SCENE IV
Puisque, par habitude ou par ennui, peut-îftre.
Il m'arrive souvent d'entr'ouvrir ma fenêtre.
Oui, monsieur, très-souvent. — Vovez le beau muguet.
Voulez-vous tous les deux en cueillir un bouquet ?
(Elle ae baisse pour cueillir du muguet. Sud coll >r tombe dans l'Iicrbe sans qu'elle s'en aperçoive.)
FRÉDÉRIC, amèrement.
Que de gaîté ! L'on voit que vous n'aimez personne,
ROSINE
Taime sincèrement ma mère, elle est si bonne !
FRÉDÉRIC
Cet amour seul n'emplit voire cœur qu'à moitit'.
ROSINE, se levant.
Amour!... Cela veut dire une grande amitié?
FRÉDÉRIC
Et vous êtes heureuse ?
BOSINB.
A mon âge, on ignore La vie et ses plaisirs ; — je suis si jeune encore ! Certes, je suis heureuse, heureuse sans regrets; Mon bonheur me sourit... et pourtant je voudrais Aimer quelqu'un, — quelqu'un qui ne fût pas ma mère, Qui ne fût pas ma sœur... un être imaginaire. Une ombre ou bien... mais non — c'est impatientant ! Je ne puis expliquer ce que j'aimerais tant ! Peut-être rien, — peut-être un brin d'herbe, une rose, Une fenêtre ouverte au loin — la moindre chose...
Mais non, rien... je ne sais, un sourii'e, un regard... — Allons-nous-on, monsieur, il est dt^jà bien tard!
FRÉDÉRIC
Rosine, pas encore !
(Il t'assied sur le banc de g::on k gauche.)
Asseyez-vous, de grâce.
Près de moi.
ROSINE
NoD, monsieur.
- FRÉDÉRIC
Là!
ROSINE
Je ne suis point lasse; Puis il est tard, vous dis-je, et maman grondera.
FRÉDÉRIC
Le baiser du retour bien sûr la calmera.
ROSINE
Allons, je vais m'asseoir, mais pas longtemps; ensuite. Nous partirons.
FRÉDÉRIC
Très-bien.
ROSINE
Et nous marcherons vite.
(Elle ('assied près de Frcdcric.) FRÉDÉRIC.
Approchez-vous un peu.