CHAPITRE VI
Le Rhin a été notre frontière, il ne l'est plus : telle est la conclusion de THistoire.
Or, une nation comme la France ne peut accepter sans déchoir la perte de l'héritage ancestral.
Pacifistes et Belliqueux.
Et si nous voulons à la lueur du passé, examiner l'avenir, nous constatons d'abord la présence de deux partis : le premier pense que l'ère des grands combats est close, qu'il faut tout tenter pour améliorer les rapports entre les deux Etats, et chercher la solution amiable, — qui n'est pas la solution élégante, — à la remorque des philosophes et des humanitaristes, de Napoléon I^^" lui-même, quand il disait : (( Tant qu'on se battra en Europe, ce sera une guerre civile )>. Dans cet esprit il fonde des ligues francoallemandes, il escompte la continuation de la. paix favorable au négoce, aux relations internationales...
Le second déclare tout net : La question du Rhin est une affaire d'honneur qui ne peut se résoudre que dans le sang !
La paix actuelle de l'Europe est une veillée d'armes. Toujours prêts à la guerre, attendons-la avec calme et confiance ; l'histoire du Rhin n'est pas terminée et il y a encore de belles pages branches à remplir.
Qu'importe le nombre, disent les Français ! Au siècle passé, la France était dans une situation exactement inverse, cela a-t-il arrêté la revanche prussienne ?
H La qualité supplée au nombre ; la théorie des gros bataillons, s'écrie Ardent du Pic, est une théorie honteuse ; il ne s'agit plus avec elle de quantité de cou^
rage, mais de quantité de chair humaine... c^est un mépris de Vâme. »
Lorsqu'il écrivait cette pensée, le vaillant colonel avait médité la fameuse boutade du général de Brack :
(( L'élément moral est le roi des batailles. Le reste n'est qu'une triste prose reliée en veau. )>
Ils ne craignent pas plus le nombre que jadis les grenadiers du premier Empire, courant à la victoire, en chantant :
Combien sont-ils, combien sont4ls ?
C'est le cri du soldat sans gloire.
Le héros cherche les périls,
Sans les périls qu'est la victoire ?
Ayons tous, mes braves amis,
De Roland l'âme noble et fière.
Il ne comptait ses ennemis
Qu' étendus morts sur la poussière.
Il leur tarde de pouvoir enfin s'élancer pour vaincre ou mourir, suivant la tradition ancestrale, vers ce Rhin dans les eaux duquel leur génération n'a pas vu encore se refléter nos couleurs.
Et les cavaliers ajoutent : <( Le grand jour sera une belle iete pour les armes à cheval. »
« Nous serons tous entre camarades, nous aurons de l'emploi, et si l'adversaire nous vaut, d'estoc ou de taille, il y aura de beaux coups à donner et à recevoir. »
(( Le Français est plus casse-cou que personne, ajoute Ardent du Pic, et c'est pour cela qu'il est bon cavalier de combat quand ses chef.s sont casse-cou ; pour cela qu'il est le meilleur de l'Europe quand, en outre, ses chefs ont un peu de tête, ce qui ne gâte rien. »
Ces cavaliers, impatients de se perfectionner dans l'emploi de l'arme blanche, sont c\irieux de parcourir les grandes