‹ Au service de l'AllemagneChapitre 17 sur 40 · LA MAGNIFIQUE ALSACE · texte numérisé non relu

LA MAGNIFIQUE ALSACE

îée sous un brouillard impénétrable. A quelques mètres au-dessous de nous, commence a nappe couleur d'opale. Sur ce bas royaume le tristesse reposent nos glorieux espaces de oie et de lumière! C'est un charme à la ïorrège, mais épure de langueur, un magniique mystère de qualité auguste. Je parcours allégresse les sentiers en balcon de mon •tincelant domaine forestier. Qu'une branche ne dans les arbres, j'imagine que des lieux invisibles prennent ici leurs hiver— ■m l'on m'excuse d'apporter aux bords lu lUiin une image classique, c'est une goutte c du sein dune déesse qui noie ce matin notre Usace.

V certains jours, vers cinq heures du soir, U»e couleur forte et grave emplissait la plaine. Eli c'est bien «v emplissait o qu'il faut dire, '•ar de ma bailleur je voyais si nettement, m delà du lîbin. se relever les liantes lignes

de la Forêt-Noire, qu'à mes pieds c'était une immense cuve où s'amassaient du sérieux, du triste et du noble.

La beauté de Sainte-Odile n'est point toute sur sa terrasse : elle habite encore la Bloss et l'Elsberg, que chargent de mystérieux monuments.

Les deux plateaux de la Bloss et de l'Elsberg forment, avec le promontoire de la Hohenburg, qu'ils flanquent au Sud et au \ord, une superficie de cent hectares. Un mur celtique les enserre d'un ruban de dix kilomètres. C'est le célèbre « mur païen ». En partie éboulé, recouvert de mousses et travaillé par les racines des sapins, il est fait d'énormes blocs grossièrement équarris. Dans ses meilleures parties, il n'a plus que trois mètres de hauteur; ses pierres, reconnaissables à leurs entailles en queue d'aronde,

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disent au milieu des arbres. Selon les accidents du terrain, il se replie, ou projette des pointes, et même disparaît, toutes les fois que le rocher à pic rend impossible une escalade.

Par le plateau de la Bloss, on arrive de plain-pied sur les rochers de Mionnclstein et du Schafstein et. brusquement, on trouve le vide, tout un immense précipice. C'est un»' vue sur la douce, riche et diverse plaine d'Alsace, et sur le groupe puissant des montagnes solitaires et boisées. Lue série de contreforts se détachent de la chaîne des Vosges et s'inclinent vers la plaine pour y mourir. J'aime ces formes éternelles plus que les gais villages, et ces bois monotones plus que les champs parcellaires. () douceur altière de ces alternances de montagnes! Les reines de la nature reposent heureuses dans une atmosphère lilas. El contre ma figure, il

y a de délicieux mouvements d'air... Sur la pierre plate du Schafstein, sans aucun gardefou, je suis en face des libres espaces. Tout près de ma main, frêles dans la brise, voici des rameaux verts et jaunes, pointes des arbres qui surgissent de l'abîme, ayant poussé, Dieu sait comment, dans les interstices de la dure roche. De ces ramures et par-dessus la profonde vallée de Barr, le regard glisse sur un premier plan de montagnes, fort basses, qui semblent un moutonnement de cimes verdàtres, un crêpelage comme sur le dos des brebis. Une seconde , une troisième chaîne forment des masses de bleu noir, puis se dégradent en bleu gris, jusqu'à ce que lùbas, là-bas, sur la plus haute crête, apparaisse la très mince silhouette de la Hohkornigsbourg, dans une buée jaunâtre, dans un glacis de couleur paille.

Jusqu'à quatre heures , les montagu

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lisses de feuillages à l'infini, ondulent, vernies d'une brunie dorée qui leur donne du mystère et du silenee. De ces spacieus solitudes, rien n'émerge que les deux tours féodales d'Andlau, rien n' étincelle que l'étroite

irie sur le ballon, près du Spesbourg. Ni la peinture ni les mots ne peuvent rendre les fortes et sereines articulations d'un immense paysage sévère; il y faudrait une musique

urée de sensualisme. Dans cette harmonie d'or cendré, s 1 1 1- du vert, mon âme écoute un plain-chant dont le sens s'augmente a mesure que je m'y prête.

Quand le s« » loi 1 , en s'inclinant, jette moires, de l'Ouest à l'Est, sur les montagnes qui s'abaisseni vers la plaine, on voit se

■ T de celle-ci des centaines de fumée du ru'on brûle. Et, à ; op

vers POuest, dans le haul du ciel d où descendent les montagnes, apparaissent de

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grandes taches ardentes, car c'est l'heure di couchant.

J'ai parcouru indéfiniment le domaine d( Sainte-Odile et ses alentours. Les interminables sentiers serpentent, roses, sous les sapins qui leur font un toit vert. Pendant des heures je montais, je descendais ; parfois je m'égarais, sans rencontrer de bruit, ni de passant, ni aucune singularité. La profonde colonnade des sapins assombrissait les pentes. Il n'y avait, pour rompre la symétrie, que des roches écorchant le sol, çà et là, et couvertes de mousses verdâtres. Les jours de soleil, la forêt sentait les mûres et, si grave toujours, avait de la jeunesse, .l'y trouvai plus souvent des semaines de tempête. Le vent, brisé sur les arbres, ne se faisait connaître que par son gémissement. En vain l'eau ruisselaitelle, j'allais avec légèreté sur ce sol sablonneux et que feutrent les aiguilles accumulées.

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