‹ Au service de mon paysChapitre 26 sur 84 · L AIGUILLE · texte numérisé non relu

L AIGUILLE

Et Rose veillera jusqu'au matin L'aurore naissante la trouvera courbée sur le travail qui doit donner du pain à sa vieille mère infirme. Dites, laquelle de ces jeunes filles vous semble la plus noble, la plus digne d'admiration? Et laquelle de nous deux au point de vue de la sagesse, doit préférer son sort ?

LA BAGUE

Laissons, s'il vous plait, ce chapitre "Plaisir et Vertu", nous ne nous entendrions pas, et d'ailleurs, je ne puis longtemps poursuivre la même idée.

Convenez avec moi que j'ai mon utilité: gracieuse messagère, je suis, ne vous déplaise, l'interprète des sentiments du fiancé de Mlle de Givry.

l'aiguille

C'est là un beau rôle, ma chère; je vous en félicite, mais sans l'envier. Si

vous êtes le gage de la tendresse, je suis bien mieux encore celui du bonheur

La femme qui me possède trouve en moi l'égide protectrice de sa vertu. Or, la vertu seule rend heureux ici-bas.

Hélas ! à mon regret, je vous assure, je suis obligée de voir que vous, ma pauvre Bague, vous êtes par votre beauté, votre éclat, plutôt une ennemie de la femme. Vous ne flattez que son penchant à la vanité et ses instincts de coquetterie. Hélas I combien de jeunes filles n'avez-vous pas dévoyées! Vous brillez trop pour être sage, ma mie.

Du fond de l'écrin capitonné de satin blanc, les yeux de saphir lancèrent à l'Aiguille un regard d'indignation. Mais la Bague cherchait encore sa réplique, lorsque, Mlle Rose étant partie, Hélène s'approcha du meuble, prit l'anneau et le passa à son doigt eflSlé. Puis apercevant l'Aiguille, elle la ramassa distraitement.

Son regard était rêveur et mélancolique Elle contempla un instant

le riche bijou, le fit tourner autour de son doigt Hélène songeait à Mlle

Rose. Elle revoyait les traits fatigués, les joues pâles et amaigries de la jeime ouvrière. Pauvre Rose! soupira-t-elle. Comme moi, elle n'a que vingt ans; quelle différence entre nous! Il lui faudrait travailler plus d'une année pour gagner à peine la moitié du prix de cette bague. Rose prie, elle travaille et Dieu

la bénit c'est lui qui nous jugera toutes les deux que pèsera ma vie

auprès de la sienne ?

Mais le riche peut gagner le ciel par la charité Adieu donc, bijoux

luxueux: désormais vous donnerea du pain à ceux qui ont faim. Et vous, petite Aiguille, vous m'aiderez à vêtir ceux qui ont froid

Et l'Aiguille se dressant sur sa pointe regarda de son petit œil fin et brillant la bague silencieuse. Les yeux de saphir s'étaient faits très doux.

— Vous avez entendu, ma chère ? interrogea la gentille ouvrière.

— Oui, ma bonne : unies dès ce jour, nous serons sœurs par la divine charité.

Enfin, après Télaboration du plan que voici, on peut lire comme modèle de développement aux élèves du cours supérieur, cette composition superbe :

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