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RELIGION

TOAST AUX ANCIENS DU PATRONAGE, DÉCEMBRE 1907 (l)

Bien chers amis,

Une pensée généreuse nous réunit aujourd'hui au siège de notre chère Œuvre du Patronage. C'est un noble sentiment de reconnaissance qui nous groupe tous en ce moment "Sous rÊtendard de Notre-Dame". Comme en 1884, vous êtes toujours unis par les doux liens de Tamitié et de la piété. En cette fête de ITmmaculée Conception, la joie de vous revoir, chers Anciens, est bien douce. Il me semble que la Famille du Patronage est toujours la même: les enfants sont aujourd'hui plus nombreux, les aînés voient même la neige des ans blanchir leur tête, hélas ! la mort a pu faire des vides cruels dans nos rangs, mais, dites-moi, n'est-ce pas la même joie, le même bonheur d'an tan qui a régné toute la journée sous le toit béni du Patronage.

Cher Patronage, je le revois à vingt-trois ans de distance, alors que la Providence m'y conduisit en qualité d'instituteur.

(1) Chaque année, en la fête de l'Immaculée Conception, les Anciens des Unions du Patronage de Québec, œuvre admirablement dirigée par les Frères de Saint- Vincent de Paul, se réunissent au siège de l'Œuvre, 62 Côte d'Abraham. Il y a messe le matin, jeux et amusements toute la journée, bénédiction du Très Saint Sacrement à 3 heures p. m. et banquet fraternel à 5 heures.

Et ce n'est pas sans une vive émotion que je reconnais autour de ces tables plusieurs de mes anciens élèves de 1884-1885. Votre présence ici ce soir, mes chers amis, m'est bien douce. Vos figures me sont encore familières: elles me rappellent mes débuts dans l'enseignement, au sortir de l'École normale. Elles me rappellent surtout le vieux Patronage des temps héroïques, alors que cette Œuvre se bornait au patronage des écoliers. L'austère figure de la Mère Martin m'apparaît au milieu de ses marmites et chaudrons, inspectant solennellement la cuisson de potages et de consommés, qui, aux heures de classe, étaient souvent cause, hélas! de maintes perturbations comment dirai-je? — disciplinaires.

Puis je revois mademoiselle Dorval, déjà à cette lointaine époque la quêteuse modèle dont on admire encore le zèle aujourd'hui. C'est aussi le spectacle des dîners quotidiens pris par nos écoliers sur les tables mêmes de la classe; les catéchismes du dimanche chez les Sœurs de la Charité; la réunion bi-mensuelle des patrons, pendant laquelle le fond de chaque écolier était examiné soigneusement avant d'en décider le remplacement; on s'assurait aussi si les bottes étaient mau" vaises avant d'en donner des neuves.

Mais ce qui me revient surtout à la mémoire, c'est l'arrivée des premiers Frères de Saint- Vincent de Paul à Québec. Par une grise après-midi d'octobre, si je me rappelle bien, le P. Lasfargues et les bons FF. Tardé et Cointepas faisaient leur première visite au Patronage. J'étais en classe, occupé à enseigner le B. A. Ba k quatre-vingts écoliers. La prise de possession de l'École par les Frères n'eût rien que de très aimable. Le jeune maître laïque n'en éprouva que de la joie à la pensée qu'enfin l'Œuvre du Patronage possédait les vrais ouvriers nécessaires à son développement. Trois ans d\ijra)nt, je les vis à la tâche ces trois religieux de la première heure : le

P. Lasfargues avait bien voulu m'associer aux glorieux labeurs de sa fondation à Québec. Ces trois années passées dans l'enseignement sous le toit du Patronage furent pour moi, malgré une rude tâche quotidienne, de belles et d'utiles années. En voyant les Frères de Saint- Vincent de Paul à l'œuvre, je compris tout ce que l'apostolat catholique avait de beau, de noble et de captivant. Je dois à ces bons Frères, dès ma première jeunesse, l'orientation de mon humble carrière. A vingttrois ans de distance, penché sur la tombe de l'un d'eux, je dis publiquement à ces bons Frères un merci sincère pour tout le bien moral qu'ils m'ont fait.

Chers anciens, vous êtes restés fidèles à votre Union, vous êtes venus revivre pendant un jour la vie de vos jeunes années. Nous revoyons ensemble, non sans émotion, le Patronage des anciens jours. Elle n'est plus notre petite chapelle sous les toits; remplacée notre salle de récréation, témoin de tant de jeux bruyants et aussi de tant de réunions amicales; disparu notre cabinet de lecture où chaque lundi soir les fidèles de la Conférence Jésus-Ouvrier se réunissaient pour discuter les intérêts de leurs pauvres; modifiée, agrandie, multipHée la cour de récréation. Toutes ces choses revivent aujourd'hui rajeunies et embellies. Seule la galerie de l'ancien corps de logis a trouvé grâce devant les exigences des années. Chère galerie! de combien de réconfortantes causeries, aux heures délicieuses des soirs d'été, n'a-t-elle pas été témoin! Vous rappelez-vous tous les charmes du soleil se couchant par delà la belle vallée de la Saint-Charles ? vous souvient-il combien nous aimions à voir danser les aurores boréales ou à suivre la marche lente et solennelle de la lune s'élevant au-dessus de l'horizon? En compagnie des bons Frères, nous nous initiâmes aux jouissances du beau dans les œuvres du Créateur;

et, après chaque soirée, lorsque la cloche nous invitait à la prière du soir, c'est le cœur heureux et débordant d'une joie vraiment chrétienne que tous nous nous agenouillions aux pieds du Christ de la grande salle.

Heures à jamais bénies de nos années passées au Patronage, vous avez laissé dans nos âmes des traces ineffaçables. Mieux que cela, vous nous avez révélé tout ce que le Christianisme a de vivifiant et de réconfortant. Nous avons compris surtout que l'Église est la véritable amie de l'ouvrier; qu'EUe seule veut sincèrement notre bien. C'est dans la Chapelle du Patronage que nous avons appris ce refrain :

"Ouvriers, soyons chrétiens!''

Oui, soyons chrétiens dans tous les actes de notre vie; soyons fiers d'être catholiques partout et toujours!

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