‹ Au régime de l'eau [microforme]Chapitre 9 sur 30 · LES IDÉES CHANGENT · texte numérisé non relu

LES IDÉES CHANGENT

ées les A CHANGENT

— Mademoiselle Clarisse est-elle à la maison ?

— Oui, Jean.

. — Je veux la voir...

— Tu peux entrer comme de coutume.

— Je veux la voir et vous aussi, père Nicolas.

Et le pèrc de Clarisse et M. Jean entrent sans

dire mot.

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ne

Le père appelant au pied de l’escalier :

— Clarisse !

— Oui, papa.

— Descends une minute, quelqu'un a affaire

‘“ avec toi ”.

LEE

Deux longues minutes de silence passent. .

Le père Nicoles se donne une contenance. Il n’y a pas à dire, un événement se prépare. Ilsesouvient d’une scène semblable. il y a déjà quinze ans. Un destémoins manque. C'est la mère.

ER M. Jean est resté debout.

— Bonsoir, Mademoiselle, j'ai une demande à vous faire uevant votre père, me le permettez- ‘vous ?

— Oui, Monsieur, dit Clarisse en présentant la main d’un geste loyal et franc comme son âme.

— Mais avant toute chose, je dois vous dire ceci : la promesse, je l’ai faite, il y a déjà trois ans, lors de la retraite de Tempérance. J'ai tenu la parole donnée à Dieu et à mon confesseur. Seul, le respect humain m’a empêché de me faire inscrire alors publiquement dans la Société. Mais j'ai réparé... Je suis membre inscrit depuis ce matin. J'ai tout raconté à M. le Curé. J'ai eu tort: vous aviez parfaitement raison. Vous vouliez mon bonheur.

Vous m'avez sauvé. Je ne suis pas un ivrogne et je ne serai pas un buveur, grâce à vous.

Voulez-vous, maintenant, être ma femme ?

Vous m'avez aimé depuis longtemps.

—- Depuis toujours, dit Clarisse. Si je vous ai refusé, jadis, c’est que j'étais gardée contre mon amour par le serment fait à ma mère... et par la leçon de l’expérience. Je vous ai raconté la malheureuse destinée de ma sœur, mariée avec le pauvre Joseph. Vraiment, il y en ayait bien assez d’une malheureuse dans la famille.

— Tu as eu tort peut-être d’être si tenace,

dit le père Nicolas; M. Jean n’est pas comme ce sans-cœur de Jos, qui n’a jamais su comment prendre un coup ni quand s'arrêter.

— Pardon, le père, dit M. Jean, Clarisse m'a gardé contre l’ivrognerie par son refus de m'épouser, il y a quinze ans. Si j'ai pris la tempérance, c’est que, intimement, j'avais la conviction que je marchais sur le bord de l’abtme. J’aimais à boire pour boire. Et j’en étais arrivé là en faisant comme les autres, tout en évitant les excès, parce que j'avais ‘“ ma tête”, et que je voulais justifier mon dire : Jean boit et boira mais ne traînera pas. Eh,

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bien, ça c’est une lubie, comme de prendre la lune avec ses dents... Quand on boit pour le plaisir de boire, il arrive de petits accidents, Et, père Nicolas, j'ai eu les miens... J'ai désespéré même de moi. Heureusement, du mal est né le bien. J'ai ouvert les Yeux et j'ai quitté les amis. J'ai déposé ma colère et suis revenu ici. Je suis un tempérant, depuis trois ans et, le 22 juillet dernier, j'ai voté pour la prohibition.

— Je le savais, dit Clarisse, rougissante.

— Alors, dit le père Nicolas.

— Je puis dire oui, papa, mon serment ne s’y oppose plus.

— Et dire qu’on ne Pourra pas même prendre un verre pour mouiller ça! C’est étrange, tout de même, comme les idées changent.

LEE

Et M. Jean, très heureux, s’en retournait ce

soir-là, redisant sans amertume cette fois :

Oui, elle a raison, ma Clarisse: Ce que femme veut... Dieu le veut !

22 août 1912.

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