C.-J. Magnan
(1) Trois compatriotes distingués, MM. les abbés LeBon, du collège de Sainte-Anne, Groulx, du collège de Valleyfield, et Warren, du Séminaire de Chicoutimi, assistaient aux fêtes inoubliables d'Orléans et de Paris.
(2) Notre grand poète national, Crémazie, repose dans le cimetière du Havre.
(3) A Ans, près Liège, dans la chapelle des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, nous sommes allés, ma femme et moi, en pèlerinage au tombeau de Saint- Vincent de Paul, transporté par prudence, il y a deux ans, de Paris en Belgique.
Autographe de la Bénédiction accordée à C.-J. Magnan, délégué de la Société de Saint- Vincent de Paul à Rome, le 22 avril 1909, par Sa Sainteté Pie X, aux bienfaiteurs du Patronage Laval de Québec.
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{Traduction)
Que Dieu comble de ses bénédictions tous ceux qui donnent quelque chose à cette Œuvre. (Voir page 527),
CHEZ LE PAPE(l)
Durant mon séjour à Rome, j'ai eu le bonheur de voir le Pape cinq fois: deux fois sous les auspices de la Société de Saint- Vincent de Paul; deux autres fois à l'occasion des fêtes inoubliables de Jeanne d'Arc; enfin, une cinquième fois, en audience privée, grâce à la protection de son éminence le cardinal Secrétaire d'État, à qui j'avais été recommandé par S. G. Monseigneur l'Archevêque de Québec, Monseigneur L.-A. Paquet et Monseigneur Rouleau.
Le mercredi 21 avril, la lettre d'audience tant désirée était apportée à mon hôtel par un envoyé du Vatican, et le lendemain matin, dès 11 heures, ma femme et moi franchissions, avec une émotion intense, la Porte de Bronze, qui donne accès à la maison du Père commun des fidèles.
En gravisant le grand escalier de marbre, le cœur bat plus vite qu'à l'ordinaire; nous débouchons ensuite dans la cour Saint-Damase que nous traversons pour pénétrer dans les appartements du Pape. Nous parcourons une longue suite de salons et l'on nous assigne celui qui précède la salle du trône: Sala del Tronetto. C'est dans cette pièce que, seuls ma femme et moi, dans quelques minutes, nous nous trouverons en présence du Vicaire de Jésus-Christ.
Avec une précision et une intensité que je n'avais jamais soupçonnées, la foi si pure, si douce de mon enfance, l'enseignement du Petit Catéchisme, la croyance en l'Église du Christ et en l'Infaillibilité de son Chef, prennent corps et m'apparaissent lumineuses comme le soleil et inébranlables comme un roc.
Un bruit de pas m'arrache à ces réflexions: c'est le général de Charette, accompagné de trois autres généraux français et d'un gardenoble, qui sortent d'une audience avec Sa Sainteté, dans la salle du Petit Trône. Le garde-noble avec qui nous avions causé quelques minutes auparavant, et qui nous avait appris la présence de l'illustre général français dans la salle voisine, veut bien dire à Charette, en passant près de nous, Canada. A ce mot le héros de Patay nous
tend amicalement la main et dit: ^'Ah! ces chers Canadiens hier,
précisément, j 'ai reçu une lettre de votre digne commandant Rouleau amitiés de ma part à tous les vieux camarades de là-bas "
En ce moment, l'un des secrétaires de Sa Sainteté nous prévient de l'arrivée du Pape. En effet, dans l'encadrement de la large porte qui sépare le salon où nous sommes et la salle du Trône, apparaît Pie X, nous souriant avec une grande bonté mêlée de tristesse. Nous tombons à genoux, tenant dans nos mains les objets de piété que nous désirons faire bénir.
(1) Reproduit des Fleurs de la Charité, juillet 1909.
Le Secrétaire annonce: '*M. Magnan, délégué de la Société de Saint- Vincent de Paul, du Canada, et professeur à T École normale Laval, de Québec."
Aux mots de ' 'Société de St- Vincent de Paul", la physionomie du Pape s'illumine et toute trace de souci disparaît. Sa Sainteté nous bénit d'abord paternellement, daignant même s'incliner pour tracer de plus près des signes de croix sur les objets que ma femme offrait à sa bénédiction.
Dominant mon émotion, j'énumérai à Sa Sainteté les personnes et les œuvres que je désirais recommander à sa paternelle bonté: mes enfants, mes parents, la Société de Saint-Vincent de Paul du Canada et son vénéré président général, M. Hamel, les Conférences de Québec, leurs pauvres et leurs œuvres, en particulier le Patronage, l'École normale Laval, etc., etc.
Puis je lui offris l^ Enseignement Primaire. A ce moment, Pie X nous invita avec douceur à nous lever. Je profitai de cette intention délicate afin d'expliquer plus facilement le but de ma revue et le rôle qu'elle s'efforce de remplir dans nos écoles. Jamais je n'oublierai l'air de contentement qui anima le regard du Saint-Père quand je lui dis que les écoles de la province de Québec étaient oflficiellement catholiques; que l'Église et l'État vivaient en paix dans cette province; que V Enseignement Primaire, revue patronnée par mon Archevêque et recommandée naguère par tous les Évêques de la province siégeant au Conseil de l'Instruction publique (Comité catholique), revue qui s'efforçait de faire aimer Jésus-Christ et son Vicaire par les trois cents mille enfants de nos écoles primaires, était distribuée gratuitement par le gouvernement dans toutes les écoles catholiques. Mes paroles arrachèrent au Pape un très bien exprimant une si profonde satisfaction, que je lui demandai de bénir spécialement ma revue, tous ses collaborateurs, lecteurs et bienfaiteurs.
La bonté du Saint-Père était si touchante, l'intérêt que mes brèves remarques semblait avoir éveillé chez. lui, si manifeste, que je résolus de lui demander ce que l'un des Camériers m'avait dit inutile d'espérer: faire apposer la signature du Saint-Père au bas du plan du Patronage Laval, plan que je lui montrai à l'instant même.
Dès les premiers mots: "Un Patronage pour les petits pauvres , Très Saint-Père", la figure de Pie X, de souriante qu'elle était jusque là, exprima une exquise tendresse que voilait l'air de tristesse plutôt habituelle chez Sa Sainteté. Alors il me fallut entrer dans quelques détails: ''Patronage pour les enfants pauvres, spécialement pour les enfants en retard et qui n'ont pas fait leur Première Communion ; Patronage de jeunes gens et œuvres de préservation; Œuvre fondée par la Société de Saint- Vincent de Paul et confiée aux Frères du même
nom; œuvre bénie par S. G. Monseigneur Bégin et placée sous le patronage de S. G. TÉvêque Auxiliaire de Québec; une œuvre aidée par toutes les sociétés catholiques de cette ville". Non seulement le Saint-Père voulut bien signer le document que je lui présentais, mais il poussa la condescendance jusqu'à écrire la bénédiction qui suit:
^'Deus repleat omni benedictione quotquot ad hoc opus aliquid impendunt.''
''Que Dieu comble de ses bénédictions tous ceux qui contribuent de quelque manière que ce soit à cette œuvre.' \1)
De nouveau le Pape nous bénit, ma femme et moi, et nous entendîmes ces dernières paroles: ''Dieu soit avec vous".
Le blanc Vieillard disparut, nous laissant sous l'empire d'une émotion qu'il est impossible de définir. Nous avions passé dix minutes avec le Vicaire de Jésus-Christ, dix minutes à nous seuls. Nous avions entendu sa voix si douce, baisé sa main paternelle; ses regards, par où l'on croit entrevoir le ciel, s'étaient abaissés sur nous; il avait daigné écouter nos demandes, bénir nos chers enfants, si loin de nous en ce moment et que nous aurions voulu voir si près; il avait écouté avec une attention soutenu ce que je lui avais dit sur les œuvres qui me tenaient le plus au cœur; encouragé nos efforts par des paroles approbatrices. Et mettant le comble à tant de faveurs. Sa Sainteté écrivait une bénédiction spéciale en faveur de cette belle œuvre du Patronage Laval, si chère à la Société de Saint- Vincent de Paul de Québec.
Nous retraversâmes les grands salons, le cœur inondé de joie, les yeux humides de larmes bien douces : nous venions de vivre l'un des plus beaux moments de notre vie.