SIX, ET HUIT ANS, RESPECTIVEMENT
Ces causes sont multiples, mais toutes se ramènent aux chefs suivants :
1° — Programme trop étendu pour être parcouru avec fruit en huit années — les quatre premières années, particulièrement, renferment trop de notions pour que des enfants de 6 à 10 ans puissent les étudier sérieusement en quatre ans.
(1) Voir Statistiques de l'Enseignement pour 1914-15, pages 18, 19, 20 et 21.
2° — Fréquentation scolaire irrégulière chez les élèves de 6,6 et 7 ans pendant la saison d'hiver.
3° — Changements trop fréquents d'institutrices. Dans mon dernier rapport à M. le Surintendant, j'ai signalé cette cause de faiblesse dans nos écoles primaires. Ainsi en 1915-16, il y a eu changements d'institutrices dans 3,251 arrondissements: ce n'est que 45 de m.oins qu'en 1914-15.
4° — Encombrement des classes, des petites classes surtout. Et dans les écoles à une seule institutrice, particulièrement, les tout jeunes élèves restent souvent inoccupés durant la journée.
5° — Incompétence de plusieurs institutrices, particulièrement des non-diplomées, qui étaient encore au nombre de 673 en 1914-15, contre 787 en 1910-11. Il y a donc eu progrès sur ce point.
6° — L'absence d'écoles de garçons {à la campagne) dirigées par des maHres. Dans les écoles mixtes, c'est un fait établi par l'expérience, les garçons abandonnent la classe à 12 ou 13 ans, parfois à onze ans(l).
7° — Scolarité écourtée: à la campagne, nombre d'élèves, les garçons surtout; quittent la classe à 12 ou 13 ans pour aider les parents aux travaux de la ferme.
8° — Enfin, et sur ce point, je suis encore d'accord avec tous les inspecteurs et la grande majorité du persoDnel enseignant, le manque de sanction à la fin de chaque cours (certificats d'études) est une des causes, et non la moindre, du manque d'émulation chez les élèves, et du peu d'intérêt chez les parents aux choses de l'école.
IV — Remèdes
1° — Répartir les matières actuelles du programme sur onze années au lieu de huit.
2° — Favoriser une meilleure fréquentation scolaire chez les tout petits, en créant un cours préparatoire distinct où ils seront sous la direction d'une institutrice qualifiée.
3° — Assurer plus de permanence chez le personnel enseignant, en engageant les commissions scolaires à accorder chaque année, une prime spéciale aux institutrices compétentes qui resteront durant au moins trois années consécutives dans la même école.
4° — Prévenir l'encombrement des classes en réduisant le maximum des élèves qui peuvent être confiés à un seul instituteur (ou institutrice). Voir l'article 30 des Règlements du Comité catholique.
(1) Grâce aux primes accordées par le gouvernement aux municipalités rurales ou de villages qui engagent des maîtres (religieux ou laïques) pour diriger les écoles modèles et les académies de garçons, le nombre de ces écoles, qui n'était que de 64 en 1911-12. a atteint 105 en 1915-16.
5° — Favoriser de plus en plus rélévation des traitements.
Aussi, continuer, pour les institutrices, les congrès diocésains pédagogiques inaugurés à Montréal en 1901, et organiser des cours de perfectionnement professionnel — durant l'été — dans chaque district scolaire.
6° — Encourager de plus en plus les municipalités à engager des maîtres pour diriger les écoles modèles et académies de garçons.
7° — Établir le Certificat d'études comme sanction et couronnement de chacun des trois cours (élémentaire, intermédiaire, supérieur).
V — Suggestions
Que les matières des huit années du programme actuel soient réparties comme suit:
1ère et 2e années: trois ans: cours préparatoire. 3e et 4e années : trois ans : cours\élémentaire. 5e et 6e années : trois ans : cours intermédiaire. 7e et 8e années: deux ans: cours supérieur.
Ainsi répartis, les matières des premières années seraient mieux étudiées, mieux approfondies et partant mieux comprises: ce qui favoriserait singulièrement l'étude des matières des années ultérieures.
Un enfant qui commencerait à fréquenter l'école à cinq ans, pourrait terminer le cours élémentaire à 11 ans, le cours intermédiaire à 14 ans et le cours supérieur à 16 ans.
Tous les élèves ne pourront faire le cours supérieur — ce cours sera toujours réservé à une élite dans notre province comme dans les autres pays — mais la masse pourrait terminer le cours intermédiaire, bien suffisant pour les besoins de la majorité des élèves, si toutes les matières en ont été bien étudiées.
Moins pressé dans 'la course au programme", les maîtres et les maîtresses enseigneront avec moins de hâte (permettant aux élèves de mieux digérer ce qu'ils absorbent chaque année) et pourront accorder plus d'attention à l'éducation agricole et à l'éducation ménagère. L'adaptation du programme aux besoins du miheu serait ainsi rendu plus facile.
Puis tout équivoque dans les statistiques cesserait, quant à la clasaifira'ion des élèves dans le? di érentes années du cours.
Il y a deux ans, poussé par les mêmes besoins qui nous pressent, le Comité protestant de cette province a distribué les matières des huit années des écoles protestantes sur onze ''grades" ou années (Je fréquentation scolaire. (1)
Le cours des écoles publiques d'Ontario est réparti comme suit: le Kindergarten (classe enfantine) élèves de 4 à 6 ans; l'École primaire: quatre cours de deux années chacun (élèves de 6 à 14 ans); un Cours complémentaire de deux années pour les écoles rurales (élèves de 14, 15 et 16 ans) autrefois appelé ''Continuation Class". Ce cours est équivalent, quant au programme, à la Lower School ou deux premières années des High Schools des villes ; il est aussi connu sous le nom de Fifth Class. De plus, avec l'approbation de l'inspecteur des "continuation schools", on peut ajouter au Cours complémentaire une nouvelle année, où l'on enseigne les matières de la Middle School ou de la troisième année de la High School. — Au total, onze ou treize ans. (2)
En France, la durée des études est comme suit: classes enfantines, une ou deux années — écoles primaires, cours élémentaire, 2 ans — cours moyen, 2 ans, et cours supérieur, 2 ans — école primaire supérieure, 3, 4 et même 5 ans, suivant les besoins du milieu. (3) — Au total, douze ou treize ans.
Qu'un cours préparatoire, conformément à la répartition du programme ci-dessus suggérée soit créé, afin que les enfants de 5 à 9 ans soient groupés ensemble, pour recevoir un enseignement convenable à leur âge.
Qu'une prime soit accordée par les commissions scolaires aux institutrices qui resteront durant au moins trois années consécutives dans la même école.
(1) Voir Memoranda of Instruction for Teachers. — Protestant Model Schools and Académies of the Province of Québec. — Québec (Dept of Public Instruction)
(2) ''Système scolaire de la province d'Ontario". — Hawkesburry, 1909. "Régulations, Courses of Study, etc., etc., of the Public and Separate Schools
of Ontario", Toronto, 1914.
(3) Pichard, Code de V Instruction primaire.
Que Tarticle 30 des Règlements du Comité catholique soit modifié en fixant à quarante au lieu de cinquante le maximum d'élèves pour les écoles élémentaires, et à trente-cinq, au lieu de quarante pour les écoles modèles ou académiques.
(a) Que rélévation des traitements soit de plus en plus favorisée.
(b) Que les congrès pédagogiques diocésains soient continués et que des cours de perfectionnem^ent professionnel soient organisés, au cours de l'année scolaire, dans les villes, et durant les vacances de Tété, dans les campagnes, un cours au moins par district scolaire.
Que la subvention accordée si généreusement par le gouvernement aux municipalités qui engagent des maîtres pour diriger les écoles modèles et les académies de garçons, soit augmentée, afin que la dite prim.e le soit dans la m^ême proportion.
Qu'un certificat d'études soit créé comme sanction de chacun des trois cours: élémentaire, intermédiaire, supérieur. (l)
Ce certificat devra être une attestation d'études primaires effectivem.ent faites, et non la preuve que tant d'élèves, dans chaque école, ont été suffisamment gavé pour satisfaire aux examens. L'examen pour certificat d'études devrait porter particulièrement sur les matières principales.
Il n'est nullement nécessaire que le certificat d'études devienne obligatoire; ce qui vaut mieux, c'est de donner à la possession de ce certificat une condition de faveur pour ' 'monter de classe", bénéficier d'une bourse, être admis à une école spéciale, entrer dans un atelier ou dans le commerce, etc.
La création du certificat d'études suppose l'établissement d'un bureau spécial, dont la mission serait d'organiser les examens nécessaires conformément à des règlements fixés par le Comité catholique. C'est là certes une diflfiiculté. Mais cette difficulté peut se résoudre
(1) Lors du dernier congrès des inspecteurs d'écoles (décembre 1911), un vœu fut adopté en faveur de l'établissement d'un certificat d'études primaires. Voir à ce sujet le compte-rendu officiel du congrès publié dans V Enseignement Primaire de juin 1912.
comme l'a été si avantageusement celle de l'établissement d'un Bureau central d'examinateurs pour les aspirants au brevet d'enseignement, en 1898, qui a remplacé une trentaine de petits Bureaux disséminés à travers la province. (1)
Les frais de ce Bureau central et ceux des Bureaux régionaux qui en dépendraient, seraient en partie à la charge des commissions scolaires—pour la plus large part — et en partie aux frais du Gouvernement. (2)
VI — CONCLUSUON
L'organisation scolaire de la province de Québec, après plus d'un demi siècle d'efforts soutenus, est complète dans ses cadres, c'està-dire lois, règlements et programmes. Le personnel enseignant luimême va chaque année s'améliorant et les conditions matérielles des écoles se sont transformées pour le mieux depuis quinze ou vingt ans. La fréquentation scolaire des élèves inscrits en classe atteint un pourcentage élevé et le nombre des écoles modèles et des académies qui obtiennent officiellement ce titre augmente annuellement.
Les fournitures classiques des écoles: manuels, cartes, atlas, tableaux muraux se sont perfectionnés notablement depuis une quinzaine d'ann(^es surtout, en même temps que les méthodes et les procédés d'enseigneirent.
Mais, en dépit de la perfection de nos cadres scolaires, il reste encore quelque chose à faire pour permettre au système que ces cadres renferment et soutiennent de produire le meilleur rendement possible. Voilà le point sur lequel doivent porter tous nos efforts. Il ne s'agit plus aujourd'hui, me semble-t-il, de grandes réformes qui modifieraient notre système scolaire dans ses lignes essentielles, mais bien plutôt de prendre les mesures opportunes pour mettre en valeur le dit système, résultat d'une longue expérience, et de lui faire produire tout le bien que Ton est en droit d'en attendre.
Cette mise en valeur du système scolaire comment peut-elle s'exprimer ? — par V efficacité de V école.
(1) Au centre de chaque district scolaire, un Bureau régional pourrait être établi: l'inspecteur d'écoles du district en serait le président. C'est à ce bureau qu'incombrait la tâche de choisir les délégués préposés aux examens dans chaque municipalité, et de corriger les devoirs donnés aux élèves à l'examen écrit. Les questions des examens seraient préparées par le Bureau central, à Québec, et les certificats accordés par le dit Bureau, qui aurait aussi pour mission de faire observer les règlements régissant les dits examens.
(2) Pour l'organisation du Certificat d'Études en France, en Suisse et en Belgique, voir Les Ecoles primaires et les Ecoles normales en France, en Suisse et en Belgique. — C.-J. Magnan, Québec, 1909,
Uefficacité de Vécole, tout est là. Et dans les suggestions qui précèdent, c'est cette efficacité qui est exclusivement visée. Elles se rapportent toutes: (a) à une mise en opération plus efficace du programme d'études; (6) à l'attention toute particulière qui doit être accordée aux classes des tout petits; (c) à une meilleure compétence des instituteurs et des institutrices et à plus de permanence du personnel enseignant dans la même école; (d) au désencombrement des classes; (e — ) à la multiplication des écoles de garçons dirigées par des maîtres; (/) au perfectionnement professionnel des instituteurs et des institutrices; (g) à l'établissement d'un certificat d'études, sanction du travail des élèves et des maîtres et émulation puissante, qui encouragerait les élèves à poursuivre leur scolarité au-delà de 12 ou 13 ans et stimulerait le zèle des parents qui auraient un motif tangible pour ne pas retirer trop tôt leurs enfants de l'école.