‹ Au service de l'AllemagneChapitre 40 sur 40 · NO I · texte numérisé non relu

NO I

N >te Y (page 90). — Sur la côte de Sion. la chose est certaine, Hosmcrtlia était adorée et elle guérissait; presque toujours, son nom se lie à celui du Mercure Gaulois, son frère et son amant. ■ ré. lui, sur le Donon. C'est un malheur que nous soyons ignorants des vertus de cette Rosmertha, car elles durent passer à la \ierge chrétienne qui, selon la coutume, lui fut suhstituée.

Non; VI (page 198). — En njo.'î. les recrues allemandes faisaient généralement deux ani les mauvais soldats, trois.

APPENDICE

IF M ! ALLAIT PA s ÉMIGRI R

Français, à vous juger sur certaines conversations et sur quelques articles des journaux que vous lisez, vous ne possédez pas une idée précise des conditions morales où vivent les annexés en \ - 1 ce-Lorraine.

Si les Alsaciens-Lorrains enduraient les brutalités qui dégradent l'Irlande, comme ils nous intéresseraient! Leur misère vous emplirait d'émotion. Mais vous leur en voulez un peu de ce qu'ils ne sont point assis tout nus sur les décombres de leurs fermes. \li ! nous fûmes bien naïfs dotant applaudir, il y a vingt-cinq ans, les complaintes sur l'Alsace-Lorrainc dans I meerts. » Et

vous commence! de raconter quelque petit voif que vous fîte- en Allemagne.

En traversant l'Alsace, voui avei vu depuis

votre wagon, des blés, des vergers, des vignes, des houblons, des bestiaux, du soleil et des gens bien vêtus. Dans Metz et dans Strasbourg, votre cocher vous montra de vastes monuments tout neufs où l'on n'a pas épargné la dépense. Les vieux indigènes vous parlèrent bonnement des tarifs douaniers, de la canalisation de la Moselle ou du Rhin, voire de la Comédie-Française. Un Allemand, pour qui vous aviez des lettres, vous traita avec courtoisie, et le soir, en buvant de la bière meilleure et moins chère que chez vous, vous pensiez simplement que nous sommes à plaindre d'avoir perdu de si riches provinces. « La victime, disiez-vous, c'est moi! »

Après cela, vous avez poussé au delà du Rhin, en Allemagne. L'Empire allemand met en façade ce qu'il a de plus beau, sa puissante administration, et vous n'avez pas pu distinguer ce qui vous choquerait à l'usage, à savoir l'infériorité des mœurs allemandes. Cependant votre esprit s'élargissait : « Peste ! disiez-vous, ces Alsaciens-Lorrains sont annexés à une nation forte et ils profitent de bien beaux chemins de fer, de bureaux de poste incomparables, et d'une discipline supérieure.» Je ne dis pas que vous priez Guillaume de vouloir

LPPl SDK I.

hicn régner sur la France. Tout le monde ne cause pas avec l'Empereur. Mais, par un phénomène assez simple, vous vous imagine/ sa soir que Msaciens-Lorrains sont enchantés et qu'ils ne poudraient plus redevenir Français.

Eh bien! mon cher voyageur, vos observations ne sont pas seulement d'une insipide trivialité, je les déclare fausse^. Vous n'avez rien vu, rien compris. C'est à cmirc que vous pensez avec votre

itre plutôt qu'avec votre cerveau. Recommence/ votre voyage, au coin de \utre feu, avec un l\ Bazin. Vous a\ez parcouru les rues et les brasseries : il vous mènera dans les maisons et dans les consciences.

Entrons chez les Oherlé. De bons bou un type de famille reproduit sur la terre J'Ai i des milliers d'exemplaires. IU habitent l'une de ces innombrables maisons riantes que

is a\c/ vues de votre wagon; ils exploitent une lie.

\ ici d'abord le grand-père. Il a été député protestataire après la guern aujourd'hui un

vieillard, presque paralytique et aphasique. v demi- gâtisme n'a pas affaibli sa protestation i»

sa retraite, il demeure intraitable et révolté contre la catastrophe qui le fit Allemand.

Son fils, Joseph Oberlé, qui dirige aujourd'hui la scierie, était autrefois dans les mêmes idées irritées. Mais il s'est vu mené près de la ruine par L vigueur que déploie l'administration allemand< contre les « mauvaises têtes » . (Cette puissance, qu< vous admirez dans l'administration allemande, fail d'elle un merveilleux instrument pour saisir et broyei qui lui déplaît.) L'égoïsme économique a triomphe en Joseph Oberlé du patriotisme, et, pour répare] la fortune de la famille, d'année en année, il esl devenu conciliant. Aux prochaines élections., il pourra être candidat du gouvernement. C'est l'industriel ambitieux et fier de sa richesse; c'esl l'homme aux idées pratiques : « A quoi bon s'obstiner! l'Allemagne est trop forte et la France se désintéresse de l'Alsace. »

Sa défection n'est pas allée sans souffrance; il a dû rompre des amitiés, des liens de toutes sortes. Sa femme est une Alsacienne, c'est-à-dire une épouse soumise et une mère excellente. Elle ne pardonne pas à son mari ses opinions nouvelles, mais son devoir est de se soumettre. Elle accepte de l'accompagner dans ses visites officielles, puisque

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son abstention lui nuirait. Elle souffre en silence. Pour épargner de tels tiraillements à son fils et à sa fille, Joseph Oberlé les fait élever en Allemagne. Alors que la fille a pris goût à l'éducation cosmopolite de son pensionnat de Baden-Baden et que, tout occupée des trois langues qu'elle parle, de sa bicyclette, de son lawn-tennis, elle ignore la nationalité alsacienne, le fils a été poussé par un instinct secret à lire, à s'initier au génie de la France. Sa vie en Allemagne a produit un résultat tout opposé à celui qu'attendait son père : il a 1 appris à mépriser et non point à haïr les Alle- |mands; il a reconnu la générosité et le goût du tiie français en comparaison d'une civilisation toute de discipline et d'érudition. Ce jeune homme froissé par la prédominance constante chez les Allemands de la raison sur le cœur, par la dureté du frottement social, par leur absence de nuance et de mesure dans les relations d'homme à homme, •par limplacabilité el l'absolutisme dans toutes les circonstances où s<»n hérédité de culture fran< voudrait du tact et de la « gentillesse ». Enfin, le fatras de l'érudition l'écœure, car il a un besoin inné <le clarté el de spontanéité.

Cette réaction d'un jeune Msacien-Francais

'iS'l AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE

contre le germanisme (exagéré encore par l'Impérialisme et par la Prusse), je vous la décris exactement, mais en termes insuffisants. C'est qu'il n'est pas facile d'éclairer ces profondeurs de la conscience où se gardent les germes déposés par deux siècles de culture française.

Joseph Oberlé destine son fils Jean à une carrière dans l'administration d'Alsace-Lorraine. « Je me rallie pour vous, mes enfants ; j'en souffre, vous en aurez les bénéfices. » Mais le jeune homme refuse; il reprendra plus tard la scierie. En attendant, installé dans la maison paternelle, il parcourt les coupes de bois, en compagnie d'un frère de sa mère. Celui-ci, l'oncle Ulrich, est un type très fréquent. C'est l'homme qui hait les Allemands, qui vit dans la montagne pour les éviter et qui guette toujours l'heure où paraîtra le premier pantalon rouge. C'est un grand chasseur ; il a une longue-vue sur le dos, « qui a vu le derrière des Prussiens à Iéna ». D'ailleurs, il n'agit pas. Que pourrait-il? Il est excellent et stérile. Dans leurs promenades, le jeune Oberlé apprend à connaître son petit pays d'où son père l'avait écarté. Toutes les idées qui flottaient en lui deviennent fermes :

\p]'i \ni< i:

il être bon Alsacien, servir sa terre et compatriotes.

Malheureusement, l'époque approche où il doil faire son année de volontariat. Son père a ch< pour lui Je plus brillant régiment (!<■ Strasbourg In officier de ce régiment brigue la main de sa sœur rencontrée dan- un bal officiel. Ce projet de mariage est une grande souffrance pour le jeune Alsacien qui senl ce qu'un tel fait contient d'immoral et de désastreux. Lise/ Bazin, lisez la grande scène dramatique où le \ieil Oberlé, le grandpère qui se désespère de > >ir sa maison devenir Allemande, ordonne à son petit-fils de partir. « \ a-t'en ! •> trouve-t-il la force de crier. Jean Oberlé passe la frontière.

Je ne vous raconterai point davantage le roman. Il vaul littérairement par le pathétique. 'I vaut socialement par la vérité des types, .l'aime moins intrigue, faut-il le dire? Certaines renconti

!ain dîner ne sont point possibles entre \lsa-

t Allemands; et puis, pourquoi compliquer

une désertion l'émigration de Jean Oberlé? Il

pouvait si paisiblement prendre le train avant que

d'entrer au régimenl ! M. Bazin n'est point saturé

et sursaturé d'Alsac< . cela se sent. Mais la hardie

est fortement posée et je ne saurais assez dire avec quelle justesse d'accent dans l'émotion, avec quelle vérité, quelle loyauté dans les portraits.

... Je me retourne vers le voyageur qui, au début de cet article, trouvait nos annexés si heureux.

Tiens ! cette maison riante, ces beaux jeunes gens, cet industriel orgueilleux et solide, ce vieux grand-père vénérable, cette mère si douce, sereine, estimable ! Aurions-nous cru que tous ces types d'humanité moyenne cachaient un tel drame? En effet, si l'un des messieurs Oberlé est monté dans votre wagon et si vous lui avez demandé du feu pour votre cigarette, il ne vous a pas ouvert, en même temps que sa boîte à allumettes, son cœur. Mais, vous m'entendez bien, chez tous les Alsaciens, chez tous les Lorrains, il y a des puissances de drame. Dans chaque famille, et comprenez bien ceci, dans chaque conscience, il y a de la discorde. Dans chaque conscience? Oui, c'est le plus grave. L'opération politique qui consiste à détacher par force une province d'une nation et d'une civilisation, pour la transporter dans un autre groupe social, compromet l'unité morale de chacune

APPETSDICF

des dmes annexées. L'annexion imposée obscurcit le devoir. Elle force à recourir aux casuistes. Vous faut-il des exemples? Quelle est la règle qui s'impose avec évidence à un AUicien-Lorrain soldat allemand, en cas de guerre franco-allemande'* Manquera-t-il à son honneur de soldat allemand et désertera- t-il .' lirera-t-il sur ses frères français? lirera-t-i] sur ses camarade^ de chambrée aile— in.mds ?

Bazin nous a décrit une des tragédies de l'annexion. La vie. axec ce qu'elle a de varié, de peu analogue, de spontané dans mille sens divers, crée en Alsace-Lorraine mille tragédies qui toutes naissent de ceci, que nos soldats furent vaincus en 1870.

(Faisons en passant notre profit de cette observation et déclarons bien haut que la première sauvegarde de la moralité, c'est d'avoir des fusils, canons, des soldats disciplinés et des chefs non contestés.)

Là-dessus le Français à qui « l'on u'en fait pas accroire », celui qui a v en Msace et qui

onstaté la germanisation, me ramène au principe de notre querelle :

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— En tout cas. Bazin me donne raison. Voilà ce Joseph Oberlé, un gros industriel, qui accepte le fait accompli et qui se fait Allemand. Voilà sa fille qui se désole de ne point épouser un ollicier allemand.

— Permettez, voyageur ! Cette petite pécore eût préféré un joli hussard de chez nous. Vous voyez bien qu'elle ne comprend rien à son fiancé allemand, pour qui elle est également une lettre close. Que Mlle Oberlé ne pense jamais à la France, il n'empêche que la pauvre innocente est préparée par deux siècles de culture française à sentir à la française. Il n'est pas mal du tout, son officier allemand. J'admire M. Bazin de n'avoir pas dégradé cet adversaire. C'est avant tout un solide compagnon, de bonne race guerrière, orgueilleux plus qu'on ne saurait dire, et par conséquent hautain, autoritaire, très brave en outre. Il faut savoir le point central d'un militaire prussien, sa fidélité absolue à son empereur. « Nous sommes les fidèles Germains. » Mais voilà ce qu'ignore, ce que ne peut pas sentir cette petite fille ; elle demeure stupéfaite de la brutale décision avec laquelle son fiancé la quitte pour jamais et court après le frère déserteur qu'il vou-

AP1M \hl< I

drail faire fusiller. Avec un officier français, il ) aurai! eu, je crois, des accommodements : peutêtre une certaine générosité envers ta jeune fille eût- elle été comprise, excusée, conseillée même par les camarades de l'officier ; peut— être le cas d'un vaincu <{ui retourne à sa patrie d'origine n'eût-il bas jeté le déshonneur sur nne sœur amoureuse.

Cette générosité large et qui nuance ses ji ments selon les cas, la jeune Oberlé l'espérai! :

st que ses sentiments ne s'accordent point avec l'intraitable « fidélité « allemande ; c'est qu'elle est Française.

Qnanl au père, à Josepb Oberlé, je ferai injure à mes lecteurs si je croyais utile de leur démon-

r qu'il fait l'Allemand par intérêt, mais qu'il en esl fort contrarié, honteux, et jusqu'à en souffrir. En tous pays, nous connaissons les ralliés. Mi ! que les pantalons rouges apparaissent aui défilés

Saverne qu'immortalisa Turenne, et ce candidat officiel au Reichstag redeviendra un fameux Français. El personne, dans cette embrassade générale, ne voudra lui faire d'affront. D'autanl qu'il dé- , ploiera un zèle! \près tout, ce Josepb Oberlé,

t quelqu'un comme Ugolin qui mangeai! enfants pour leur conserver un père : il trahi! la

France pour qu'un Français garde une autorité sociale en Alsace.

Et je ne jurerais point que Joseph Oberlé se trompe î Peut-être l'histoire, qui ne considère que les résultats, saura-t-elle plus de gré aux Alsaciens qui maintinrent en Alsace le sang alsacien, et, par suite, la culture française, qu'à ceux qui se replièrent sur la France.

Il obéit h son grand-père, le vaincu de 70, plus qu'à son instinct propre et à sa confiance dans la vie. ce noblejeune homme qui passe la frontière et se réfugie chez nous. Certes, nous l'accueillons avec une grande sympathie, parce que nous avons besoin de ces bonnes races de l'Est qui manquent d'éloquence et qui prennent le temps de penser avant de parler, mais la scierie passera aux mains des Allemands ! A-t-il réfléchi là-dessus avec une parfaite abnégation ? Une influence germanique se substituera sur les pentes de Sainte-Odile à une famille terrienne, pleine, qu'elle le sache ou non. des forces et des voix de la France. Jean Oberlé, généreux garçon que je salue avec respect, voulezvous être un héros ? Ne quittez point l'Alsace ! — « Kh ! dit-il, qu'y puis-je faire d'utile, humble suspect en face d'un empire colossal ? » — Je ne

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vous demande point d'agir, mais seulement de vivre. Je ne vous demande même point de protester, mais naturellement chacune de vos respirations sera une respiration rythmée par deux siècles d'accord avec le cœur français. Demeure/, un caillou de France sous la botte de l'envahisseur. Subissez l'inévitable et maintenez ce qui ne meurt :

LA COlfSCIl \<:i AI -\CII nm

Je causais avec Stanle) : Dans ma trav* Je l'Afrique, nie dit-il. au milieu d'immensités que désole une perpétuelle anarchie, un petit chef endit de véritables services. Pour les reconnaître, à ce noir sympathique et à son entou

rens bien incapables de s'inventer une reli-

. je donnai le christianisme. Ils en comprirent

ce qu'ils purent, mais ce fut fait de l'anarchie :

ils avaient dès lors un lien social, aujourd'hui

le pet i t chef r( sur un vaste territoire <>ù le

i u d'un passant a mis une façon d'unité mo-

I time ce fait que m'a fourni un homme, un

■ritable homme t non point un idébl niais

un dur Anglais positif. Les plus humbles

-> et nous-mêmes, si nous voulons \i\re et h<>rs de I iale. rien qui

'ÀÇf'2 AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE

terreur, ignorance et misère), il faut d'abord que nous ayons en commun quelque sentiment qui m soit plus discuté, qui donne une prise et qui permette à telles paroles, à tels actes d'accorder soudain toutes nos âmes. Autour de la vérité fournit par Stanley, pour peu qu'elle s'adapte à la race e' au climat, une tradition, une civilisation indigènes ne manqueront point de se former. Il n'y faut que de l'esprit de suite.

Hélas ! cette tradition, mille causes venues du dehors peuvent la gâter, la détruire...

On écrirait un beau livre sous ce titre : « Comment les nations finissent ! » Mais d'abord on voudrait savoir sur quoi elles se fondent. De quoi sont faites la conscience française ou l'allemande ou l'anglaise? Nul principe général. C'est une série de cas ou d'espèces.

Il y a bien des manières, pour un pays, de posséder l'unité morale. Le plus souvent, des institutions traditionnelles ou bien une dynastie fournissent un centre, fixent une direction, lient tous les mouvements, accordent les efforts (comme si un plan avait été combiné par un cerveau supérieur) et inspirent enfin les sentiments de vénération nécessaires pour qu'un individu accepte de se su-

APP1 KDII I

bordonner. D'autres fois, certaines collectivités arrivent à prendre conscience d'elles-mêmes organiquement ; c'est le cas pour l'anglo-saxonne et la teutonique, qui sont de plus en plus en voie de se créer comme races.

Les Alsaciens ne sont pas liés entre eux par quelque attachement à des institutions ou à une dynastie indigènes, ils ne se connaissent pas comme une race particulière ; et pourtant il y a une conscience alsacienne !

C'est que, dans la souffrance, les peuples naissent à la vie morale, s'unifient et se resserrent sur leurs réserves héréditaires. Sous le dur sabot du cheval de Napoléon, l'Allemagne s'éveilla, se définit, lia ses mouvements; de même. l'Italie du Nord sous l'Autriche. La conscience des antiques populati>n< qui habitent la marche d'Alsace, s'est formée, s'est condensée, dirais-je, sur un territoire bien défini que pressent alternativement les Celtes et les Germains. C'est au milieu des plus brutales émotions que les Alsaciens ont pris une claire

ice commune de leurs ressources, leurs besoins, de L - ; 1 r centre et de leur but. Ln<* ciaire connaissance ou parfois rien qu'un vif sentit. ( tasse pour Faire une unité morale, Elle

:jc)4 au service de l'Allemagne

durera tant que les Alsaciens considéreront leur libre disposition d'eux-mêmes comme favorable à leur bien-être et à leur honneur, tant qu'ils jugeront qu'à renier leur nationalité, ils se diminueraient. Cette volonté de vivre, ce petit pays l'a eue à travers les siècles, mais depuis trente-trois ans, chaque jour, elle va parlant plus haut et plus clair. Jadis notre territoire était sectionné en une multitude de comtés, seigneuries, prévôtés, bailliages, évêchés, abbayes, villes libres et terres nobles ; puis nous nous fondîmes avec complaisance dans les destinées françaises : aujourd'hui les Alsaciens se connaissent comme les citoyens d'une même patrie. Ils aspirent à régler eux-mêmes leurs inté rets matériels, et, pour maintenir les conditions les plus favorables à leur culture morale, ils ne voient rien de mieux que de se rattacher à la terre de leurs morts. Dans leurs âmes leur nationalité est si vivante que la pire injure, c'est s'ils disent à l'un d'eux : « Tu n'es plus un véritable Alsacien. » Que l'univers déclare s'il a vu jamais, dans aucun siècle, aussi clairement que dans la minute présente, le caractère, le rôle et la volonté de cette petite Alsace qu'il admire et qui le gêne ?

On voudrait marquer, définir, aider (le tout.

■rièvement, mais un y reviendra cette conscience collective de Y \lsace : on voudrait donner leur plein à deux institutions récentes : la Revue alsacienne illustrer et le M alsacien, qui sont à la fois des téni es et des moyens de cette perfotance nationale.

R me alsacienne iltastr

Il ne faut point oublier que notre \ie alsacienne est un phénomène assujetti à des c nditions déterminées, à celles-là mêmes qui, durant des siècles, présidèrent à notre formation; aus ur un

patriote alsacien, quelle tâche plus utile que de marquer ce- n<:o | de nous incliner à les aini-

\ cette tâche, sans raideur ni pédanterie, la nne illustrée s'emploie. Elle se prop d'être un cours d'éducation alsai iplète.

Elle ramène notre imagination jusqu'à la préhistoire. Klle les anthropologue is exposer de quelles races se peupla d'abord le sol de la vallée rhénane, et comm s premiers alsaciens , qui étaient des Celtes, s'attaquèrent, pour les dominer, aux forces naturelles qui nous pressent en-

re. Mai-, fort justement, il aux périodes

modernes que la revue s'attache de préférence, car nous avons nos plus pressants devoirs envers les générations dont nous sommes les héritiers immédiats : il faut que nous mettions aux mains de nos fils un bagage reçu de nos pères, qui le tiennent

I eux-mêmes d'une chaîne obscure, infinie...

Biographies des Alsaciens qui se firent remarquer dans les arts, dans les sciences, dans l'industrie, dans la politique, à la guerre ; descriptions géographiques ou pittoresques de notre terre ; détails sur les coutumes et sur l'art indigènes ; nécrologie au jour le jour de nos notables : tout doit servir, carde quoi s'agit-il, en somme? Il s'agit, ne l'oublions point, de favoriser chez les enfants

., alsaciens toutes les influences familiales, régionales, historiques et professionnelles : il s'agit de

Iles raciner dans la terre de leurs morts. Ils n'en, tireront point une règle expresse, mais une sorte de piété infiniment riche et vibrante, une orientation qui, sans les contraindre, leur désignera leur honneur propre.

La Revue alsacienne a le bon sens d'accumuler des faits alsaciens et de laisser le lecteur subir paisiblement l'action de ce climat moral qu'elle luj compose ou restitue. Elle vaut comme une enquête

Al'I'I M [( I. 29

indéfiniment ouverte, mais elle éwte de conclure par un système du parfait Alsacien. Aussi bien, la tradition alsacienne (non plus qu'aucune tradition) ne consiste point en une série d'affirmations dont ou puisse tenir catalogue, et, plutôt qu'une façon de juger la vie, c'est une façon de la sentir : je la définirais volontiers une manière de réagir commune en toute circonstance à l<>us les Alsaciens. Il y a une discipline alsacienne, — disons le mot : une épine dorsale alsacienne. Celui qui naît entre les Vosges et le Rhin, d'une longue suite de générations'toutes dressées parles mêmes conditions de vie, est physiquement prédisposé à sentir les choses d'une certaine manière. Les morts lui ont créé une sorte d'automatisme moral. Même s'il quitte ses tombeaux, il ne sera pas nécessairement un déraciné ; où qu'il aille et plongé dans les milieux les plus dévorants, il demeurera la continuité de ses pères et, pendant un long temps encore, participera de la conscience alsacienne (1).

!i Signalons à n<>s li 'Austrasic, revue <iu |>a\-

sin et (!<• Lorraine, qui <•-( édité et selon les mêmef vu<

1 Metz, place Saint-Louis, 5o, — et la Revue lorraine illus-

ruc des < '.ai iii- s, Ymo . que fortifie encore la p»li t.-

revue le Pays lorrain. 1 1 ellt-ntes publication! inimenl »•!

genl Ici" bastions ')•• la France à l'Est

Le Musée alsacien.

Dans les profondeurs de cette conscience alsacienne, il y a plus de ressources qu'on n'en peut amener sous le jour de la raison. Certains mots éveillent chez un digne Alsacien un si grand nombre d'idées que c'est comme le bruissement de la forêt sous un coup de vent ; mais, plus profon-i dément encore que ne feraient les mots, certaines images, tels paysages, tels objets, peuvent ébranler en nous des pensées flottantes, des songes sans; forme, des aspirations indéterminées, tout le pêlemêle qui sert de support à notre âme raisonnante. Aussi des chapitres d'histoire, des biographies, des portraits de nos plus illustres morts, bref la Revue alsacienne illustrée, c'est parfait, c'est indispensable. Mais, pour émouvoir notre vénération déjà avertie, instruite, rien ne vaut la figure même de l'Alsace.

Il n'est point de patriote complet, s'il n'a erré avec familiarité sur les routes et dans les sentiers de la plaine et de la montagne et dans les rues de nos villages. Le terroir nous parie et collabore à notre conscience nationale aussi bien que les morts.

APPENDICE

C'est même lui qui donne à leur action sa pleine etlicacité. Les ancêtres ne nous transmettent intégralement l'héritage accumulé de leurs âmes que par la permanence de l'action terrienne, (''est en maintenant BOUS DOS yeux les ressources du sol

alsacien, les efforts qu'il réclame. I< - services qu'il rend, les conditions enlin dan- lesquelles s'est développée notre race forestière, agricole et vigneronne, que nous comprendrons comme des réalités et non connue de- mots nos traditions national- -

ustensiles, les eostun tblis

sel<»n un type traditionnel, avec des matières du pays, ont été' lentement appropriés à toutes ;

par le climat, par les coutumes, par les besoins de la vie. Témoins sim le notre

ces objets insensible^ nous disent sans erreur quelles furent chez nos ancêtres les manières de \i\re et de chercher le bonheur. Il est nécessaire de les

(recueillir. Le patriotisme, en tous (à Baie,

dai Nuremberg), s'appuie sur l'etnogra-

phie, science gtu rire méthodi-

quement 1 pies El voilà pourquoi,

\ents alsaciens viennent d r le

Muséi alsacien, qui double el complète la !!■

mlsnricnnc illustré

Marquons-le d'abord avec force : on ne veut point assembler dans des vitrines des objets beaux ou pittoresques ; on veut reconstituer des milieux et des scènes de la vie alsacienne pour fournir un tableau fidèle des coutumes de l'Alsace.

Les organisateurs du Musée alsacien parcourent le pays, et, dans chaque village, ils répètent :

— N'avez-vous pas quelques objets qui vous viennent de famille et dont vous ne fassiez rien ; des outils, des armes, des meubles, des habits du temps passé ?

— Oh ! nous n'avons rien de rare.

— Voulez-vous que nous montions sur votre grenier ?

Dans les premiers mois, avant que les séries commençassent à se constituer, on n'en descendait jamais les mains vides. Et, notons-le en passant, maintes fois les plus pauvres gens, puisque c'était pour faire aimer l'Alsace, refusèrent qu'on les payât. Ils disaient :

— Emportez 1 nous serons assez contents si c'est dans le Musée.

Bien que l'ethnographie ne cherche ni la beauté ni le pittoresque, il arrive presque nécessairement que ses collections enchautent les artistes, car ce

APPENDICE 301

qui fat adapté à un usage précis, durant une longue suite de temps, chez un peuple noble, ne saurait manquer de style. Telles quelles d'ailleurs, ces vieilles choses ébranlent la piété filiale, la vénération d'un Alsacien. Les gens du peuple ne sont pas prêts pour juger et comprendre les tableaux et les sculptures ; mais quand ils \oient dans un musée un objet dont usaient leurs grands-pères, ils se le montrent avec un attendrissement secret et ils disent : « Nous sommes d'une nation à part, puisque ces anciens costumes, cette huche, ce rouet, ces images de baptême arrêtent l'étranger 1 » Voilà des passants devenus songeurs et qui sentent le fil de la race.

Celui qui visite la vieille maison du quai Saint- Nicolas est d'abord arrêté par la façade, ornée d'une échauguette et couronnée d'un toit immense, qui date de la fin du xvi' siècle. La cour pittoresque avec ses galeries circulaires en bois lui ollre un exemple tout à fait typique de l'architecture alsacienne. Il parcourt l'immeuble, dont certaines parties remontent au xw siècle; il examine tous ces objets usuels et familiers, ces meubles ornés de peintures, de marqueteries <<u d'incrustations, ces

poêles de faïence [teinte, ces ftrmeS à devises,

pots à via en faïence blanche el ces canettes en étain, ces moules à gâteaux ou à fromages, ces coiffes de paysannes qui permettent de reconstituei toute l'histoire à travers les âges du fameux « nœud alsacien », ces nombreux costumes féminins de soie, de velours, de toile, lamés d'or ou d'argent, brodés de paillettes, égayés de dentelles... 11 esl amusé et instruit. Une petite heure de plaisir vient de le renseigner, mieux que ne le ferait toute une vie de lecture sur la civilisation matérielle en Alsace, sur notre « culture des sens » si admirée des Allemands, qui rangent sous cette expression l'architecture, l'ameublement, la tenue des maisons, l'art culinaire et toutes les commodités.

Pénétrer ainsi dans la demeure close et, je puis dire, dans l'intimité de nos notables, de nos bourgeois et de nos paysaDS, pour un étranger, c'esl un magnifique divertissement : c'est sortir de soimême. Mais pour un Alsacien, c'est mieux encore, c'est se replier sur soi-même.

Repliement qui n'est point vain attendrissement ou sommeil, mais reprise d'énergie au contact de nos morts. Nous sommes les prolongements de nos; parents. Pour fortifier notre personnalité, il faul nous placer dans une suite et nous tenir liés à ceux

APPENDICE

3(rf

je qui nous avons hérité. Il importe à notre santé morale que nous laissions les concepts fbndamentaux de Q03 mort- parler en nous. Comment ■mieux les entendre que si nous maintenons les conditions de vie où ils se développèrent euxmêmes ?

Cet humble trésor familier de l'Msace, pendant une longue suite de siècles, à travers mille vicissitudes, nos pères le constituèrent. Il ne non*; aide point seulement à connaître son roi et sa reine. l'Alsacien fier et tenace. l'Alsacienne ordonne tendre. 11 nous élève au-dessus de la minute présente, au-dessus de notre courte destinée et des misères passagères. En nous rattachant à toute la lignée des ancêtres, il nous enseigne que qous sommes les héritiers d'une Longue gloire. De Bandes et puissantes nations, aujourd'hui favorisées, n'existaient pas encore, que déjà l'Ai ■lait à la civilisation générale. 11 est bon qu'un peuple s'estime à sa juste valeur, pour qu'il refuse le subir des influences parfois inférieures. Quand es alsaciens voient leur supériorité, que nul ne ■n teste, ils sentent grandir leur contentemenl

ntérieur et aussi leur volonté de demeurer Usafens.

3o!\ AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE

Ces objets inanimés, dans ces salles silencieuses, semblent baignés d'une quiétude comparable à la paix où reposent nos morts. Ils vont pourtant vivifier nos âmes. C'est ici notre maison paternelle à tous, c'est ici l'atmosphère où se prépara l'héritage de vertus dont il faudra qu'à notre tour, sous peine de déshonneur national, nous transmettions à nos fils le vivace dépôt.

TABLE

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\\ un -Propos I

kpiTiiE L — Un paya welclie » sub-

mergé 1

ni m: II. — Légitimité de la famei

méfiance lorraine . . ig

(.iiMiii.i III. — i H»' Parisienne en Usa

L >rraine ... \ï>

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