UNI PARISIENNE EH ILSACE-LORRAINE
Au sortir de table, il nous fit un véritable cours sur les châteaux des \ osges. ivai d'indiquer qu'en Lorraine, à défaut de burgs féodaux, nous avions quel- |u 9 jolies propriétés. Elles devaient plaire à M (I \oury infiniment plus que les ruines du \n siècle. Mais elle ne voulait entendre que M. Ehrmann et les choses de l'Alsace.
Etait-ce bien la même personne qui trois jours avant me disait : — « \hî monsieur, mie je m'ennuie clans votre <i Est ! ^> — ( Tant que cela, madame? » — c< \ braire. osieur, à braire. >> Et comme elle était ndue sur celle même chaise longue, elle it simulé un immense bâillement, qui vail permis de \oir se> trente-deux «lents intactes jusqu'au fond de sa gueule rose. Oui, -i bien « gueule » qu'il faul écrire pour nsible cette divine Impression d'animalité jeun
Maintenant elle nous reprochait de ne 1 avoir pas conduite à la Hohkœnigsbourg et ù Sainte-Odile. Elle aurait gravi les montagnes, accepté les auberges... Soit! Je l'admirais trop pour gêner cette hypocrisie, qui n'était d'ailleurs que la magnifique mutabilité de son âme.
Depuis longtemps, les hôtes habituels de Lindre-Basse étaient rentrés dans leurs paisibles chambres ; depuis longtemps, les témoins et moi, demeurés au salon, nous nous taisions, nous digérions, nous pensions à nos affaires, que Mme d'Aoury et M. Ehrmann gardaient encore la même énergie poui célébrer la beauté, la santé et la suprématie de l'Alsace. Je crois que les deux Parisiens étaient un peu froissés. Tout ce que noui obtenions de temps à autre, c'était qu'elL nous invitât à la servir, pour baisser un rideau contre la lumière trop vive, pou;
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demander un verre d'eau, pour ramasser une c ouverture que son petit soulier perpétuellement agité vouait de faire glisser à terre, en u\rant une mince cheville. Et c'était enl'étranger la cause et l'objet de cette 1 rtes, d'aucun être, elle n'acceptait qu il échappât ù son influence, mais lui-ci. c'était une folie de zèle et qui nit au sublime, quand de I Usace elle , la médecine.
,1 n'ai jamais pu me défendre d'une sorte cLamour mêlé d un retour un peu triste sni moi-même, à l'égard d 3 jeunes gens que
comble la fortune. Je fais des vœux pour tous les grands favoris du sort qui n'ont d- J'honore, je voudrais pi dieux qui possèdent la I ftmoui J | 1 eux 8 \ ec plaisir, comme
à une belle œuvre (Tart fragile, et j<' me d a 11 .m monde un exemplaire d que
j'ai tant désiré d'être... Puisse-t-il n'être pas brisé ! » C'est avec ce sentiment de sympathie légèrement douloureuse que je regardais le jeune Alsacien. Il éprouvait la joie que tout homme a connue après une première affaire d'honneur : violent ébranlement physique qui raffermit, exalte toute l'âme et tout le corps. En outre, il goûtait le romanesque de sa situation : d'être reçu, fêté, flatté, dans la maison de son adversaire. — C'est assez tard, je crois, qu'il distingua la beauté singulière de Mme d'Aoury : au début, il se préoccupait trop des lois de la politesse française, qu'il observait avec raideur. Mais il sut peu à peu se distraire de soi-même, et, naïvement, à sa loquacité succéda le silence, puis la plus noble, la plus virile compassion tendre, quand elle parla d'une longue maladie pour laquelle on l'avait opérée.
— Pendant quinze jours et quinze nuits,
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j'ai tellement souffert ! Je remuais une jambe doucement et je chantais un air très bas sur deux tons. C'était insoutenable, à rendre fou- ceux qui me soignaient. Mais puisqu'il me fallait vivre avec une telle douleur, j'aurais tant \oulu qu'elle s'endormît. Uors, je lis ma douleur.
Va soudain, elle se mit à chantonner, comme elle avait dit, et à balancer faiblement sa jambe droite, tandis que de ses doux mains allongées et réunies sur son corps, elle semblait endormir un enfant.
lait un tableau qui donnait l'idée même de la faiblesse, et, pourtant, le jeune docteur lima notre pensée à tous quand il dit ;
— Comme \<>us êtes courageuse, madam
— En tout cas, dit-elle en se levant, j'admire le i ourage. Je \\c pense pas que la vie
soit ce qu'il \ a de plus précieux: j'aurais
Go \L SERVICE DE L'MJLEMAGNE
mieux aimé que mon frère se fit tuer, quo de se conduire sans bravoure, mais je suis conlente aussi, monsieur, puisqu'une aventure, où il a tous les torts, nous a permis d'acquérir un ami que tout le monde dans cette maison estime.
Je vis bien qu'elle donnait sa main au jeune homme pour qu'il la baisât. Mais il la retint dans ses deux mains, et il dit avec une profonde émotion dont elle fut déconcertée, car elle craignait le ridicule :
— Il n'y a que les Françaises pour être si généreuses cl si délicates.
Par une petite comédie qui lui était familière, elle sortit du salon en courant, en marchant sur sa robe, en trébuchant, en poussant un cri d'effroi, en se retenant à un meuble.
Les deux Alsaciens désiraient marcher. Je les reconduisis jusqu'à la gare, à travers le parc. Ils étaient encliantés, et, dans tous
i m PAHISIE.NM IN iLSA( J.-l • UIB MM 6l
eurs un voyait la fougue inernpl.
le <lcu\ jeune- >old;ils.
M. Ehrmann admirait le pays . sublime. le soleil couchant, de douceur et de olitude. Il dit lout cl un coup :
— Imaginez dans ce parc, en place de *l d'Aoury, un se Prussienne! Quand urine sous ce ciel bleu pâle, les mêmes bâtinents, les mêmes dessins de prairies et de
demeureraient, ce dont je doute, où seraient celte délicatess i I cette fierté qui se rident sur tout le domaine !l
des de M. Ehrmann me dévouaient enfin son cour: elles me montraient m comp ignon <lc mes y s - . un ci<»\ ant le hi supériorité française.
— \ esl ce pas, docteur, «lit-il en s'adres-
n compagnon . n'est ce pas que ' '1 Aour> . c'esl une I : •. une Pari-
■ ' . le l \ ne <lc la \ raie I Parisienne ?
Le docteur Y\ erncr n'avait pas dit trois mots de toute la journée; il appartenait à l'espèce des Alsaciens muets, excellente et aussi nombreuse que l'espèce des Alsaciens a vivacité méridionale. Il répliqua :
— J'étais un petit garçon quand nous sommes devenus Vllemands ; vous êtes trop jeune, Ehrmann, vous n'avez pas vu... moi, je me rappelle les uniformes français sur le Broglie et sur le Contades. Gela faisait une harmonie, comme la voix et les gestes de Mme d'Aoury dans une vieille propriété lorraine.
Les bras m'en tombèrent, et j'aurais voulu prier ces deux jeunes gens, le muet comme le bavard, de collaborer à mon enquête sui la transformation des mœurs aux pays annexés. Mais cinq minutes après,, la locomotive les emportait.
Je revins au château par de longs dé-
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: je respiiiii- amoureusement ma Lor-
ine. Je voyais avec évidence (jue les Alle-
lands i|iii n'ont pas créé ta beauté de mou
lys, on se L'appropriant, La détruisent.
i population welclie déserte la province
d'elle a humanisée, c'est une Ame qui se
tire et laisse tomber un beau corps. Ils rai-
►nnent juste, ces deux \ls;ieien- : qu'est-ce
u'un parc français, sans une jeune Fran-
pour savoir y marcher ? Et qu'est-ce
Lindre-Basse, sans cette divine fantaisie
ni vient toute une après-midi de nous en-
1c cœur?