‹ Au service de l'AllemagneChapitre 8 sur 40 · LÉGITIMITÉ DE LA MEFIANCE LORRAINE .V · texte numérisé non relu

LÉGITIMITÉ DE LA MEFIANCE LORRAINE .V

moi, très respectable ; ce n'est pas lui, c'est la France entière rjui a signé le traité de Francfort. \ lions, les torts viennent de votre li re ! Si Le Sourd étudiait un peu la situation en \lsace-Lorraine...

File écarta d'un sourire ma mauvaise humeur et me ramena sur l'essentiel :

— Pierre collabore comme il peut à vos éludes... Ce n'est pas un penseur, (jue mon Frère, c'est un chauffeur... N'essayez pas qu'il comprenne, ni qu'il lasse des excuses; ce serait bien long. Oui, nous sommes ainsi da.i- la famille. Trois choses me paraissent plus faciles : que ces messieurs se battent. que personne n'en sache rien et qu'ils Ae\ iennent des amis.

— Mais pour se battre, il faut quatre témoins, des médecins, et voilà un secret bien exposé î. . .

— Nous fttea notre ami et M. Khrmann

vous plaît... J'ai confiance dans votre diplomatie. Amenez ce jeune homme prendre une tasse de thé avec nous... C'est impossible... Eh bien ! amenez-le se battre dans le parc. Il ne partira pas sans que j'aie tout apaisé.

— Nous revoici, lui dis-je, à l'époque d'Homère quand les déesses présidaient d'un nuage aux batailles des héros.

Nous rejoignîmes les hôtes du château qui avaient refusé de se mettre à table sans la maitresse de maison. Elle échangea quelques paroles avec son frère : d'abord elle le grondait ; mais visiblement elle ne tarda guère à l'admirer. Ils m'appelèrent. Il me dit avec gentillesse qu'il se rangeait à tout ce qu'elle et moi nous déciderions, sous réserve qu'il ne ferait pas d'excuses. Bien que son absence d'imagination représentative continuât de me choquer, je l'aimais, ce gros égoïste en smoking, parce que, tel quel, il était le frère de cette habile et

I Yi.n i\ll l É DE I \ Mil I kNCB I i »RB \IM'

noble petite créature dont le visage lumineux ne se troul)lait point sur un bruit d'épées.

Cependant, deux heures après, en pleine nuit et par quelle humidité, quand je filai en automobile, cette fois seul avec le mécanicien, pour relancer à Fénétrange le jeune M. Ehrmann. je pestais contre cette corvée du hasard. Ouelle dure inintelligence des au- (Hres. tout de même, chez Le Sourd si url Pas un instant, l\< n'ont pris -idération la dignité propre de M. Ehrmann, si odieusement froi- \ peine ai— je pu obtenir qu'ils le nommassent sans mépris. Mon déplaisir, qui avait la qualité douloudu remords, augmenta, quand, les i encore plein- des lumi le la chaleur et de l'aimable animation de Lindrej'arrivai dans la pauvre auberge où ce dt être >i dur d'être seul à remâcher une injui

11 était près de dix heures. M. Ehrmann était remonté dans sa chambre. L'aubergiste s'assura depuis la rue que son hôte avait encore de la lumière et lui porta ma carte avec deux mots. M. Ehrmann ne me lit pas attendre.

Mes premiers mots, nécessairement fort mesurés, furent pour lui marquer, ce qu'il avait pu entrevoir, que je ne m'associais pas aux sentiments de mon jeune compagnon.

Du ton le plus digne, il me répondit que la manière de voir, exprimée par M. Le Sourd, était par certains côtés généreuse, mais qu'elle supposait une grande ignorance de l'état des choses en Alsace-Lorraine.

— J'ai bien reconnu, me dit-il, l'esprit qu'entretiennent en France les Alsaciens qui ont opté.

Il s'arrêta. J'aurais voulu qu'il compléta sa pensée. Son cœur était-il donc allemanc ou français ? Je ne parvins pas à le démêler

I ÉGITIM1 I Y. Dl l \ MIT! INCE I • >RB \IM. \ I

\ us nous assîmes au café : il se taisait et m'attendait, accoudé tout près de moi sur une table. Je repris à voix basse à cause des buveurs qui nous entouraient :

— Je ne viens pas au nom de M. Le Sourd. Et -il avait l'idée de me remetti

int ■ puis vou- dire que je déclinerais

fiance. Mais je \o'\< de grands incon- ; qu'une telle affaire, plus péni- ; i -te que r ive, ait àcs sur

— Permettez! me dit-il. — et ses veux ient l'éclat fort de La jeunesse et de la onté, — si l'on est traité de lâche et que

l'on ne relève pas l'injure, L'insulteur, tiers et l'insulté lui-même peuvent croire que !St lâcheté. Monsieur, j'ai droit à une renntre sérieuse ou à des excuses. Et Bi j avais je préférerais une renconû m'inclinai.

— Vos témoins xposeronl votre revendi-

cation. Vous trouverez devant vous un galant

homme. Mais précisément parce que l'on vous tient pour tel, je n'hésite point (c'est 1 but de ma visite) à vous demander un véri table service. Un service, non pas pour votre adversaire, qui se débrouillera, mais pour une femme et pour moi-même. Le comte et la comtesse d'Aoury, de qui je suis l'hôte, sont très attachés à leur Lorraine. C'est un sentiment que vous comprenez. Que les propos de leur beau-frère soient connus, leur expulsion en sera la suite ; la mienne aussi, j'imagine. Si mon ami Aoury n'était pas absent, c'est lui qui vous adresserait la demande que je vous soumets au nom de sa jeune femme : couvrez d'un prétexte votre querelle avec M. Le Sourd; tâchez que rien ne transpire du caractère exact de cette scène. Il est facile d'inventer une fable. Dans beaucoup de cas, deux adversaires font cet accord.

i i (.i 1 1 m 1 1 1 ni: r \ \ti;i i \n< i: i - >RB \im

M. Khrmann n'était préoccupé que d'être •orrect et de forcer l'estime. \vec cette magnifique confiance qui réussit aux jeunes zens, mais à quoi, passé la vingt— sixième e, nous sommes presque toujours conraints de renoncer, il se mit entièrement lans mes mains.

Nous convînmes, en baissant de plus en plus la voix, qu il allait se procurer deux lémoins d'une discrétion certaine et que, dans deux jours, il arriverait vers le- dix heures du matin au château de Lindre-Basse, où il serait mon hôte, pour que, d'une manière «ui de l'autre, on y réglât celle Fâch< histoj

Page 1