer. Des chansons populaires nous firent croire quk Triana, près de ^ Séville, à la Giudecca de Venise, que
n^ ombrage pas même une treille, s'étendaient des jardins enchanteurs; mais on est simple, simple en Lorraine, On craint si fort de surfaire, de s'en faire accroire, qu'on appré^ aie mal ce qu'on possède.
Sans me lasser, pourtant, je me répète que Chopin naquit d'un
Lorrain et d^une Polonaise , Hugo d*un Lorrain et (Tune Bretonne^ Claude Gelée d'une longue suite lorraine. On nous croit Vâme glacée moqueuse. (Testqu^on nous juge sur la discrétion de notre cœur. Mais un écrivain , un peintre et un musicien, les plus chargés de poésie qu'il y ait en France, vivent de nos manié' res de sentir. Nos deux princesses malheureuses, Marie Stuart et Marie- Antoinette, passent en romanesque toutes les héroïnes^ et ne cèdent elleS" mêmes qu*à la sainte gloire de Jeanne. Ainsi notre orgueil se satisfait silencieusement à constater que notre eau souterraine alimente les plus fameuses nappes de la vie héroïque.
Monsieur,
Vous vous êtes trouvé, un dimanche de Pentecôte, auprès du village de Moulins, sur la route de Gra-^ velotte ; vous avez vu mon ciel bleu de Lorraine et compris les sonneries de nos cloches captives^,. Je
Préface 7
ne sais rien de vous que ce mince cahier d^ épreuves que me communi-^ que Sansoty m^is pour cette après^ midi passée sur la seule' terre du monde qui mHmporte^ je souhaite^ amicalement^ que le public vous fasse son meilleur accueil et je vous recommande à mes amis,
Maurice Barrés.
i Février i90ô,