‹ Au service de la tradition françaiseChapitre 4 sur 9 · AUX ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

AUX ÉTUDIANTS

nous savons erronée ; mais ne nous refusons jamais l'effort nécessaire et singulièrement consolant qui nous créera un jugement ferme, droit, sain et juste. Relisez la première page d'un livre de Taine et voyez commient, avant que de voter et pour éclairer sa religion politique, le grand philosophe voulut écrire les Origines de la France contemporaine.

Nul ne finit à lui-même; ne \ivons pas seulement notre vie, miais aussi celle de la nation, celle du peuple dont nous sommes une part, quoi que nous fassions. Xcus avons à remplir une mission; connaissons-la pour y croire et l'accepter. Approfondissons les problèmes de notre histoire : nous y trouverons la solution des heures, peut-être difficiles, de demain. Nos pères ont posé les prémices de l'oeuvre que nous accomplissons, que d'autres accompliront après nous, sans la terminer. Si l'héritage doit nous passer par les mains, nous nous devons aussi de l'enrichir, car il nous impose un effort nouveau.

« Les adolescents ne connaissent pas l'illusion de créer », écrivait récemment un chroniqueur français. Cela n'est pas vrai absolument, au moins dans le domaine matériel. L'énergie s'éveille vite, surtout chez les peuples jeunes où les générations n'ont pas accumulé de patrimoine : la nécessité commande, l'ambition obéit. Mais une fois la vie

186 LA ti:aditiox iuançai.^e

assurée et la richesse acquise, il reste à la nation le devoir de s'instruire. . . Vous le reconnaissez, puisque vous êtes là, et vous voudrez être les artisans de la pensée et de l'art. C'est par vous que ce progrès pénétrera notre société; vous vous empresserez à le réaliser, vous y consacrerez votre esprit. Lisez, apprenez, pensez. Mais lire est inutile, si, le livre fermé, rien ne reste : des pages parcourues, des notes rencontrées, des volumes dépouillés doit jaillir la science par la réflexion. Cette science, faites-en l'application à votre pays immédiatement, et vous l'aurez servi si, votre vie durant, vous ne lui aviez fait que le don inappréciable d'une idée bonne.

Je sais bien que le siècle est ailleurs et que notre civilisation est faite d'arrivisme pratique; mais vous donnerez tort à notre temps en demeurant des intellectuels, malgré le sens que l'on semble vouloir donner aujourd'hui à ce mot quand il n'implique que curiosité de l'esprit, spéculation, pensée. Et vous aurez ainsi contribué à fonder en vérité et en raison cet orgueil national que l'on nous reproche si fort. comme s'il ne nous venait pas de notre race et du sang qui bat dans nos veines.

Enfin, vous aurez une fierté de plus : celle du cœur.

Soyez satisfaits d'être des hommes qui souffrent, que la vie émeut, que la douleur atteint. A>ez

Page 1