MON VILLAGE
Mon Village est bâti au sommet d'une petite colline. Dans le milieu du village, nous avons une jolie église, une école et plusieurs jolies maisons.
Autour des maisons, il y a des jardins, des vergers, des parterres remplis de fleurs. Au loin sont des prairies couvertes de foin; des pâturages remplis de moutons, de vaches et de chevaux; des champs où l'on récolte des grains, des légumes et des denrées de toutes sortes. J'aime mon village et c'est là que je veux vivre et mourir au milieu de mes parents et de mes amis.
(1) L'abbé DelviUe.
La maîtresse a étudié le texte avec soin afin d'amener les élèves, à l'aide de l'analyse, à bien saisir le rôle de chaque nom dans la dictée et, par le fait même, le rapport des idées qu'expriment ces mots. Par exemple, dans la première phrase: *^Mon village est bâti au sommet d'une colline," elle fait découvrir aux élèves: 1° que le nom sommet complète l'idée exprimée par le verbe est hâti, en indiquant le lieu où se trouve le village : sommet est donc complément de Heu du verbe est bâti: Mon village est bâti où ? sur le sommet; que le nom colline complète le mot sommet en précisant ou en en déterminant le sens (il s'agit du sommet d'une coUine et non d'un sommet quelconque) — le mot colline est donc le complément déterminatif du mot sommet: le premier est indispensable au sens du dernier.
Ainsi la première phrase de la dictée contient trois noms: l'un est sujet du verbe et les deux autres sont compléments.
Un autre exemple à propos de l'enseignement de la langue française: cette fois il s'agit du cours supérieur.
La maîtresse se propose de donner aux élèves comme sujet de rédaction : Une visite au village natal.
Mais pour rédiger ou développer un sujet, il faut des idées. De plus, l'imagination a besoin d'être éveillée; et pour certains sujets, le cœur même doit être touché, attendri, afin d'en faire jaillir des pensées nécessaires au développement de ces sujets.
Pour économiser le temps, la maîtresse utilise la dictée, la lecture en classe et la récitation. Ces trois exercices servent de préparation à la rédaction.
La dictée choisie est La Visite au toit paternel, de Chateaubriand.
Deux lectures en classe, l'une en prose. Réminiscence du foyer natal, de l'abbé Roch Magnan, et l'autre en vers, La Terre natale, de Lamartine, suivent la dictée qui, inutile de le dire, a été expliquée et commentée avant de la donner.
Comme exercice de mémoire, la jolie piécette de Brizeux: Le Pays.
Enfin, pour préciser davantage ce qu'elle désire obtenir de ses élèves, la maîtresse leur lit un petit développement du sujet: Une visite au village natal.
Après un tel travail préparatoire, il est permis d'espérer que les élèves du cours supérieur réussiront à développer d'une façon convenable le sujet de rédaction. Les exercices préparatoires choisis avec soin ont éveillé dans l'âme de l'enfant tout un monde d'idées généreuses et délicates qui y sommeillaient. Son imagination est piquée, et grâce aux lectures qu'il vient d'entendre, son vocabulaire s'est enrichi de mots, de pensées, de tournures de phrases qui, jusqu'ici, lui manquaient lorsqu'il avait à exprimer ses propres idées.
Conclusion
On le voit, toute leçon doit présenter un enseignement précis, logiquement ordonné, circonscrit à un sujet déterminé et adapté à l'avancement actuel des élèves qui le reçoivent. La préparation quotidienne des classes s'impose donc à toute institutrice soucieuse de son devoir. Seules les leçons bien préparées sont claires, intelligibles et intéressantes, parce que tout a été prévu d'avance.
Au contraire, les leçons improvisées manquent de précision et perdent souvent de vue le but à atteindre.
Je résume ma causerie par cette vérité pédagogique : Tant vaut la préparation habituelle des leçons, tant vaut renseignement.