JANVIER
M. le Président,
Monseigneur, (1)
Mesdames et Messieurs,
C'est avec plaisir que j'ai accepté l'aimable invitation qui m'a été faite de traiter devant vous le sujet indiqué au programme: ^'Importance de l'école primaire". Nul auditoire ne me semble mieux préparé que celui à qui j'ai l'honneur de m'adresser en ce moment pour entendre parler de nouveau du rôle de l'école primaire, de sa mission sociale, en un mot, de son importance.
D'ailleurs, la conférence de M. le surintendant de l'Instruction publique vous a déjà démontré que l'école est une grande chose au point de vue national et religieux, j'ajouterai au point de vue économique, puisque ceux — vous, MM. les commissaires, — qui ont mission de par la loi, au nom des pères de famille, d'organiser et de diriger les écoles dans la localité, sont placés au-dessus de tous les autres officiers municipaux.
Mission de l'École primaire
Ces écoles, messieurs, que vous avez à créer, organiser et diriger ont pour mission 1"' Éducation complète" de l'enfant. Elles ne sauraient se contenter d'instruire, c'est-à-dire d'orner
(1) Sa Grandeur Monseigneur Gauthier, évêque auxiliaire de Montréal.
rintelligence, car elles doivent surtout former le cœur et la volonté; elles doivent aussi s'intéresser à la santé des élèves et à leur culture physique.
L'éducation, c'est le but de l'école, c'est le tout. En effet, d'après Monseigneur Dupanloup, V Éducation doit former l'homme dans l'enfant: faire de l'enfant un homme; l'instituer dans la vie homme fait."(l)
Comme l'école est le prolongement de la famille, tout le problème de l'éducation l'intéresse: éducation physique, éducation intellectuelle, éducation morale ou disciplinaire, éducation religieuse.
Car celle-ci n'est pas la moindre, bien que je la noname la dernière. Au contraire, elle résume toutes les autres, elle doit les pénétrer, elle les domine. ^ 'C'est la religion seule qui fait de l'Éducation toute entière, une école dé respect." (2) Écoutons cet aveu arraché à l'éminent philosophe protestant, Guizot: ''Le Catholicisme est la plus grande, la plus sainte école de respect qu'ait jamais vue le monde".
On le voit, le rôle dévolu à l'école primaire est noble, beau, grand, mais aussi difficile. N 'embrasse- t-il pas, en effet, étant donné l'objet de l'éducation, "le développement progressif et harmonique des facultés physiques, intellectuelles, morales et religieuses? "(3) Et cette tâche, l'école doit l'accomplir de concert avec les parents des élèves, suppléant au besoin à l'insuffisance de préparation des premiers, qui, parfois, entravent l'œuvre de la bonne éducation par leur négligence ou leurs mauvais exemples.
(1) De V Education, Dupanloup, p. 137.
(2) Monseigneur Dupanloup.
(3) Directoire scolaire, chanoine Barès, p. 64.
Le rôle de l'Instituteur
Ah! le rôle de Técole primaire comme il est important I La tâche de l'instituteur comme elle est sublime, mais aussi difficile! Écoutez, messieurs, ce que l'un des plus grands éducateurs belges de notre temps dit de '^la mission de l'instituteur".
''L'instituteur a pour mission de donner à ses élèves l'éducation physique, intellectuelle et morale — d'en faire des enfants robustes, instruits et bien élevés, de fidèles chrétiens et de bons citoyens, car il est le délégué de la Famille, de l'Église et de l'État.
''L'élève se confie au maître, corps et âme. Il lui demande la santé et les forces corporelles, les lumières de la raison, la vertu, ornement du cœur, afin qu'il puisse jouir ici-bas d'une certaine félicité, en attendant le bonheur éternel.
"La famille demande à l'instituteur de lui former des enfants robustes, sages et vertueux, qui feront plus tard sa prospérité et sa joie.
'^L'Église remet à réducateur ce qu'elle a de plus cher, les âmes de ses enfants qu'elle a rendues, par le baptême, héritières du ciel. En lui conférant le droit d'enseigner les éléments de la religion, elle lui impose charge d'âmes et le devoir de veiller sur l'enfance.
"L'État lui confie ses futurs citoyens pour qu'il en fasse de bons patriotes". (1)
La mission de l'instituteur en est donc une toute de dévouement et d'apostolat. Elle exige de ceux qui veulent la remplir les plus hautes qualités intellectuelles, morales et professionnelles. On ne saurait donc choisir avec trop de soin les instituteurs et les institutrices à qui les écoles primaires sont
(I) Haustrate et Labeau, Cours de Pédagogie, p. 14.
confiées, car il n'est pas de question plus importante pour une nation et pour une société entière que celle de l'éducation des enfants. L'éducation d'une génération réagit forcément sur l'éducation des générations suivantes.
Et l'importance de l'école primaire grandit encore de ce fait que, de nos jours, la plupart des familles laissent à l'école, du moins dans la plus large mesure, le soin de l'éducation des enfants. Dans les villes, cette tendance est plus marquée; dans bien des cas, c'est le pensionnat qui enlève l'enfant à la famille dix mois durant; dans d'autres, et ils sont fréquents, on ajoute aux cinq ou six heures réglementaires de classe, l'étude du matin et du soir. D'une façon ou d'une autre, l'enfant vit en dehors de la famille les trois quarts du temps, et, hélas! l'autre quart est partagé entre la rue et le foyer paternel.
La tache nationale de l'école par l'éducation
En acceptant ainsi de suppléer aux parents dans la tâche de l'éducation, l'école assume donc une grande responsabilité. Si elle est bien organisée, bien dirigée, ce qu'elle doit être, en un mot, elle remplit alors une tâche vraiment nationale, en se chargeant d'élever les générations qui lui sont confiées. Je dis élever, car dans les conditions où nos écoles se trouvent, elles doivent non seulement apprendre à leurs élèves à lire, écrire et à compter; les initier aux connaissances nécessaires dans la vie, mais les instruire de leurs devoirs religieux et faire l'éducation de leur caractère. Il faut le reconnaître, l'école est généralement plus favorable que la maison paternelle à l'éducation du caractère, grâce à la discipline qui substitue dans la première une loi fixe et immuable à la direction incertaine, inégale et parfois contradictoire de la seconde. Tout dans l'école concourt à l'éducation et au redressement du carac-
tère; le contact des élèves entre eux, la présence, les leçons et surtout les exemples du maître, les prières, les devoirs, les lectures, les chants, les jeux, les punitions, les récompenses, toute la trame enfin de la vie scolaire.
De cette éducation du caractère naîtra comme naturellement la politesse et les bienséances chrétiennes qui font le charme des bonnes familles et des sociétés policées. ^'Les manières polies donnent cours au mérite et le rendent agréable, et il faudrait avoir de bien éminentes qualités pour se soutenir sans la politesse", a dit La Bruyère. La politesse s'acquiert bien plus par l'exemple que par le précepte. Cette remarque de Joubert est bien juste: ^^Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques". C'est pourquoi tout ce que dit et fait le maître en classe doit être l'expression d'un idéal sous une forme concrète, idéal soit de beauté, soit de vertu, soit de vérité.
C'est donc tout le problème de l'éducation morale, éclairée et renforcée par l'éducation religieuse, qui se joue à l'école primaire.
De l'instkuction. — Qualités professionnelles des