‹ Au service de l'AllemagneChapitre 7 sur 40 · LÉGITIMITÉ DE LA MÉFIANCI LORRAINE · texte numérisé non relu

LÉGITIMITÉ DE LA MÉFIANCI LORRAINE

— Je suis un bon Alsacien. Dans huit jours, j'entre à la caserne à Strasboui .Monsieur, je dois vous demander de retirer les mots de renégat et de peur que vous venez d'employer.

J'en avais le cœur serré. Moi, dans un cas identique, je ferais toutes les excuses, car je verrais, à la seconde, la bataille de Wœrth, le siège de Strasbourg, la séance du 3 mars de l'Assemblée de Bordeaux, les trente années d'atermoiement de la France... Les Français ne se sont pas conduits dune ielle manière qu'il leur soit permis de l'aire un seul reproche a ceux que, pour se détail- on! sacrifiés en i S y i . . Mais I

uni n'avait pas d'imagination. Quand nous touchions à un magnifique cas de conscience, et dans un problème où toute une Dation était intéressée, il ne pensa qu'à personne.

— Sachez, dit-il, que sur aucune sommation je n'ai coutume de retirer mes paroles. Ce qui est dit est dit.

Une telle réponse prouve qu'il est plus aisé de connaître les formules de l'honneur que de connaître où est l'honneur.

Aucun des deux jeunes gens n'avait de cartes, ils inscrivirent leurs noms sur des enveloppes qu'ils échangèrent. Et l'Alsacien, par une sorte d'hommage a la supériorité française, en remettant son papier à Le Sourd, me demanda :

— Est-ce bien ainsi, monsieur?

Ah ! je vous prie de croire que dans l'automobile, je ne me privai point d'éclairer mon absurde compagnon sur les inconvénients de cette algarade. En vain me disait-il qu'un Alsacien sous un casque à pointe, c'est pire qu'un Prussien, et que, pour le plaisir

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d avoir parle franc, il était prêt à toutes les conséquences.

— Très bien, lui répliquai-je ; mais vous, ^>lre beau-frère cl votre sœur, vous serez reconduits à la frontière.

Mon ami \oury était en voyage pour une buitaine de jours. Le temps manquait pour le rappeler, el d'ailleurs une dépêche néces-

rement énigmaliquc L'eût trop inquiété.

Parmi les botes du château, il n'y a \ a i l personne d'utile. Pouvais-je compter sur sa jeune femme, fort intelligente, mais si frivole el qu'une souri- fait évanouir?

Ou dîna lard à Lindre-Basse, ce soir-là, car, dès notre arrivée, je li- porter un mol ;i la comtesse, qui s'habillait, pour la prier de me recevoir immédiatement. Elle vint me rejoindre dans un 3alon près de sa i hambre. En dépit de ma contrariété, j'éprouvai le plus \if plaisir à la voir oerveuse, char-

Al SERVICE DE L'ALLEMVGM;

mante, deux fois inquiète : de sa coiffure interrompue, plus, peut-être, que de ma démarche.

— Au moins, monsieur, disait-elle, ce n'est rien qui doive m' ennuyer ?

Derrière toutes ses grâces et ses puérilités, cette jeune Mme d'Aoury me laissa voir tout de suite la plus solide raison. Elle comprit d'abord quelle mauvaise posture elle aurait devant son mari si son frère les faisait expulser.

— Eh bien î lui dis-je, votre frère pourrait exprimer ses regrets.

— Laissons cela... Votre Allemand, comment l'appelez-vous ? (elle lisait la carte a Paul Ehrmann, étudiant en médecine a l'Université de Strasbourg ») n'en jaboterait que davantage.

— Permettez ! cet Alsacien, quels que soient ses sentiments intimes que j'ignore, est, selon

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