‹ Au service de la tradition françaiseChapitre 2 sur 9 · M. L ABBE CAMILLE HO Y · texte numérisé non relu

M. L ABBE CAMILLE HO Y

Si la critique doit être indépendante et être libre d'attaches, elle ne saurait renoncer à toute discipline. C'est un des plus grands mérites de M. Camille Roy que de l'avoir compris et, ayant à juger l'esprit des autres, d'avoir assujetti sa pensée à un certain travail de préparation. Sans cela, l'œuvre critique risque d'être -inutile. Car tout s'apprend : le métier, l'art, la science ; et tout se cultive : la pensée, la sensation même et l'expression. L'artiste est un homme de métier et le suprême de l'art est qu'il

n'y paraisse rien. Le critique est un juge qui pro- ^

nonce selon des lois, et un psychologue qui sonde f les sensibilités.

M. Roy a pratiqué les grands critiques : Sainte- Beuve, Taine, Faguet, Lemaître et, surtout, Ferdinand Brunetière dont il a de préférence adopté la manière. Il a lu Paul Bourget chez qui le psychologue littéraire a déterminé le romancier et, par une évolution logique, le dram.aturge. De l'assiduité de ce commerce, M. Roy a retiré le bénéfice d'une méthode : il a acquis une tournure d'esprit plus propre à l'expression critique. Il a de l'école. Ses articles se tiennent. Ses livres, par leur composition, la disposition des matières, leur aspect extérieur et mêm.e leurs titres, rappellent la manière de faire des maîtres français. Et cela n'est pas sans intérêt ni sans importance, si cela complète fort heureusement l'initiative littéraire de Kl. Rov

et contribue à donner plus d'autorité à ses Jugements.

La critique, ainsi libérée et ordonnée, accomplira pleinement sa mission qui est, en définitive, d'inspirer l'œuvre de littérature, en la guidant vers une forme d'art appropriée et vers l'expression de beautés nouvelles. Mission difficile mais singulièrement féconde ! L'absence d'une critique pondérée, juste et suffisamment compétente, a été une des causes de la pauvreté relative de notre production littéraire. Nos auteurs hésitent et tâtonnent. Ils cheminent sans appui, sans conseils et le plus souvent sans espoir, sur une route étroite qui n'a de charme que sa solitude. Rien qui les aiguillonne, si ce n'est le blâme irritant et stérile. Ils ignorent la valeur et la portée de leurs ouvrages. S'ils sont sincères, ils en souffrent. L'écrivain sérieux, épris de sa tâche, ne se fie pas à sa facilité qu'il redoute. Le souci de la forme correcte et simple torture son esprit. Il finit par douter cruellement de ses propres forces. Il est condamné à ne jamais savoir la limite exacte où son effort triomphe. La critique peut le secourir. Sans doute elle est impuissante à faire naître le talent, qui n'a rien d'artificiel; mais elle peut le réconforter, le développer, le multiplier là où il existe déjà; lui indiquer

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les écueils; lui ouvrir des voies inconnues où s'avancer d'un pas plus assuré; lui déceler les richesses nombreuses, les puissances ignorées que renferment notre passé valeureux et les fières leçons de notre histoire française; lui révéler la gravité large et sereine de nos paysages, l'orgueilleuse sauvagerie de nos forêts, la tranquille et chaude mélancolie de nos montagnes, — tout ce monde nouveau dont le caractère sobre et dur exprime l'infatigable énergie de notre race à le conquérir.

Aussi bien M. Roy s'est-il essayé à exercer ce rôle bienfaisant. Dans une conférence, faite en 1904 et reproduite dans ses Essais sur la littérature canadienne, il a exprimé quelques idées à propos de la nationalisation de notre littérature. Le mot n'est pas nouveau, s'il fut employé naguère par Ferdinand Brunetière, dans son Manuel de la Littérature française, pour caractériser une des étapes de l'évolution littéraire en France. — Qu'est-ce au juste que cette nationalisation des lettres ? Est-ce une formule étroite et nécessaire ? Nos auteurs devront-ils s'interdire de traduire des sentiments humains, d'énoncer des idées générales, ou de traiter des sujets qui nous sont étrangers par presque tous leurs aspects ? Ce serait leur imposer une lourde rançon et une gêne extrême. Chacun est libre de suivre la pente de ses goûts et de prendre son bien là où il croit le trouver. Comme nous

le montrait, il y a quelques jours, avec beaucoup d'autorité, M. Paul Morin, l'exotisme est fort répandu dans la littérature française; et il n'y a rien là que de très plausible. Cependant on peut souhaiter la formation d'une littérature qui soit nationale par le choix des sujets et par le tour de l'expression. On peut demander à nos écrivains d'observer de préférence les choses qui les entourent, qui les touchent, dont ils subissent l'infiunce et qu'ils exprimeront d'autant mieux qu'ils les auront davantage aimées, comprises et méditées; de peindre le détail de nos mœurs; de pénétrer jusqu'au silence de l'âme canadienne, pour en manifester les sensibilités profondes et atteindre les sources de notre vie nationale.

C'est poser l'importante question du provincialisme littéraire sur laquelle nous reviendrons plus tard-. M. Roy nous paraît la résoudre plutôt mollement. Sa pensée chevauche un peu. Il fait trop bon marché de la littérature française inspiratrice de nos œuvres littéraires; il ne distingue pas suffisamment ce qu'on a appelé la littérature d'exportation et ce qui est la littérature française. Il cite l'opinion de M. Hector Fabre qui nous met en garde contre les raffinements du dilettantisme. Je veux bien; mais, outre que le dilettantisme ne se porte plus guère, il reste que pour nationaliser notre littérature il nous faudra apprendre des régionalistes

français cet art de regarder dont a parlé Henry Bordeaux. Nous connaîtrons par eux comment écrire des livres canadiens; et nous nous porterons dès lors avec plus d'amour et d'intérêt vers notre histoire, et nous trouverons l'expression artistique qui dira, dans toute son intensité, la robuste beauté de nos traditions populaires. Ce qui ne nous empêchera pas, ainsi que le suggère fort à propos M. Roy, d'organiser enfin chez nous l'enseignement méthodique des humanités, d'envoyer nos jeunes gens étudier à l'étranger, de créer des écoles normales et supérieures, de tendre notre enseignement secondaire vers la nationalisation de la littérature, — en faisant disparaître, par exemple, le déplorable usage d'imposer à des rhétoriciens des sujets fossiles comme la défense de Thomas Morus au lieu de « les faire décrire la chaumière qu'ils ont habitée ».

M. Roy prêche d'exemple, et fort honnêtement. Il a précisément décrit la chaumière qu'il a habitée avec un accent de vérité qui communique à son œuvre un rare mérite. La jolie chose que ce Vieux Hangar sur lequel s'ouvrent les Propos canadiens ! Voilà bien du provincialisme littéraire et du plus pur. M. Roy y a mis le meilleur de son cœur et de son souvenir. Ce tableau est d'un réalisme doux et mélancolique, pénétré de sincérité paysanne, de tendresse familiale, de simplicité émue et nuancée.

Il est d'un style coloré, sans trop d'éclat, concis et nombre, et pjus étudié, moins hâtif que n'est d'ordinaire le style du critique. Ce crayon mérite une place de choix dans l'ensemble de notre littérature.

Est-il besoin de dire que M. Roy s'est révélé l'apôtre convaincu de cette littérature ? Il croit à son existence. Il y croit plus fermement encore que ne fait M. l'abbé Chartier dont la foi me paraît plus chancelante et moins absolue. Elle se développe, donc elle est, écrit par deux fois M. Roy. Je reconnais volontiers qu'elle se développe en nombre, par des unités qui s'additionnent; je doute fort qu'elle forme un tout harmonieux et^raciné. Et puis, c'est affaire d'opinion : ne querellons pas.

Quelle que soit cette littérature, M. Roy a eu pleinement raison de s'en faire l'historien. Dans Nos Origines littéraires, il raconte les débuts de nos lettres françaises, depuis 1760 jusqu'à 1860 : un siècle de pensée, souvent naïve et gauche, mais toujours intéressante en ce qu'elle fait partie de nos armes de combat. C'est une tâche difficile et que M. Roy a heureusement remplie. Nous écrivons volontiers l'histoire politique, mais peu de nos historiens s'arrêtent à retracer notre passé littéraire, économique et social; — et la philosophie de l'histoire du Canada est encore à peine ébauchée. L'ouvrage de M. Roy comble un vide et répare une

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injustice. Il tire de l'oubli quelques-uns de ceux qui ont lutté pour l'idée française en Amérique : c'est un geste trop noble pour qu'il soit ignoré. Nous avons besoin de connaître toutes les attitudes de nos pères. Elles sont notre raison de vivre. Dans ce patrimoine glorieux que nous ont légué nos ancêtres, il n'est pas une parcelle, si modeste soit-elle, qui ne mérite d'être consacrée par le culte d'une piété reconnaissante.

Janvier, 191 3.

Joseph Baril

En octobre 191c, l'École des Hautes Études commerciales, à peine achevée, ou\'rait ses portes aux quelques jeunes gens que Taventure d'une carrière nouvelle, trop peu recherchée jusque-là, avait attirés, et qui désiraient s'instruire des choses de la finance.

Joseph Baril était de ceux-là.

Alors qu'il faisait ses humanités au Collège des Jésuites, il avait pris part à un débat académique ardemment mené autour de cette brûlante interrogation : La Domination anglaise a-t-elle été favorable aux Canadiens français ^ On lui avait 'confié de soutenir l'affirmative; et il s'y appliquait consciencieusement quoique, de ci de là, il se permtt de laisser soupçonner quelques réticences. Le régime anglais, affirmait-il, aurait suscité chez les nôtres l'esprit d'entreprise. Il y a du vrai. L'exemple a stimulé nos énergies. Le persistant désir d'assurer notre survivance dirigea notre volonté vers de nouvelles réalisations. « Les Anglais nous ont longtemps reproché notre apathie pour les affaires, s'écriait Joseph Baril, l'époque n'est pas éloignée peut-être où. à notre tour, nous leur man-

gérons l'huître dans Fécaille ». C'est un peu dire, malheureusement. L'estomac est bon; mais il y a l'huître. Quoique nous ayons accompli, et de très méritoire assurément, nous avons encore à faire pour justifier un pareil espoir, exprimé avec une jeune véhémence et le plaisir secret de placer une allusion littéraire. Ainsi tourné cependant, et projeté dans un programme de politique constructive^ comme il élargit l'horizon vers les supériorités auxquelles nous pouvons légitimement prétendre !

De fait, ces idées conduisirent Joseph Baril au seuil de l'École des Hautes Études commerciales où, sur un bloc de pierre, le ciseau finissait à peine de graver ces trois mots impératifs : commerce, industrie, finance. Sa foi dans le passé consolidait ses ambitions d'avenir. Il serait de la génération neuve, résolument adonnée aux affaires, prête à prouver — ce dont personne ne devrait douter — que, sur ce terrain, nous ne sommes pas plus dépourvus que d'autres, alors que nous avons autant d'intelligence et, souvent, de l'esprit en plus. Heureuse prétention, que chacun partage au fond de son cœur, mais dont trop peu ont voulu faire un principe déterminant d'action persévérante et décisive. Joseph Baril s'engagea résolument dans cette large voie; mais les lettres, pour lesquelles il avait gardé SCS plus intimes préférences, le guettaient au détour.

Il y revint par le premier chemin buissonnier. II était pincé. La chimie même lui suggérait une scène à faire ! C'est le signe de l' impénitence. Et alors qu'il savait parfaitement que le désespoir le plus sombre menace celui qui a des velléités de se faire écrivain dans un m.onde où personne ne lit que ce qui vient d'ailleurs, il fit bagage de ses illusions et partit vers l'inutile conquête, emportant de l'Ecole une formai icn scientifique dont il sut, par la suite, tirer spirituellement parti.

Le Barreau mène à tout, à condition qu'on y entre. Il s'inscrivit à la Faculté de droit. Il s'y sentit plus à l'aise, mieux adapté. Il se pencha sur la solennité brève des articles du Code, avec une curiosité narquoise et intéressée; et les leçons vivantes, égayées de mots, du juge Mathieu lui fournirent le thème d'un article gouailleur à passer aux journaux : Un Cour de Droit. Second signe de son impérieuse vocation. Dans son esprit, les formules mathématiques, les sévérités de la physique, les sentences de la loi revêtaient le moule de l'expression littéraire. îl s'abandonnait à son penchant. Il ferait du droit juste ce qu'il en faut pour écrire des livres. Il se vouait à la pensée dont il acceptait d'avance l'austère discipline et le généreux tourment. Peut-être même irait-il plus tard en Europe recueillir la leçon d'une civilisation ancienne et nuancée, et demander aux maîtres les

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secrets et les fécondités de la langue française qu'il aimait d'un profond respect et qu'il brûlait de défendre comme elle le mérite : en lui obéissant. C'était une lueur dont il vivait intensément; mais il ne lui fut pas accordé de connaître l'au-delà de l'espérance, et la mort vint ajouter à son rêve la dramatique beauté de T inachevé. Frappé en plein bonheur, il se résigna aux suprêmes séparations que sa jeunesse heureuse aurait pu redouter. Il revit dans l'amitié fidèle de tous ceux qui. l'ayant approché, expriment aujourd'hui leur souvenir comme un hommage ému et fraternel.

Il était peu connu du grand public dont il n'avait pas, d'ailleurs, recherché la faveur. Son œuvre n'est pas considérable : quelques articles publiés pour la plupart dans YAclion^où il tenait bénévolement les fonctions de chroniqueur. Il signait d'un pseudonyme — Hugo de Saint-Victor, Paul Loti ou Pierre Bourget de l'Académie du docteur Choquette. Corinne Sarcey des Annales politiques et littéraires de Bccancour — des billets portant des titres variés où se reflétait l'actualité comique ramassée en quelques lignes autour d'une perle : Ah ! la Musique ' Un bien beau Nom, Nos Débutantes, Dans toute leur Beauté, Séances du Parlement-modèle, la Légende du Pont du Diable, le Duc reçoit, etc. Les pages qu'il a laissées portent la marque d'un talent très personnel et révèlent de

bonnes et saines qualités françaises : la clarté, l'esprit, le sens critique. Il était bien nôtre, par la recherche de ses sujets, par ses coquetteries de couleur locale, par la tournure de ses railleries fines et drues. Il prisait la pointe et le mot, le mot pour vrai, ramassé dans la rue, monté d'une cour ou germé dans la serre chaude des salons. Il avait le sourire, comme on dit au Quartier. Et ce n'est pas une humeur tellement répandue parmi nous qu'il ne vaille pas la peine de s'y arrêter. Il s'amusait de nos habitudes nouvelles où il avait cru distinguer une teinte de snobisme, et il accentuait volontiers le contraste entre notre laisser-aller yankee et nos prétentions au génie latin.

Il remonte, chaque soir, des rues troublées par les affaires vers l'intimité reposante du foyer, évitant ainsi l'encombrement des tramways, l'heure du win-the-car, et il note le long de sa flânerie :

« Je montais à petits pas la rue Saint-Hubert, goûtant avec un plaisir extrême la pureté de l'air et la poésie de la nuit tombante. Cette promenade quotidienne, après le bureau, à l'heure où, dans les salons, les lampadaires s'allument projetant jusque dans la rue, à travers les persiennes mi-closes, leur lumière chatoyante, a pour moi un attrait toujours nouveau. Je marchais en songeant . . . Mon Dieu je ne sais plus à quoi, à toutes sortes de choses, . . . lorsque bientôt une musique douce, presque suave,

parvint à mes oreilles. On jouait le grand air bien connu dans tous nos cercles fashionables :

Corne, Joséphine,

In my Jïying machine,

And up we go

Up ive go ! »

Ce contraste, où s'exprime légèrement et en surface une philosophie de notre civilisation hésitante et instable, fait le charme et l'irrésistible drôlerie des tableaux qu'il a brossés, d'un trait bref et sans doute encore mal assuré, où s'affirme néanmoins, dans un style d'une belle fluidité, une remarquable sûreté d'observation. Cette série d'après nature est intitulée : Sur le Vif. On y trouve quelques-uns de nos travers, piqués comme sur des fiches, depuis l'américanisme étalé dans des boudoirs à la turque jusqu'au cosmopolitisme inconscient des blancbecs nouveau jeu :

(( Leur occupation la plus grave, dans la journée, c'est la leçon de danse; l'événement le plus sensationnel, la réception d'un bristol sur lequel le nom ne serait pas gravé. Pensez-donc, a-t-on jamais vu, en plein vingtième siècle, pareil sans-gène : de l'imprimé sur une carte de visite !

« Leurs lectures : du Guy de Maupassant traduit en anglais, ou du Dickens traduit en français. Dans les milieux français, ils parlent le fjarisian

french — Oh ! how chic ! — et dans les cercles anglais, le slang. . .

« Ni grand, ni petit; ni gros, ni mince; ni joli, ni laid, ce jeune homme, qui passe inaperçu dans la rue, c'est le blanc-bec. Il n'a pas l'air bébête du dadais; il n'a pas, non plus, l'air effronté du commis de bar. Sa toilette correcte, de bon goût, n'a rien de l'exagération du pédant ou du libertin, rien de l'insouciance, si légère soit-elle, de l'intellectuel.

« Pas de cachet, pas de caractère; mais de l'effacement, voilà le blanc-bec.

« Autant nos débutantes sont intéressantes par leur caractère, leurs manières, leurs attitudes, autant ces messieurs sont incolores, inodores et sans saveur, comme on dit de certains corps, en chimie.

« Ils sont extravagants d'insignifiance. Chez eux, pas de qualités à louer, pas de défauts à critiquer, pas de saillies à niveler, pas de vides à combler. Ils constituent, dans notre société, les pointsmorts entre les quantités positives et les quantités négatives — les zéros. »

Cela rappelle les jolis vers d'un poète de notre Quartier latin, l'Halluciné, membre de la Tribu des Casoars, qui s'attendrit sur les « adonis » :

On le connaît par pas grand chose.

Il a sur lui tous ses tiroirs.

Et il parfume à l'eau de rose

Ses gants couleur d'œufs au miroir . . .»

// fréquente les grands théâtres.

Il est toqué de l'Orphéum Où son plastron blanc comme plâtre Brille plus que son décorum . . .

Et ces pauvres petits bonshommes Aux lèvres peintes de carmin.

Nourris de scopes et de gomme, Ce sont les hommes de demain

Le jeune étudiant de l'École des Hautes Études commerciales se souvient fort à propos des barres et des ronds et du vocabulaire expressif de la chimie. Joseph Baril n'était pas passé par l'Université sans observer la vie de ses compagnons. Les étudiants comme chacun sait, ont, dans leurs manifestations, plusieurs chansons à leur gaieté, et il leur arrive de faire entendre le « cri universitaire. » Coutume américaine, très inoffensive, et qui ne manque pas de saveur; amusement d'étudiant que les grincheux seulement voudront leur reprocher, car il n'est pas une institution sur ce continent, fût-elle du Nord ou du Midi, qui n'a pas, en des notes sonores et gutturales, un moyen de signaler son approche aux badauds. C'est rigolo, et ça ne gêne guère, si ce n'est peut-être le repos de ceux qui ne veulent plus comprendre qu'on puisse être jeune à n'en savoir que faire. Aussi Joseph Baril se joignait-il de bon gré au chœur des camarades. Mais, peu de temps après son inscription à la Faculté, il avait lu cette phrase dans un journal « Claironner

foirnidablement, partout, le grand cri de Laval, telle est la mission de l'étudiant ... A nos chères amies, il modulera doulcement l'insaisissable sérénade de nos vingt ans. » Il n'en fallait pas plus pour piquer son ironie. Du choc de ces mots : « l'insaisissable sérénade de nos vingt ans » et du cri formidable et unanime jaillit aussitôt cette fantaisie cocasse :

« Ce grand cri de Laval, cette insaisissable sérénade de leurs vingt ans, nous les avons maintes fois entendus, dans les manifestations universitaires : les voici, — admirons-en l'ardeur juvénile :

Boum !

Boum, à la Ka Boum A la Ka Wô Wô Wô !

Ching, à la Ka Ching A la Ka Châ Châ Châ !

Boum à la Ka Boum A la Kazis Boum Ba !

Laval ! Laval ! Laval !

Rah ! Rah ! Rah !

Laval !

« Gee whiz, dirait Jules Lemaître, ça c'est de la poésie !

« Quel souffle lyrique, quelle joliesse d'expression, et quel charme se dégage de cette strophe ! Comme on y sent bien vibrer notre âme française. . . Je ne puis me rassasier de répéter ces mots sonores qui évoquent tout un passé de luttes glorieuses contre la barbarie et l'oppression; il me semble entendre

nos aïeux, au milieu des bois francs, frapper de la crosse de leurs fusils les têtes incultes des Peaux Rouges !

Boum !

Boum, à la Ka Boum A la Ka Wô WÔ Wô !

Ching, à la Ka Ching A la Ka Châ Châ Châ !

... « En vacances, dans les Laurentides.

(( Minuit. Tout dort, et les hommes, et le lac. et les monts. Sur la terrasse de Vhôlel, accotées à la balustrade, deux ombres immobiles regardent avec ravissement les flots bleus où se réfléchit la lune! Au firmament, les étoiles scintillent... Les ombres sont silencieuses : elles s'aiment. Emues, elles écoutent chanter, en leur âme, le poème divin de leur amour.

(( Dans l'air pur, aromatisé par les hauts sapins,

on entend parfois des bruissements d'ailes . . . Les

ombres tressaillent d'ardeur, et dans une étreinte

folle, d'une voix passionnée, l'une d'elles — tel

Roméo dans les bras de Juliette — module doulce-

ment :

Boum, à la Ka Boum

A la Kazis Boum Ba !

Laval ! Laval ! Laval !

Rah ! Rah ' Rah !

Laval ! »

Que de choses on pourrait citer où la verve de Joseph Baril se donnait ainsi joyeux cours, depuis

ses courriers sur les séances homériques du Parlement-modèle traversées par la voix traînarde du petit vendeur de chocolats, peanuts, caramels, et terminées sur la version grecque péniblement élaborée dans un coin par un tout jeune députémodèle qui préparait l'avenir de son pays en même temps que son baccalauréat ; jusqu'à ces impayables Histoires de Chasse et de Pêche dont il savait tirer de véritables morceaux, où l'intérêt était ménagé, et qui étaient remplies de traits, un peu gras parfois, mais d'une humeur gaillarde, sans méchanceté : liberté d'un jeune auteur qui s'attarde à faire un à-propos politique d'une galéjade recueillie n'importe où !

Mais il s'intéressait également aux choses de la littérature, et sa curiosité intellectuelle se nourrissait des œuvres modernes. Il aimait particulièrement le théâtre. De fait, il s'y sentait porté. Il en possédait le style, tournant le dialogue avec facilité. Il a laissé, dans ses manuscrits, une pièce à peine ébauchée : Le Gaz hilarant, sorte de comédie bouffe bâtie sur les mille singularités d'un savant maniaque. Il donnait à V Action, chaque semaine, des chroniques dramatiques où il s'essayait à la critique des idées et des mœurs. Il analysait la pièce avec aisance et non sans mérite, s'égayant des mots de l'auditoire; car il savait regarder la salle en écoutant l'autre drame, ce qui conduit

]Ô() LA TTÎADITIOX FRANÇAISE

parfois aux plus curieuses constatations, aux réflexes les plus inattendus. Il affirmait ses préférences pour le théâtre bien fait. Alexandre Dumas, André Picard, Romain Coolus. Marcel Prévost, en y ajoutant les Deux Orphelines, la Grande Marnière et le Chevalier Satan, ne lui plaisaient guère. Il réclamait du théâtre « moins bon enfant que celui de Dennery et moins idiot que celui de Georges Ohnet, » trouvant, dans la réflexion d'une brave femme, l'indice d'une révolution nécessaire et déjà assurée : « Moi, tant qu'à aller au théâtre pour pleurer, j'aime autant rester chez nous ! » Ce n'était pas « pour pleurer )) qu'on allait entendre le théâtre de De Fiers et Caillavet, « d'une bonhomie délicieuse, franchement optimiste, et pourtant légèrement sceptique et irrévérencieux . . . s'offrant au spectateur comme le pétillement, non pas d'un vin de Champagne parce qu'il n'en a pas la griserie perfide, mais d'une eau pure, gazeuse, qui jaillit en étincelles, pique agréablement et rafraîchit. Loin de subir, comme celui de Marcel Prévost et de tant d'autres auteurs du jour, la fatigue et le raffinement d'une civilisation décadente, il donne surtout l'impression très réconfortante d'une œuvre jeune, pleine de sève féconde et saine. »

En restant ainsi fidèle au goût français, Joseph Baril prêchait d'exemple. Il n'était pas pour cela un déraciné. Il avait su garder toutes ses attaches

au sol natal qu'il aimait pour sa rude simplicité, pour sa beauté sans artifices. Dans la critique remarquée qu'il fit des Fleurs de Givre du poète Chapman, il évoquait en passant « la blancheur diaphane de notre neige, puis, dans la translucidité de ses cristaux, par-delà les saisons, les fleurs écloses au printemps, notre bonne eau d'érable coulant à flots d'or, les blés mûris couchés dans la plaine, les grands vergers qui laissent tomber leurs fruits et leurs pauvres feuilles desséchées »... Dans ses cartons, j'ai retrouvé cette rêverie écrite peu de temps avant sa mort ; « Il est minuit. De la véranda où je suis seul, dans une presque obscurité, le regard porte vers Montréal qui repose. . . Le ciel d'un bleu tout à fait pur laisse les étoiles se détacher en un scintillement très doux. Tout au fond, là-bas, le Mont Royal, perceptible un peu sous les rayons lunaires, semble un ruban de velours grisâtre. En deçà, et jusqu'à mes pieds, le fleuve, que des îles divisent en deux nappes, est une glace d'argent coupée de nervures de bronze vert. J'aime jusqu'à la griserie contempler ce spectacle qui ranime en moi le souvenir de tant de jours heureux ici même écoulés, jours de mélancolie, jours de souffrance, — de souffrance et de bonheur infinis. )) Sa vie est dans ces deux mots, repris volontairement, unis comme pour en peser toute l'humaine compensation. Le mal qu'il endurait ne terrassa

jamais sa volonté, ni son intelligence active, ni sa foi. Il vécut heureux, épris de l'affection familiale où se calmait sa douleur. D'un cœur très noble, il appréciait les douceurs de l'amitié où il voulait mettre la plus charmante discrétion. « Une amitié qui s'affiche, a-t-il écrit à quelqu'un qu'il aimait, est-ce une amitié sincère ? Croyez-vous réelles les affections imprimées et mises en volumes à cinquante sous l'exemplaire "^ » Il causait volontiers, livrant aux autres ses rêves, ses hésitations, ses œuvres. Il était très au courant de l'actualité. Il suivait les manifestations de la vie canadienne avec tout l'éveil de sa pensée. Sa seule peine fut de ne plus pouvoir lire, et, pour obéir au médecin, de se reposer encore vivant.

Mais ce contraste, que nous avons déjà signalé, entre nos mœurs américanisées et notre innéité française, qui fait le fond de sa philosophie et qu'il voulut sans cesse mettre en lumière pour le montrer comme un écueil dangereux, ne lui laissait-il pas de doutes sur notre avenir ? Nous avions écrit, à propos d'une conférence de M. Anatole LeBraz : « Nous sommes une province de France, la plus éloignée, la moins connue, la plus oubliée, mais une province de France quand même. » — Pensez-vous vraiment ? demandait-il dans un article qu'il signait de son nom et où il paraît avoir formulé toute sa théorie, sous ce titre : Une Ame qui se meurt.

JOSEPH BARTL 159

Pensez-vous vraiment que nos qualités de race se soient à ce point conservées ? N'avons-nous pas subi toutes les conséquences de la rupture et, dans l'éloignement forcé où nous jeta une défaite, ne sommes-nous pas des exilés ^ Physiquement, nous survivons; mais notre âme qui fait notre vie ne s'est-elle pas épuisée dans la lutte où les circonstances l'ont jetée ^ S'est-elle affinée au contact de l'individualisme nouveau ? A-t-elle su créer autre chose qu'une longue résistance, miraculeuse évidemment, mais incomplète tant qu'elle ne se transforme pas en une affirmation durable, organisée, constructive ?

Seul le désir ardent de voir notre race conquérir la supériorité poussait Joseph Baril à prononcer ce doute. Il pensait secouer nos énergies et nous porter vers l'action raisonnée, dans la sphère même où nos origines ont placé nos activités. Il savait reconnaître tout le merveilleux de notre histoire et retrouver, ça et là, — ses lettres en témoignent — chez les nôtres, les signes certains d'une tradition ininterrompue. Sur ce fonds solide il voyait un édifice auquel la discipline française eût donné toute sa grâce. Il y travaillait. Prédicant convaincu, il se formait d'abord suivant sa doctrine. Il fut de ceux qui, dans cette civilisation fiévreusement intéressée, ont négligé l'appel d'une fortune rapide pour rechercher, dans l'isolement de la pensée, le lien

qui renoue la chaîne du véritable progrès. A cause de cela, il a réalisé ces vers du poète qu'il avait transcrits de sa main, comme pour s'en pénétrer davantage et défendre sa mémoire contre toute défaillance, et qu'il avait glissés parmi ses notes d'étude :

Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent; ce sont Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front, Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime, Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime. Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour. Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour. Ceux-là vivent. Seigneur ! Les autres, je les plains. . .

Octobre iqi/-

Pour la langue française ^

Nous avons choisi de demeurer français ; et notre histoire n'est qu'une longue obstination à nos origines. Nous avons tenu malgré l'adversité qui a revêtu toutes les formes. Nous voilà plus de deux millions sur notre sol, unis devant la persécution. Pour vaincre ce nombre sans cesse grossissant, on a répandu qu'il voulait mater la majorité, plier à sa fantaisie la volonté commune. Cette intention que l'on nous prête est tout de même un singulier hommage; il y a cent ans qui eût dit cela ? Nous avons grandi. Il y a quelque chose en nous de fort et d'invincible.

Nous avons grandi; mais tout seuls, dans l'abandon général, guidés et protégés par notre unique pensée. La fortune nous eût sans doute souri davantage si nous avions consenti à lui sacrifier notre passé. En trahissant ainsi nous eussions fait d'assez beaux Anglais, ayant quelque psychologie et un tour d'esprit qui ne s'achète pas. Nous ne l'avons pas voulu. Bien peu, aujourd'hui, nous

^ Préface des Morceaux à dire, par mademoiselle Idola Saint-Jean — Montréal igi8.

162 LA TRADITION FRANÇAI-Sî:

en savent gré. C'est pourtant quelque chose. Tant de sacrifices méritaient mieux que le dédain falot de quelques pimbêches et l'incompréhension des ignorants dont l'outrecuidance seule n'est pas superficielle.

Notre langue a été l'expression de notre résistance, et comme notre vivante patrie. Elle a été pour nous un refuge, loin de l'assimilation. Nous sommes français par mille traits de notre caractère; mais nous sommes restés français surtout grâce à notre langue. « Tu auras beau parler anglais, disait un ouvrier à son compagnon, tu jongleras toujours en français ». Voilà notre miraculeuse réalité. C'est un de nos titres de noblesse. Ce sentiment s'accentue depuis peu et il est du meilleur aloi. Par ce verbe qu'une longue tradition a formé, nous sommes d'une ancienne et grande famille; nous participons à une civilisation faite de raison, de clarté, de bon sens. Nous sommes ainsi apparentés.

N'est-ce pas là plus qu'il ne faut pour nous faire aimer notre langue ^ Nous en convenons, d'ailleurs, puisque nous sommes toujours prêts à souf-

frir pour elle. Cependant, pour que notre défense, qui est admirable, soit plus complète et plus sûre, ne devons-nous pas ajouter à l'amour le respect ? Nous comprenons fort bien que, vivant loin de France et au contact de nos voisins, nous ayons façonné des mots douteux, sinon même horribles, et réduit notre vocabulaire à une inquiétante pauvreté. Encore cette défaite n'était-elle, souvent, qu'une victoire déguisée : nous avons forgé « marchandises sèches » pour ne pas dire dry goods, et de la rue Saint-Germain devenue German Street nous avons fait rue des Allemands, puis, bien avant la gvierre, rue de l'Hôtel de Ville. C'est ce que ne voient pas ceux qui nous font une visite hâtive et distraite, et qui s'empressent d'écrire à notre sujet les plus cocasses inexactitudes. L'abbé Klein raconte quelque part qu'ayant fait, aux Etats- Unis, la connaissance de deux fils de Français, il s'étonna vivement de les entendre parler uniquement anglais. Ils savaient à peine d'où ils venaient et ne connaissaient guère, de toute la France, que Paris. Une telle aventure est peu commune, au Canada. N'y a-t-il pas, d'un autre côté, quantité de mots dans notre langue canadienne qui sont seulement vieux ou d'une origine provinciale : gadelle, par exemple, ou arcanson, pour ne citer que ces deux-là qui nous ont servi maintes fois à une amicale démonstration. Tout cela est vrai; mais

il reste que nous ne nous surveillons pas suffisamment, que nous ne cultivons pas assez notre langue, que nous n'en recherchons pas les beautés, que nous la laissons s'étioler, s'anémier en nous, par pure insouciance. Prenons garde de mériter, ne fût-ce qu'au dixième, le reproche que l'on nous fait de ne parler qu'un vague patois. Ceux qui le disent n'ont sans doute jamais assisté à un sermon de Notre- Dame ou à une conférence de l'Alliance française où les âmes s'unissent, où les intelligences se complaisent et s'accordent; mais combien plus pourrons-nous détruire cette légende, accréditée par nos chers compatriotes doutre-Québec, si nous perfectionnons incessamment notre parler i Négligerons-nous cette supériorité ^ Notre langue est une arme, ne la laissons pas se rouiller. Notre langue est un signe, un témoignage, une force : n'allons pas l'affaiblir. Mettons-nous à son service, si c'est elle qui commande. Faisons-la triompher en nous. C'est encore être patriote que de bien parler sa langue. Dans la tâche si lourde qui V^ nous est réservée, rien ne doit être négligé; dans la \ lutte que nous entreprenons, rien ne doit donner 1 prise sur nous.

L'étude de la grammaire est sans doute nécessaire à quiconque veut acquérir la connaissance ration-

nelle d'une langue. Ceux qui affirment le contraire ont tort assurément. Beaucoup écrivent ou parlent d'instinct, comme ils disent, et se fient à leur oreille, qui n'éviteront pas, la difficulté venue, telle faute de syntaxe, écrivant, par exemple, « tout bon qu'i soit » pour (( tout bon qu'il est ». Convenons aussitôt que la grammaire ne conduit pas à tout même si l'on n'en sort pas. Il faut lire, souligner et relire : lire la plume à la main, lire à haute voix; lire en méditant, en analysant; lire avec les yeux de l'esprit; percer le mot jusqu'à l'idée et, plus profondément encore, jusqu'à la nuance. Cela ne se fait pas sans quelque gymnastique préparatoire; et je n'en connais guère qui vaille mieux que celle qui consiste à apprendre et à réciter des pages choisies, à la condition d'en avoir préalablement pénétré le sens pour vraiment se les « convertir en sang et en nourriture )). La récitation, n'est-ce pas la vie expressive et sensible des mots ? La prononciation bien articulée, n'est-ce pas la langue elle-même dans sa perfection, dans sa totalité; n'est-ce pas donner au mot toute sa portée et en faire une pensée vibrante, sonore, harmonieuse ?

Ainsi se précise, en définitive, notre double devoir à l'égard de notre langue : la posséder pleinement

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et la servir en la parlant joliment, comme il sied si bien. Ce devoir n'est pas uniquement celui de l'école, qu'il dépasse; mais bien celui de la famille, celui de la nation tout entière. Parlons mieux, disons mieux. Que ce soit là comme un commandement entendu, retenu, obéi. 11 n'est plus de mode, nous dit-on, de blaguer ceux qui s'expriment sans pose, sans emprunt, mais avec une certaine recherche, virile et juste. Autrefois, on pouvait difficilement citer un vers dans une conversation de salon sans provoquer un sourire, comme si c'eût été une infiimité que d'avoir des lettres et de le faire voir en société. C'est fini. Allons, tant mieux : le monde y gagnera. Ayons souci de l'élégance jusque dans le langage. Et pénétrons-nous bien de cette vérité qu'il est tout aussi important pour notre race de parler bien que de réclamer partout le respect du français. Cela fera vivre ceci.

Il se trouve que, sans y toucher, nous avons défini l'œuvre poursuivie, ici-même, par mademoiselle Idola Saint-Jean qui s'est consacrée à l'enseignement du français et de la diction. Ce recueil qu'elle publie répandra, dans le public autant que chez ses élèves, le goût littéraire et le culte de

l'expression. Les morceaux qui le composent, et dont plusieurs furent écrits par des Canadiens français, ont été choisis avec un soin intelligent et sûr, avec un véritable parti pris de délicatesse et, sans doute, la secrète intention de verser un peu de poésie dans notre vie matérialisée. La poésie est un art; et l'art est la forme de l'idée, le reflet de la beauté, le chant de la consolation. On ne peut qu'admirer respectueusement un pareil dévouement à une aussi noble cause; et que donner toute sa sympathie à celle qui accomplit le grand devoir dont nous venons de parler comme une véritable mission.

Janvier 1918.

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