L AVENIR
plaines de la rive droite, sur lesquelles semble se détacher encore la haute silhouette de Murât chargeant, tête nue, sabre au fourreau, sans même regarder si les escadrons le suivent. De l'école des Lasalle et des Curély, ils font l'apologie de la mort en combattant « ...digne non pas de pleurs, mais d'envie », comme l'écrivait hier encore l'infortuné lieutenant Ricard, tué au Maroc. D'ailleurs, les cavaliers qui resteront sur le carreau tomberont bottés et éperonnés, sabre à la main, sourire aux lèvres, en pleine santé. « Un régiment ne périt jamais devant l'ennemi, disait l'Empereur : il s'immortalise. » Et c'est encore la meilleure façon d'aller retrouver ses pères, autrement française et spirituelle que d'avaler sa langue entre un médecin et un pot de tisane.
Les Insolences allemandes.
La Réponse.
Ils sont las des rodomontades pangermaniques, las aussi d'insolences telles que celles du conseiller impérial Rudolf Martin :
<c Rien ne saurait empêcher VArmée allemande de fouler le sol de la France, de Paris à Lyon, de la Manche à la Méditerranée. L'Allemagne prendra possession pour toujours des provinces du Nord de la France, s'ouvrant un débouché sur la mer à Calais et à Boulogne. »
« Au Rhin gaulois ! » Voilà la seule réponse. Le moyen, celui qui répond le mieux à notre tempérament gaulois :
...l'offensive !
Tous les cavaliers de France le savent par cœur : « Attaquez le premier, dit le règlement. » Il y a dans l'offensive un élan, une force morale, une supériorité enfin qui l'ont toujours fait adopter et choisir par les grands capitaines. La méthode défensive n'est qu'un pis aller, elle ne nous a jamais réussi ; 1870 en est la preuve.
Si nos victoires proclament le triomphe de l'offensive, notre défaite coïncide avec son abandon. Les faits sont là, malheureusement.
Tandis que les Allemands marchent au canon, Bazaine évite le combat à tout prix, défensive ! perd trois jours sous Metz, s'enferme derrière les retranchements et capitule, défensive !
De son côté, Mac-Mahon, qui, de Châlons, se portait au secours de Metz, évite le combat et l'ennemi, défensive ! Mis dans l'impossibilité de remplir sa mission, il subit la démoralisante influence d'adversaires auxquels il a abandonné la maîtrise ; il est entamé, jeté dans une impasse et battu ! défensive !
L'attaque est nécessaire aux armées en campagne. Il leur faut le grand air de la plaine ; la place forte, c'est déjà une
prison dans laquelle élan et discipline se détruisent ; c'est le commencement de la captivité.
Certes, les progrès du pacifisme sont grands. Peut-être rendront-ils toute guerre impossible, toute armée inutile, mais ce jour là ne s'est pas encore levé. En attendant et tant qu'il y aura une armée, vive l'offensive ! Que tout acte de nature à nous en détourner soit considéré comme crime et puni comme tel.
Car la- guerre n'a qu'un but : vaincre. Le salut de la patrie est à ce prix.
Aujourd'hui les luttes s'étendent sur des champs différents : elles sont commerciales, économiques, sociales. La lutte militaire n'est qu'une autre forme de lutte et malgré ses rigueurs elle présente des avantages certains, assure des gains durables au vainqueur et permet de solutionner rapidement des questions qui ne peuvent se résoudre que par elle.
Ainsi envisagée, la guerre reste le geste sublime d'un grand peuple. « Car il n'y a pas d^autre arbitre, pour les nations jeunes ou vieilles, pour celles qui aspirent à naître et pour celles qui ne veulent pas mourir, que le dieu des batailles, et non pas, comme on V affirme généralement, par cette triste raison que la force prime le droit, mais parce que, pour un peuple, le droit de vivre se mesure à la somme des sacrifices individuels qu'il est prêt à consentir. »
Nos Droits et nos Devoirs.
Il nous faut donc le Rhin.
C'est de l'intérêt même de l'Europe, qui a besoin d'une France unie et puissante, et qui ne peut se passer du guerrier gaulois plus que du flambeau de la civilisation française. Que la suprématie des races blanches soit un jour menacée... le soldat allemand sera le premier à réclamer notre concours.
C'est aussi l'intérêt de l'Allemagne ; — nous disons de l'Allemagne — nous ne disons pas de la Prusse qui, élevée à son rang, par la Confédération germanique, est directement responsable du malaise et de l'insécurité pesant actuellement sur l'Europe.
C'est notre devoir de Français de reprendre le Rhin. Car la terre de France, sol d'une race privilégiée, nous a imposé des obligations que nous n'avons pas à discuter et auxquelles nous ne pouvons nous dérober, sous peine d'être reniés par elle. Ne l'oublions pas : la Gaule, joyau toujours convoité, veut un guerrier pour gardien. Nul n'est mieux préparé à ce rôle que le Français dont le caractère guerrier s'est affirmé davEuitage avec chaque génération.
Un Français qui cesserait d'être guerrier, cesserait d'être Français.
Pouvons-nous alors abandonner aux hommes de sac et de coups de force, à .ceux qui ne régnent que par la crainte le dépôt sacré qu'ils nous ont ravi ?
La frange argentée du Rhin doit border la France, la France doit être identifiée avec la Gaule. Cinq siècles de guerres et d'histoire sont compromis.
Allons-nous oublier nos devoirs envers les pays cisrhénans qui, suivant le mot de Richelieu, n'appartiennent à l'Allemagne que (( par une antique usurpation » ?
Cèderons-nous devant ceux dont la politique, digne des civilisations disparues, ne tient aucun compte des revendications des vaincus ? Faiblirons-nous, enfin, devant les hordes barbares qui se vantent de fouler notre sol du Nord au Sud? Non, jamais!... IMieux vaut mourir que de cesser d'être soi ! !...
La Germanie, qui nous accueillit en libérateurs pendant les guerres de la Révolution, avait trouvé dans la paix de Bâle la formule qui lui convenait le mieux : le Rhin redevenait le trait d'union des Gaulois et "des Germains. L'Allemagne gauloise, c'est-à-dire tous les pa^'s de la rive gauche étaient reconnus pays français, et ils accueillaient comme un agréable réveil leur retour au giron familial. Les Allemands toujours en quête d'un régime approprié, avaient enfin leur formule. Les Gaulois cisrhénans faisant retour à la République Française, les Germains transrhénans demeurant ce qu'ils furent toujours : des Allemands.
L'Europe entière, et l'Europe Centrale, la toute première, s'inclinaient avec docilité, devant le fait accompli, car les Germains se courbent toujours devant leur maître, qu'il vienne de Prusse ou de France.
Réponse au Pangermanisme.
Le Panceltisme.
Pourtant, le jour où nous renouvellerons les exploits de nos pères, nous nous arrêterons au Rhin. Nous nous souviendrons que la nature nous a assigné un poste d'honneur, au delà duquel nous pouvons rayonner, mais que nous ne devons point franchir, car nous sommes les gardiens des civilisations celtes et latines devant le flot barbare menaçant.
Voilà la réponse aux pangermanistes qui, dans un rêve colossal et ridicule, veulent englober l'univers. Cette réponse, c'est le panceltisme, l'entente gauloise qu'avait prévue César, et qui une fois cimentée, pourra défier le monde.
Quand la Gaule aura repris sa belle frontière, qu'elle sera redevenue « le dessin aux jolis contours » dans lesquels
Strabon retrouvait le signe de la divinité ; alors s'accompliront les <( Gesta Dei per Francos )>. Le vieux Rhin ne sera plus le fleuve aux eaux mystérieuses. Les Frances occuperont le domaine réservé à ceux qui ne sont fiers de brandir le Glaive que pour défendre le Flambeau !
Sous peine de déchéance,- nous ne saurions subir plus longtemps la frontière actuelle, triste frontière de vaincus !... Il n'y a pas seulement un idéal abandonné, un triomphe des barbares, un démenti à notre histoire, il y a des frères qui souffrent de l'autre côté de la frontière. Rançon de notre délivrance, ils attendent sans désespérer jamais.
Or nos frères annexés ont une grande mission à remplir : La Prusse a conquis l'Alsace-Lorraine Gauloise et l'a incorporée à l'Empire, de par la volonté de son roi.
L'Allemagne n'assimilera pas sa conquête, de par la volonté de la Gaule.
Allemands, vous croyez tenir la Gaule Rhénane ?
C'est la Gaule Rhénane, Allemands !
qui vous tient !
Canservez-là, abandonnez-là, dispersez ses enfants dans les garnisons aux quatre coins de l'Empire, noyez le Reichaland sous le fîot Prussien, exterminez même tous ses fils : vous n'empêcherez pas qu'au contact des Celtes, les éléments germains seront modifiés partout, sans que les Celtes soient modifiés nulle part ; vous n'empêcherez pas le flot migrateur prussien d'être transformé à deux générations et sans être encore devenu Celte, de n'être déjà plus Germain ; vous n'empêcherez pas la détrempe de votre épée, la Force, au contact de cette flamme, le Droit ; vous n'empêcherez pas le sol dont la vertu s'est affirmée nar cent mille ans, de déjouer vos combinaisons militaires septennales.
Non, votre poUtique ne triomphera pas plus de la nature que vous n'arrêterez le cours du soleil ou ne ferez remonter les fleuves vers leur source! Vous avez pu transformer de^ landes dépeuplées en Royaume de Prusse, vous ne transformerez pas en Royaume de Prusse des provinces gauloises.
Vous avez voulu écraser le Reichsland sous la botte, et aujourd'hui votre Achille invulnérable est mordu au talon, non seulement par les Gaulois, mais par les Germains.
Tel est le premier signe que l'on peut tirer des incidents de Saverne.
L'Alsace-Lorraine a pris conscience d'elle-même, elle a une mission gran-