C.-J. Magnan
(l) Voir dans les Rapports du Surintendant de l'Instruction publique, depuis I9O7, les rapports annuels des inspecteurs d'écoles des comtés d'Ottawa, Pcntiac et Labelle.
EN MARGE D'UN VOYAGE(l)
Un rapport sur notre mission scolaire en France, en Suisse et en Belgique sera soumis au Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique à la session d'octobre prochain. (2)
Et dans la livraison de novembre, nous l'espérons du moins, nous commencerons la publication d'un modeste Récit de voyage, préparé spécialement pour le personnel enseignant.
Mais dès maintenant, nous sentons le besoin de dire à nos lecteurs combien nous les remercions pour toutes les sympathies, les vœux et les prières qui ont précédé et accompagné notre voyage. Merci aussi pour toutes ces lettres qui ont salué notre retour avec tant de délicatesse : nous n'avons pu répondre à toutes, mais à tous, nous disons un cordial merci.
Le 15 mars dernier, nous quittions Québec et le 18 juin nous étions de retour dans la vieille capitale.
Pendant ces trois mois, nous avons traversé l'Atlantique deux fois, (3) visité la France, l'Italie, la Suisse, la Belgique et l'Angleterre. Dans chacun de ces pays, nous avons séjourné dans plusieurs villes et quelques campagnes. (4)
Dans chacune des villes et villages où nous sommes descendu : en France, en Belgique et en Suisse, nous nous sommes fait un devoir de visiter des écoles primaires de tous les degrés et de nombreuses écoles normales libres ou officielles. (5)
(1) De l'Enseignement Primaire de septembre 1909.
(2) Ce rapport a été soumis au Comité catholique à sa séance dejmai 1910.
(3) A l'aller, de New- York au Havre, par la Provence, de la ligne transatlantique; au retour, de Liverpool à Québec, par le Victorian, de la Ligne Allan
(4) En France: Le Havre, Rouen, Paris, Versailles, La Garenne, St-Cloud, St-Amand, Avignon, Marseilles, Nice, Chamonix, Argentière, Lyon, Dijon, Orléans, Blois, Poitiers, Bordeaux, Lourdes, Amiens.
En Italie: Gênes, Rome, Florence, Venise, Milan. En Suisse: Lucerne, Fribourg, Lausanne, Genève.
En Belgique: Tournai, Mons, Bonne-Espérance, Bruxelles, Liège, Gand, Bruges, Ostende.
En Angleterre: Douvres, Londres, Liverpool.
(5) En France: 3 écoles maternelles, 10 écoles primaires, 8 écoles normales primaires, 1 école primaire supérieure. Plusieurs écoles contiennent de 6 à 10 classes.
En Suisse: 2 écoles primaires, 3 écoles secondaires : dans chacune sections primaires supérieures et section normale ou pédagogique, 1 pensionnat d'Ursulines, 2 écoles ménagères, 1 école normale primaire de garçons, un musée pédagogique (celui de Fribourg).
En Belgique: 3 écoles primaires, 3 couvents de religieuses, 6 écoles normales, 1 école spéciale (École Saint-Luc, à Tournai, dirigée par les Frères des École? chrétiennes). Total : 44 institutions d'enseignement.
Partout on nous a reçu avec la plus parfaite cordialité. En France, l'accueil a été particulièrement sympathique.
Ici, qu'il nous soit particulièrement permis de payer un tribut de reconnaissance à notre distingué compatriote, M. Paul de Cazes, ex-secrétaire du département de l'Instruction publique de Québec, fixé à Paris depuis un an;(l) à M. Hector Fabre, commissaire canadien à Paris, à M. Chs ab der Halden, inspecteur primaire dans le départem^ent du Cher, à M. H. Vigier, le sous-chef du Bureau au Ministère de l'Instruction publique à Paris, à M. le Secrétaire de l'Instruction publique de Fribourg, à M. Duclos, président des Écoles à Lucerne, à M. Duchosal, secrétaire du Département de l'Instruction publique à Genève, et enfin à M. Corman, directeur de l'Enseiment primaire, au ministère des Sciences et des Arts, à Bruxelles.
Nous ne saurions taire aussi les noms de Monseigneur Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris, de M. P. Calon, président général de la Société de Saint- Vincent de Paul, du colonel Keller, président de la Société générale d'Éducation et d'Enseignement, de M. Jean Lerolle, ex-président de l'A. C. J. F., de M. Pierre Gerlier, le président actuel de l'A. C. J. F., de M. Maurice deOailhard-Bancel, président de l'Association des Étudiants catholiques de Paris. Tous ces personnages nous ont honoré de leur bienveillante amitié et bien voulu nous inviter à des fêtes et à des démonstrations inoubliables.
Nous sommes heureux de joindre à cette nomenclature tous les directeurs des institutions d'enseignement que nous avons eu le plaisir de visiter.
Dans les écoles primaires comme dans les écoles normales, nous avons été traité en confrère.
Partout on nous a facilité notre tâche, en nous associant avec amabilité à la vie scolaire: d'ordinaire, nous entrions dans une école à 8 ou 9 heures du matin pour n'en sortir qu'à midi, après avoir assisté aux classes ou aux cours; souvent même nous dûmes passer du rôle d'élève, que nous nous étions assigné, à celui de professeur.
Nous avons eu l'avantage de voir fonctionner sur place des systèmes scolaires différents, parfois bien imparfaits au point de vue religieux, mais, c'est notre devoir de le dire, très perfectionnés au point de vue pédagogique.
Nous avons vu les institutrices maternelles et les instituteurs (et institutrices) primaires à l'œuvre; nous avons entendu les cours de
(1) Voir un article de M. de Cazes dans Le Soleil de Québec, 25 juin 1909. Cet article est intitulé: Un professeur canadien en France. M. Paul de Cazes, qui fut secrétaire du Département de l'Instruction publique de Québec pendant de nombreuses années, demeurait à Pp,ris, lors de notre voyage en France.
plusieurs professeurs d'écoles normales, assisté aux exercices d'enseignement pratique des élèves-instituteurs et des élèves-institutrices dans les écoles d'application.
Ce qui se dégage avec le plus de netteté et de persistance de nos multiples observations pédagogiques, ce sont les points suivants:
(a) Excellence de la formation professionnelle du corps enseignant-, formation professionnelle mise en relief par une culture générale sérieuse ;
(6) Soins apportés par les instituteurs et les institutrices à l'enseignement de la langue française, soit parlée, soit écrite: le langage et la rédaction sont l'objet d'une attention constante (en France surtout) ;
(c) Politesse exquise chez le personnel enseignant et chez les élèves ;
{d) Grande simplicité dans les vêtements, chez les jeunes filles des pensionnats et des écoles normales;
{e) Bonne discipline des élèves en classe;
(/) Excellentes conditions hygiéniques des écoles (en Suisse et en Belgique particulièrement) ;
{g) Émulation dans le corps enseignant: les autorités scolaires encourageant les efforts de ceux qui travaillent et se distinguent dans la carrière de l'enseignement.
Certes, en France notamment, le caractère neutre, presque païen de l'école officielle nous a attristé, l'absence du Christ des salles de classe profondément affligé. En Suisse, nous avons remarqué avec peine que les catholiques sont traités avec parcimonie dans les Cantons protestants. En Belgique même, nous avons constaté que dans les municipalités gouvernées par les radicaux, l'école officielle est redoutée des catholiques.
Toutes ces constations nous ont fait encore mieux apprécier notre admirable organisation scolaire (dans la province de Québec), qui assure à tous la vraie liberté en matière d'enseignement.
Néanmoins, au point de vue méthodologique, combien nous avons admiré, là-bas, la valeur du praticien, l'habilité du professeur l
Une autre constatation: je n'ai rencontré nulle part d'écoles de jeunes filles mieux aménagées, mieux organisées, plus propres, plus agréables que ne le sont la plupart de nos couvents canadiens.
Ces maisons, un grand nombre du moins, peuvent être comparées avec avantage aux institutions similaires de l'Europe.
Mais quelles que soient nos qualités, sachons bien qu'il nous reste encore beaucoup à apprendre, beaucoup à faire.
La pédagogie est une science avant tout chrétienne. Étudionsla donc avec soin, assimilons-nous en les secrets indispensables à l'éducateur.
La méthodologie, partie pratique de la pédagogie, est un vaste champ où il faut glaner sans relâche si nous voulons nous élever au premier rang dans la carrière de l'enseignement.
N'ayons crainte de dérober aux anciens peuples les armes perfectionnées qu'ils ont su se forger, parfois pour combattre l'Église: servons-nous en pour la glorification et la défense du Christianisme.
Notre voyage n'a pas eu qu'un aspect pédagogique. Délégué de la Société de Saint- Vincent de Paul, à Rome, professeur dans une école normale, ami de la jeunesse catholique, ces différents titres nous ont valu, à Rome et en France, des démonstrations que nous n'oublierons jamais.
A Orléans comme à Paris, nous avons compris combien les liens du sang sont puissants, combien l'idée religieuse est éminemment fraternelle. (1)
La Nouvelle-France ne peut que gagner à mieux connaître la France catholique.
J'arrête ici le cours de mes impressions. Le Havre, (2) Rouen et Orléans (remplis des souvenirs de la bienheureuse Jeanne d'Arc); Paris, si hospitalier, centre merveilleux des sciences et des lettres; Avignon, Nice, Gênes, Rome surtout où nous avons eu le bonheur de voir le Pape, de lui parler, d'être témoin des incomparables fêtes de Jeanne d'Arc; Lourdres, Florence, Venise, le Mont-Blanc, Lyon et les vieilles villes historiques de Dijon, Blois, Poitiers, Amiens, enfin Bruxelles, Liège, (3) Bruges, la Venise du Nord, ville du moyen-âge admirablement conservée, Londres, etc.:tous ces noms évoquent des souvenirs et des émotions dont le charme vivra toujours dans notre âme.
Au-dessus de tous ces souvenirs flottent comme un nuage mélancolique que dore le soleil couchant en nos soirs d'automne, les impressions si touchantes emportées des antiques cathédrales gothiques qui sont encore l'orgueil de notre ancienne mère-patrie et sous les voûtes desquelles plane toujours la grande poésie du passé, l'idéale beauté du Christianisme et la ferme espérance en l'avenir catholique.