SCENE IV
FRÉDÉBIC.
Non, rien,
ROSINE
Tenez, je vais vous conter une histoire, A tin de vous distraire :
(liUc retourne s'asseoir sur le banc et appelle Frédéric, qui vient se placer auprès d'elle.)
Il (Hait une fois Un roi, — c'était le plus puissant de tous les rois. Son trône était d'agate et son manteau d'hermine. Il avait un neveu de la plus helle mine, Jeune homme plein d'esprit, qui se nommait Lindorj Aussi l'aimait-il plus que sa couronne d'or, plus que tout, — car Lindor avait un grand courage!
(Frédéric regarde Rosine Gxeinent et avec amour. Celle-ci commeuce à se troubler et balbutie.)
Un jour...
FRÉDÉRIC} la regardant loujonrs.
Un jour...
ROSINE, baissant les yen.
Un jour... le roi fit un voyage...
(Sou trouble augmente.)
Fit un voyage... et puis... je ne sais pas pourquoi, Je ne me souviens plus .. Vos yeux fixés sur moi Ont troublé ma mémoire... et ma bouche est muette,
FRÉDÉRIC
Achevez.
ROSINE, se levant, avec inquie'tude.
Je ne puis, je me sens inquiète.. t
FRÉDÉRIC
Ce trouble, auprès de vous, je le ressens aussi*
BOSINE*.
Il est tard, il est tard, monsieur; partons d'ici.
FRÉDÉRIC
Adieu, mon pauvre amour!
ROSINE
Encor ce mot! Ma mère.
Pour d'étranges raisons que je ne comprends guère. M'ordonne de monter à ma chambre aussitôt Que, sans y prendre garde, on prononce ce mot, Ou bien d'un œil sévère elle impose silence A celui qui commet une telle imprudence} Je ne sais pas pourquoi...
FRÉDÉRIC
Vous le saurez «n jour.
Dites-le-moi, monsieur : qu'est-ce donc que l'amour?
FRÉDÉRIC, trcs-embarnssc.
L'amour.. .VOUS plaisantez... l'amour, c'estquelque chose. Une larme... un sourire...
(Il la regarde.)
Un regard... Je suppose Que nous soyons tous deux, là.
ROSINE
Comme en ce moment...
FRÉDÉRIC
Et que moi, je vous parle ainsi, bien tendrement... Vous comprenez?
* Frédéric, Rosioe.