C.-J. Magnan
(1) Extrait du discours des Trois-Rivières. Voir V Enseignement Primaire d'octobre 1913.
(2) Voir ci-après, mon rapport du 25 avril 1917 sur la mise en opération du programme d'études, après enquête faite à la demande du Comité catholique.
RAPPORT DE LINSPECTEUR GÉNÉRAL DES ÉCO- LES CATHOLIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉ- BEC, SUR LA MISE EN OPÉRARATION DU PROGRAMME D'ÉTUDES
A sa séance du 9 mai 1916, le Comité catholique adoptait la résolution suivante, sur proposition de l'honorable juge Martineau:
''Il est proposé par l'honorable juge Martineau, appuyé par l'honorable juge Robidoux: ''Que l'Inspecteur général soit prié de s'assurer personnellement, s'il le peut, sinon par un officier du Département de l'Instruction publique, de la proportion des enfants fréquentant les écoles de garçons et de filles de cette province qui terminent le cours élémentaire après quatre années seulement de fréquentation scolaire, le cours modèle après six années, le cours académique après huit années. Et, si cette proportion lui paraît trop faible, de bien vouloir en indiquer la cause et les moyens d'y remédier."
Afin de pouvoir renseigner le Comité catholique avec la plus grande exactitude sur les points ci-dessus indiqués et lui faire des suggestions judicieuses et pratiques, non seulement j'ai consulté les statistiques scolaires de notre province, comparé certaines années au point de vue des résultats obtenus, étudié ce qui se passe en dehors de notre province et de notre pays dans un domaine similaire, j'ai, de plus, demandé à chacun de nos inspecteurs d'écoles, au cours de la première visite de 1916-17, de faire une enquête dans son district sur les points suivants :
1 ° — Quelle est la proportion, par cent, aussi exacte que possible, des élèves de votre district qui terminent le cours élémentaire, aprèsquatre années seulement de fréquentation scolaire, le cours modèle après six années, et le cours académique après huit années ?
Si cette proportion vous paraît trop faible, veuillez en indiquer la cause et les moyens d'y remédier.
2° — (a) Quelle est la proportion, par cent, des élèves qui doivent fréquenter l'école deux ans pour faire convenablement la 1ère année du programme?
(6) Quelle est la proportion, par cent, des élèves qui doivent fréquenter l'école trois ans pour faire convenablement cette première année ?
3° — (a) Quelle est la proportion, par cent, des élèves qui doivent fréquenter l'école trois ans pour faire convenablement la 2e année du programme ?
(h) Quelle est la proportion, par cent, des élèves, qui doivent fréquenter l'école quatre ans pour faire convenablement cette deuxième année ?
é° — Est-il possible, pour la majorité des élèves de votre district, de terminer la 4e année après quatre années de fréquentation scolaire ?
5° — En moyenne, après combien d'années de fréquentation scolaire les élèves terminent-ils la 6e année du programme ?
6° — A quel âge, généralement, les élèves de votre district commencent-ils à fréquenter Técole ?
Pour mener leur travail à bonne fin, les inspecteurs ont mis à contribution l'expérience du personnel enseignant, congréganiste et laïque. De plus, j'ai moi-même consulté par écrit et oralement un grand nombre de directrices de couvents et de directeurs d'académies.
Tous ont répondu avec la meilleure grâce à l'appel qui leur avait été fait; qu'il me soit permis de leur en exprimer ici toute ma gratitude.
Observations préliminaires
C'est le 25 mai 1906 que le programme actuel de nos écoles primaires a été sanctionné par le Lieutenant-gouverneur en conseil, après avoir été adopté par le Comité catholique. Ce programme, excellent dans son ensemble, a donc dix années d'expérience à son crédit. Il a produit de bons résultats en élevant le niveau des études et en mettant à la portée du personnel enseignant d'excellentes notions de pédagogie se rapportant à la mise en opération du programme.
Les observations qui vont suivre ne sont donc pas une critique de ce programme, encore moins le procès de l'organisation scolaire de notre province. Elles sont le résultat d'une enquête qui porte exclusivement sur ce point: ''Est-il possible, avec le programme, tel que réparti actuellement, pour la majorité des élèves de nos écoles primaires, de terminer la 4e année, après quatre ans de fréquentation scolaire; la sixième après six ans, et la huitième après huit ans ?" Dans le cas d'impossibilité de parcourir les huit années du programme en huit ans, on m'a demandé d'en indiquer les causes et de faire les suggestions jugées nécessaires: ce que j'ai fait.
A noter que les auteurs du programme n'affirment pas que chaque
année du programme d'études doit nécessairement correspondre à
une année de fréquentation scolaire. Au contraire, voici ce que
disent les Règlements du Comité catholique (édition de 1915, page 57) :
"Une année pourrait suffire à la rigueur pour l'étude des matières de
chaque division ou année, avec les élèves d'un talent et d'une appli-
cation ordinaires. Dans bien des cas cependant, surtout dans les écoles élémentaires de la campagne où la fréquentation laisse à désirer et où l'instituteur doit diriger plusieurs classes à la fois, il faut faire doubler la même année aux élèves trop faibles pour passer avec profit dans une classe supérieure." Les mêmes observations se trouvent dans l'édition de 1906 : Règlements refondus.
Les pages qui vont suivre démontrent dans quelle mesure les élèves sont obligés de doubler les années ; pourquoi ils sont obligés de les doubler, et ce qu'il y a à faire pour faire cesser l'équivoque résultant de huit années de programme correspondant à onze ou douze années de fréquentation scolaire, et pour amener un plus grand nombre d'élèves à terminer chacun des trois cours.
Voici d'abord, brièvement exposé, le résultat de l'enquête, auquel vous me permettrez d'ajouter le fruit de ma propre expérience.
I — RÉSULTAT DE l'En QUÊTE
Témoignages des Inspecteurs
I. 'Troportion des enfants fréquentant les écoles de garçons et de filles de cette province qui terminent le cours élémentaire après quatre années seulement de fréquentation scolaire.
RÉPONSE : Sur 38 inspecteurs qui ont répondu à cette question, quatre donnent zéro pour cent; douze de un à cinq pour cent; onze de cinq à dix pour cent; trois de dix à vingt pour cent; cinq de vingt à ^ren^e pour cent; c?ewa; au-dessus de ^ren^e pour cent.
D'après le témoignage de vingt-sept inspecteurs, le pourcentage des élèves qui peuvent parcourir avec succès le cours élémentaire en quatre années de scolarité, varie donc de 0 à 10%, soit en moyenne 5%; 8 fixent ce pourcentage de 10 à 30, soit en moyenne, 15% et deux seuls attestent que ce pourcentage peut dépasser 30%.
On peut donc affirmer, d'après ces témoignages, que 8% au plus, terminent le cours élémentaire, après quatre années de fréquentation scolaire.
II. ''Proportion des enfants fréquentant les écoles de garçons et de filles de cette province qui terminent le cours modèle (intermédiaire) après six années seulement de fréquentation scolaire ?"
Réponse: Trente-sept inspecteurs ont répondu à cette question: cinq donnent 0 pour cent; seize de 1 à 5 pour cent; cinq de ô à 10 pour cent; cinq de 10 à 20 pour cent; six au-dessus de 20 pour cent.
D'après le témoignage de vingt-six inspecteurs, le pourcentage des élèves qui peuvent parcourir avec succès le cours modèle (intermédiaire) en six années de scolarité, varie donc de 0 à 10%, soit en moyenne 5%, onze seulement fixent ce pourcentage au-dessus de 10% (cinq de 5 à 10% et six au-dessus de 20%).
D'après ces témoignages, il appert que 6% tout au plus, terminent le cours modèle (intermédiaire) après six années de fréquentation scolaire.
III. ''Proportion des enfants fréquentant les écoles de garçons et de filles de cette province qui terminent le cours académique (supérieur) après huit années de fréquentation scolaire ?"
Réponse: Trente-sept inspecteurs ont répondu à cette question: neuf donnent 0 pour cent; quinze de 1 à 5 pour cent; six de 5 à 10 pour cent; deux de 10 à 20 pour cent; cinq au-dessus de 20 pour cent.
D'après le témoignage de trente inspecteurs, le pourcentage des élèves qui peuvent parcourir avec succès le cours acadé nique (supérieur) en huit années de scolarité, varie donc de 0 à 10, soit en moyenne 5%; deux de 10 à 20%, et cinq au-dessus de 20%.
Il importe de noter ici que tous les inspecteurs ont répondu non à la question: ''Est-il possible pour la majorité des élèves de votre district, de terminer la 4e année après quatre années de fréquentation scolaire ?"
De plus, aux questions posées concernant les élèves qui doivent fréquenter l'école deux ou trois ans pour terminer la 1ère année, les inspecteurs ont répondu comme suit : vingt inspecteurs sur trente-six déclarent que 60 à 80% des jeunes élèves doivent fréquenter l'école deux ans pour terminer la 1ère année du programme; sept fixent ce pourcentage de 50 à 60%; six de 30 à 50%, et deux seuls de 25 à 30%.
Plusieurs élèves de talent médiocre ou fréquentant irrégulièrement l'école prennent même trois ans pour parcourir la 1ère année du programme. Ce pourcentage varie suivant les milieux: mais on peut en fixer la moyenne à 15 ou 20%.
Quant à la 2e année, le pourcentage est à peu près le même que pour la 1ère: c'est la majorité des élèves qui doivent fréquenter l'école trois ans et un certain nombre quatre, pour terminer la 2e année de programme. C'est à peu près la même proportion pour la 3e année.
Le nombre d'années requises pour terminer la 6e année est déterminé comme suit par les inspecteurs: un donne 6 ans; un, 7 ans; trois, 7 ou 8 ans; quinze, 8 ans; sept, 8 ou 9 ans; six, 10 ans; les autres n'indiquent pas le pourcentage.
Autres témoignages
En plus des inspecteurs régionaux, j'ai consulté, soit oralement, soit par écrit, plusieurs directrices et directeurs d'écoles congréganistes. Tous s'accordent à dire qu'il est impossible, non seulement à la majorité des élèves, mais même à la moitié des élèves de parcou-
rir avec succès, et d'une façon normale le cours élémentaire en quatre ans, le cours modèle en six ans et le cours académique en huit ans. Les directrices et les directeurs des écoles d'application annexées aux écoles normales, sont du même avis. Et c'est bien aussi le mien, appuyé sur une longue expérience personnelle.
II — Statistiques :
Les statistiques du Département de l'Instruction publique corroborent ces témoignages.
En 1910-11, le rapport du Surintendant signale (aux pages 224, 308,316): ^
En 4e année: 33,162. *
En 6e année: 9,139.
En 8e année: 1,618. f:
Et ce sur un total de 340,024.
Ce qui donne, sur le total, 9.8% en 4e année, 2.7% en 7e et 0.5 en 8e.
En 1914-15, les statistiques de l'enseignement, publiées en 1916 par le Bureau des Statistiques (aux pages 20 et^21), donnent : ^
En 4e année: 41,639.
En 6e année: 8,366.
En 8e année: 2,016.
Et ce sur un total de 392,985.
Ce qui donne sur le total 10.6% en 4e année, 2,1% en 6e et 0.5% en 8e.
On le voit, la proportion est restée à peu près la même de 1910-11 à 1914-15. Cette statistique ne signifie nullement qu'il n'y a pas eu de progrès durant les cinq dernières années, mais prouve qu'aujourd'hui, comme il y a cinq ans, il est généralement impossible de parcourir le programme d'études, tel que réparti actuellement, en huit années de fréquentation scolaire.
En comparant les catégories d'âge scolaire avec le nombre d'élèves dans les différentes années du cours, on arrive à la même conclusion: impossibilité pour la masse des élèves, avec la répartition actuelle du programme, de terminer la 4e année du programme après quatre années de fréquentation scolaire; la 6e année après six ans, et la 8e après huit ans.
Ainsi en 1914-15, (voir Statistiques! de l'Enseignement, pour 1914-15), sur un total de 392,985 élèves inscrits aux écoles, il y avait 73,052 en 4e, 5e, 6e, 7e, et 8e années, laissant la différence, 319,933 en 3e, 2e et 1ère années.
Or, il n'y avait aux écoles en 1914-15 que 76,488 enfants (garçons et filles) de 5 à 7 ans, sur un total de 392,985, laissant la différence, 316,497 dans la catégorie de 7 ans et au-dessus. Ce dernier nombre se décompose comme suit :
7 à 14—283,974; 14 à 16—25,690; au-dessus de 16—6,833.
Comme la 1ère année renfermait à elle seule 152,105 élèves, il appert, après avoir retranché le nombre des enfants de 5 à 7 ans, soit 76,438, que 75,667 eilfants de 7 à 14 sont en première année. (1)
En retranchant ces 75,667 du total des enfants de 7 à 14 ans (283,974), il y a une différence de 208,307 qui sont répartis en 2e, 3e, avec la balance en 4e année. Voici cette répartition, d'après les Statistiques de V Enseignement pour 1914-15, pages 20 et 21 :
2e année: 95,938
3e année: 71,890
balance en 4e année : 40 , 479
Total. ..... 208,307
Comme les mêmes statistiques nous donnent 41,039 en 4e année, il y avait donc 1,160 élèves au-dessus de 14 ans en 4e année.
Il faut admettre que ces chiffres ne sont pas absolus, car il arrive parfois que certains élèves bien doués arrivent à la cinquième vers 13 ou 14 ans, tandis que d'autres sont encore en 3e ou 4e à l'âge de 15 ans.
Mais, dans leur ensemble, ces statistiques confirment le témoignage des inspecteurs, savoir il faut plus de quatre, de six et de huit ans pour terminer respectivement la 4e, la 6e et la 8e année:
Si des statistiques générales de la province on descend à celles de comtés, le résultat est le même.
En RÉSUMÉ: il est impossible avec la répartition actuelle du programme d'études, de terminer la 4^ année, après quatre ans de fréquenation scolaire, la 6e année après six ans et la 8e après huit ans.
IIÏ — Causes qui empêchent la masse des élèves de terminer LA 4e, LA 6e et la 8e année du programme, après quatre,