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ÉLOGE DE L'AIGUILLE Â COUDRE

Canevas. — I. L'aiguille, amie de la femme; ce qu'elle dit à la petite fille. — II. L'aiguille de la femme pauvre: gagne-pain honnête: elle la préserve du vice et de la misère. — III. L'aiguille de la femme riche: elle la garde de l'ennui; lui fait exercer des talents et pratiquer la charité.

Développement

I. Il est une amie de la femme, amie sincère, fidèle, inspiratrice de toutes les vertus, qui la suit dans la vie dès la plus tendre jeunesse jusqu'à la tombe: c'est l'aiguille.

Elle se présente à la petite fille et lui dit: "Enfant, ne te laisse point rebuter par mon aspect rébarbatif. Je suis dure, de prime abord difficile à manier: aux

maladroites je fais sentir ma pointe acérée Hélas! chacun a ses défauts qui

ne sont parfois que l'exagération de précieuses qualités. — C'est un peu mon cas. Veux-tu, enfant, consentir à ne pas te fier aux apparences? bientôt, tu comprendras qu'il ne sera jamais pour toi, dans le monde où tu vas cheminer, meilleur amie que moi-même."

La petite fille, conseillée par une mère sage et prévoyante a répondu oui, avec un sourire craintif.

Et elle a bien fait la petite fille, car, désormais, grâce à cette austère mais vaillante, mais bienfaisante compagne, elle n'aura plus à redouter, pour l'avenir, les deux grands maux qui désolent l'humanité : la faim pour le pauvre, l'ennui pour le riche; la faim qui tue le corps et pousse l'âme à toutes les révoltes; l'ennui, poison secret qui énerve, use, ronge, gangrène et l'esprit et le cœur, détruit les vertus, inspire les vices, abaisse les caractères.

II. Le soleil dore la fenêtre de la mansarde où s'épanouit une giroflée printannière au suave parfum. Penchée sur son travail, la gentille ouvrière coud en chantant.

"O ma petite aiguille, dit-elle, fais ton œuvre gaiment; cours dans l'étoffe, cours sans trêve, aligne les points réguliers et menus : là-haut, dans le ciel bleu, les anges les comptent.

"Cours, mon aiguille, cours et que rien ne t'arrête: ni la paresse qui engourdit les doigts, ni l'envie qui louche devant le luxe, les toilettes opulentes et ce que l'on est convenu d'appeler les plaisirs et le bonheur des riches

"Cours, mon aiguille, cours sans trêve; accomplis ton œuvre: garde pure, garde honnête et sage, l'ouvrière laborieuse; donne du pain à la mère infirme, du pain aux frères trop jeunes pour savoir encore ce qu'il coûte de sueurs et d'efforts! Par toi, quand viendra l'hiver, le feu brillera dans l'âtre, les petits auront de chauds vêtements et la misère au front hâve regardera, sans oser y frapper, la porte de la mansarde.

"Cours, mon aiguille, cours

"Peut-être un jour, plus tard, à force de labeur, d'économie, de patience, peut-être l'aisance entrera-t-elle à la maison."

L'ouvrière alors aura des cheveux blancs, ses épaules auront fléchi sous le poids des années, ses yeux seront usés par les veilles; elle sera bien près de mourir Mais son cœur demeuré pur, demeuré jeune comme à vingt ans, te

bénira, petite aiguille, préservatrice du mal, gardienne de la vertu.

"Repose en paix maintenant. Car les anges, là-haut, au fond du ciel bleu, auront compté tous les points : ceux que te vit faire la pâle aurore, et ceux du midi brûlant, et ceux des longues veilles sous la tremblante lueur de la lampe.

"Mais en attendant l'heure des justices, en espérant la récompense, cours,

mon aiguille, infatigable, cours Travailler, c'est prier, et la prière, c'est

le paradis ici-bas."

III. Dans le salon somptueux, une jeune femme abandonne, molle et nonchalante, sa tête lourde d'ennui sur les coussins de soie.

Santé, beauté, richesse, luxe, .plaisirs sans cesse renaissants, elle a tout à souhait; ses moindres désirs sont des ordres aussitôt exécutés, et cependant un pli de tristesse barre son front, et ses yeux que n'illumine aucune clarté de joie contemplent avec dédain les pierreries qui ornent ses doigts oisifs.

Soudain, cette femme se lève; elle va à un meuble, en tire une corbeille de travail, prend une aiguille, l'enfile et murmure:

"L'oisiveté pèse au cœur; elle engendre le mal et détruit tout bien. Le travail est l'antidote de l'ennui Cours, mon aiguille, va, brode sur la soie et

le velours les dessins élégants qui charment les yeux. L' Écriture-Sainte n'a-t-elle pas loué la femme forte qui a brodé une tunique et rehaussé de tapisseries les meubles de sa maison ? "

Docile, l'aiguille va, vient, dessine de fines arabesques, des courbes savantes.

Et la jeune femme sourit; une flamme de joie s'est allumée dans son regard au scintillement de l'aiguille, bien mieux qu'à l'éclat des joyaux qui brillent à ses mains. Le sombre ennui a fui loin d'elle. Maintenant elle chante :

"Cours, mon aiguille, dans les langes du nouveau-né, dans les chauds vêtements qui couvriront en hiver le pauvre souffrant: va, viens, active, Joyeuse,

sans trêve. Faire œuvre d'art, c'est bien, mais remplir le devoir de charité, ohl c'est bien mieux. Là-haut, au fond du ciel les anges comptent les points menus et réguliers.

"Cours, mon aiguille: travailler pour le pauvre, c'est être l'ouvrier de Dieu; c'est prier, et la prière, pour tous, c'est le paradis ici-bas.

Les instituteurs des académies et des écoles normales peuvent choisir dans notre histoire nationale leurs thèmes à amplifier. En agissant ainsi, ils feront acte de patriotisme et de bon goût littéraire.

Dans ma récente tournée d^inspection, j'ai rencontré ce souci dans plusieurs de nos écoles normales.

Si je ne craignais d'être taxé d'indiscrétion, je vous dirais combien j'ai été agréablement surpris en parcourant les compositions des élèves du cours supérieur d'une école normale, à la vue de ce titre : Le premier semeur de hlé, suivi de cette légende :

'^Un soir de la fin de juin 1626 y Louis Hébert rêve en contemplant sa terre bénie du ciel et entre au logis,'*

Je remarque qu'une donnée historique a documenté les élèves sur le sujet à traiter, aussi le plan qui suit, bien ordonné, ne m'étonne pas:

"1. — Un soir de la fin de juin 1626,

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