‹ Au Rhin gauloisChapitre 2 sur 21 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Aucun pays ne feitt subsister sans un idéal.

A chacun, il faut un symboUy assez élevé pour être embrassé par les regards de tous, assez éloigné pour qu'ait cours des âges la v/iarche des enfants prolonge en ligne droite le sillage des pères.

Or la France qui est par excellejtce le pays de Vidéal voit depuis un grand siècle, un nombre toujours croissant de ses filSy se détourner de la tradition millénaire pour suivre des buts toujours plus immédiats et plus bas.

De ce fait la nation est troublée, et sa valeur dhninuée. Nos vainqueurs le déclarent. Ujî officier cVEtat-Major allemand nous le n:ontre. Nous lui cédons la parole :

a Tandis que, dit-il, le C omnierce et VIndustrie de la France ne )) cessent d'être en progrès, il est impossible de méconnaître les symp- )) tomes qui indiquent la décroissance du talent dans V ensemble de )) la. nation.

)) C est la centralisation politique et administrative qui Va inse?isi- )) blement énervée, Va peu à peu déshabituée cV agir par elle-même )) et semble Vavoir pour jamais dépouillée de la faculté de vouloir.

)) De plus, les change7îtents continuels de gouvernements, les révo- » lutions et les coups d'Etat qui se sont succédé depuis quatre-vingts )) ans, ont fini par lui ôter toute foi à 7in idéal politique quelconque.

)) La masse du peuple français se compose de gens paisibles, » réfléchis, laborieux, 7nais dans lesquels V éducaiicn n'a point engen- ,') dré le patriotisme et qui, par suite, ne ressentent jamais la moindre » envie d'en donner des preuves en s'intéressant sérieuse^nent et sans » ambition personnelle aux affaires du -pays.

)) Il suffit de causer quelqiies instants avec de vrais Fra?içaiSy )) braves paysans ou bons bourgeois des petites villes, pour apercevoir )) leur indifférence à V égard de la Patrie.

» La société française est aujoîtrd'hui prof ovcd croient matérialiste. )^ Le Français est économe, casanier et laborieux; sa grande affaire » est d'amasser par le travail et l'épargne de q:ioi devenir rentier )) afin de pouvoir passer les dernières années de sa vie dans sa petite )) maison avec son petit jardin, sans soucis et sans fatigue. C'est le ■)) rêve de tous

)) Depuis le système du nivellement intellectuel applique à la France )) par Napoléon P'^ , r étude sérieuse des sciences a été de plus en plus mise » de côté; par suite, le peuple s^ est épris d^une littérature aussi vide » que brillante, un genre déclamatoire et théâtral est devenu le goût )) dominant, V esprit public tout superficiel ne forme plus qu'un triste )) contraste avec cet esprit sérieux, profond, puissamment créateur, )) qui a jadis appelé à V existence des milliers de monuments admi- )) râbles de V architecture romane et gothique, que vous trouverez épars )) sur le territoire français jusque dans les plus petites villes et dans )) les plus humbles villages.

» U esprit français ne connaît plus le sentiment religieux dans » ce qu*il a de profond et dHntime; il est ballotté entre une incré- )) dulité frivole et moqueuse et des croyances trop souvent étroites et )) peu faites pour fortifier Vâme et V élever

» Z^ soldat français est singulièrement docile, bon camarade, » supportant la douleur avec patience ; miais toutes ces vertus sont » rendues inutiles par Vindolence, le défaut d'énergie et Vabsence )) de patriotisme. Cette indifférence pour la Patrie, qui a pour princi- )) pale cause le manque d' instruction et qui fait que le sort du pays » est souvent abandonné aux mains d'un petit nombre d'ambitieux et » de rêveurs, s'est beaucoup accrue de i8^i à i8yo

)) Nous n'avons qu'à jeter un coup d' œil sur l'histoire de France » depuis 1814. pour y trouver la triste preuve que, dans ce pays, il )) suffit que quelques aventuriers osent s'emparer du gouvernement )) pour qu'on leur laisse diriger à leur gré la machine de l'Etat.

)) La grande masse est purement conservatrice, indifférente pour tous )) les intérêts publics et abandonne, par amour du repos, la conduite )) des affaires à la puissance du moment.

» Dans chaque village, deux ou trois hardis coquins peuvent )) s'ériger en maîtres et sont sûrs d' être obéis.

)) Les épouvantables excès de Septembre I7Ç2 et ceux de la Com- » mune, dans ces derniers tetitps, n'ont pas été cotnmis par les fana- » tiques, mais par de petits bourgeois tremblants, lâches et sans » volonté, qui n'étaient que des instruments entre les mains de leurs )) chefs tyranniques. »

Or, cet officier, qui s'exprimait ainsi à Berlin en 1872, s'étonnait qu'un grand pays comme la France, pourvu d'une unité géographique et ethnographique, vive sans idéal, sans culture nationale^ déchiré par les factions et mis en coupe réglée par une bande de flibustiers, tandis que V Allemagne multiple et disparate est cependant arrivée à une unité politique grâce à un plan suivi depuis un siècle.

Aujourd'hui Vâme alle7nande se pétrit au berceau, le patriotisme y est sucé avec le lait, l'histoire et la géographie et l'ensemble de V enseignement — qui, d'ailleurs, se continue jusqu'au tombeau — sont donnés suivant un dosage précis, en vue de former des citoyens spécialisés dans leur branche, mais au fond tous pareils, tous utiles et, pour ainsi dire, interchangeables.

Les fêtes, les repas, les plaisirs, les chants, les lectures, sont patriotiques , patriotiques les beuveries elles-mêmes et le vin du Rhin béni chaque année par le spectre de l'Empereur Charlemagne, suivant une légende pieusement entretenue, coule dans les veines des buveurs teutons l'héroïsme et les vertus germaniques.

Sur ce patron sont taillés soixante millions d^hommes qui, demainy pour jouer leur rôle dans le inonde, pourront aligner devant deux millions de poitrines, deux millions de baïonnettes.

Or, tandis que V Allemand, par nature, accepte et recherche Vunion avec ses concitoyens, le Français, sociable inais individ^ialiste, n'admet d'entente que pour V action, et dans de grandes circonstances seulement.

Affaiblis aujourd'hui, nous nous ressentons de la façon dont est compris et pratiqué le régime, autant que de la capacité de nos représentants et de nos gouvernants : Où allons-nous?...

Mais regardons le Rhin, et nous retrouverons notre personnalité et, par suite, notre salut.

Notre histoire le prouve : la race française a traversé des heures autrement graves que les présentes et toujours Vidéal Gaulois a fait naître des sauveurs comme il en fera naître encore.

Quel idéal, en effet, proposer à la France en dehors de celui qui, marqué, à jamais par la nature, détermine nos droits et nos devoirs ?

Le Rhin Gaulois, rêve aujourd'hui, sera réalité demain si nous demeurons fermes en nos desseins. En un siècle, la Prusse a accompli une œuvre autrement grandiose et difficile, il faut le reconnaître loyalement.

Les lignes qui suivent, écrites pour cette jeunesse actuelle en qui la France a mis un espoir particulièrement légitime, montrent que — mê^ne si la guerre en peîit résulter — nous devons nous rallier à notre idéal Gaulois.^

A Celui ou à Celle qui ressentira a la grande pitié qui est aujourd'hui dans les Gaides » et qui, pénétré par notre thèse auguste, en sera le champion, et s'il le faut le martyr, nous dédions ces humbles pages avec respect.

J ai voulu rendre à la Gaule les limites que la nature lui a destinées, identifier la Gaule avec la France, et partout où fut l'ancienne Gaule, y restituer la nouvelle.

(Testament politique du Cardinal de Richelieu.)

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