SCENE PREMIÈRE ft
FRÉDÉRIC
Seraît-ce par hasard, mon oncle, cette dame... Vous savez, la voisine, une charmante femme. Que vous lorgnez toujours assez effrontément?
THOMASSIW.
Je ne sais pas de qui tu veux parler...
FRÉDÉRIC
Comment i Vous avez oublié...
TnOMASSlN.
Ce que tu dis m'étonne; Je ne me souviens pas...
FRÉDÉRIC
Mais sa fenêtre donne En face de la vôtre.
THOMASSIN
Ah ! j'y suis cette fois#
FRÉDÉRIC
C'est heureux, mon cher oncle.
THOMASSIN
Elle est veuve, je crois,
(Regardant Frédéric a^ec ma'ico.)
— Et possède une fille, auge plein d'innocence...
F li É U É R I C , vivement.
Je ne la connais p;ij.
THOMASSIN
Âh ! tu feins l'ignorance.
FRÉDÉRIC, embarrautf.
Je ne la connais pas...
THOMASSIN
Que m'importe, après tout?
Néanmoins tes coups d'oeil la connaissent beaucoup. Et dès que la fillette enti'ouvre sa fenêtre, Tes soupirs, il me semble, ont l'air de la connaître; Et la friponne aussi, — qui ne te connaît pas. Toujours montre à ta vue un certain embarras.
FRÉDÉRIC; malicieasement.
Vraiment! — Comme celui qu'elle éprouva naguère, Lorsqu'elle vous surprit souriant à sa mère.
THOMASSIN
Âb ! prends garde, je vais finir par me fâcher.
FRÉDÉRIC
Bah! la maman vous plaît, pourquoi vous en cacher?
THOMASSIN
Me plaît I me plaît ! tu dis une grosse sottise : — Je ne l'ai vue encor qu'une fois, à l'église.
FRÉDÉRIC
Toujours vous lui donnez de grands coups de chapeau.
THOMASSIN
Sans doute : ma maison est près de son château.
(Siieooe.) On la nomme, je crois, madame Destourvillet
FRÉDÉRIC
Ab ! vous savez son nom?
SCI'NE PREMIERE t
THOMASSIN
Tu m'cchauffes la bile.
Je sais son nom! pardieu! suis-je pas son voisin? Je le sais par hasard.
FRÉDÉRIC
Mon oncle Thomassin, Vous ne gagnerez pas avec moi votre cause.
THOMASSIN
Tu n'es qu'un enlcté. Tiens, parlons d'autre chose.
(Silf:ice.)
— Elle est veuve, elle est riche. Un vieil oncle, en mouranr, Lui laissa, m'a-t-on dit, un avoir assez grand;
Sans compter qu'à la mort d'une autre vieille tante Elle doit recueillir deux mille écus de i-ente.
— Je tiens tous ces détails de mon valet Bastien, Qui d'un autre valet de sa maison les tient.
FRÉDÉRIC, prenant le bras de Thomassin;
Hier le jardinier de votre Cidalise A beaucoup parlé d'elle à ma servante Lise ; Il prétend que sa fille est pleine de bonté, Modeste par instinct, belle sans vanité.
(S'animant peu à pou.)
Il la trouve charmante, il la trouve adorable, Sémillante et naïve. — 11 dit qu'elle est aimable, Que son chaste regard pénùfre au fond du cœur. Et laisse à la pensée une douce langueur.
(Au comble de l'enihousiasme.)
Il dit qu'en admirant cette enfant rose et blonde. On rend grâce au bon Dieu d'avoir créé le monde. Il dit qu'on est heureux...
THOMASSIN
— Peste! il dit tout celai C'est un fameux bavard que ce jardinier-là l
(Silence.)
Parfois, assez souvent, elle quitte la ville Et se promène ici...
FRÉDÉRIC
Madame DestourvilleT
THOMASSIN
Oui; — ne le sais-tu pas?
FRÉDÉKICj feignant l'insoiiciauce.
Qu'il fait chaud! Non, ma fol!
THOMASSIN
Quelquefois, je n'en suis pas sûr, mais je le croi.
(Ils remonleiit le théâtre, cliacun d'un colé difTéreni, et regardent dam le fOBil
avec allenlion.) (A part.)
Si je pouvais la voir!
FUÉniiRIC, de nu" me.
Ah ! si la Providence L'amenait en ces lieux!
THOMASSIJS, jasjant du côté oii est Fréde'ric»
J'avais bien l'espérance Qu'elle viendrait ici se promener un peu...
FRÉDÉRIC
Je ne la verrai pas.
THOMASSIN, avec malice.
Dis-moi donc, mon nevetu Que cherches-tu?