LA CHANSON DU CERISIER
Au printemps le bon Dieu dit: "Mettez la table du petit ver." Aussitôt le cerisier se couvre de feuilles vertes.
Engourdi dans sa demeure, le petit ver s'éveille, s'étire; puis il se met à ronger les petites feuilles, et dit : "Ce festin est délicieux, qui donc me l'a préparé ?"
Alors le bon Dieu dit de nouveau: "Mettez la table à la diligente abeille." Aussitôt le cerisier se met à pousser mille et mille fleurs blanches.
Et l'abeille éveillée dès l'aurore, s'envole sur le cerisier; elle visite nombre de fleurs, et de chacune elle pompe une goutte de liqueur. "Ah! quelle délicieuse boisson, dit-elle, en revenant au rucher pour composer son miel."
L'été vient et le bon Dieu dit: "Mettez la table du petit oiseau." Aussitôt mille fruits frais apparaissent sur le cerisier.
Le petit oiseau accourt en gazouillant: "Ah! quel régal pour mes petits, dit-il, comme cela va les fortifier."
En automne le bon Dieu dit: "Desservez la table, tous sont rassasiés." Et le vent froid du nord commence à souffler, il fait grelotter le cerisier.
Les feuilles flétries tombent sur le sol; le vent les enlève et les fait voltiger en l'air.
Voici l'hiver et le bon Dieu dit: "Recouvrez tout ce qui reste."
Et la neige se met à tomber à gros flocons, elle forme un tapis blanc et épais et toute la nature se repose dans un profond sommeil. (1)
(1) D'après Hebel.
Un autre jour, ce sera cette belle, admirable et naïve page de Louis Veuillot: