‹ Au seuil de l'espoirChapitre 3 sur 3 · uyant comme Léclair d'un sillage d'ondines · texte numérisé non relu

uyant comme Léclair d'un sillage d'ondines

Toute fluette sous le corossol puissant,

Timide haleine des énormes barbadines.

La mer semble un mur bleu qui touche les volets liltrant des infinis lumineux — et voilés ; Et les trois- m;\ts montant de la plage aux nuages Sous le bois lamelle, gracile, — aérien^ —

Font que la pièce ombreuse et solaire contient Toute l'angoisse ivre et large des longs voyages

Dans la chaude langueur de l'éternel beau temps. Zaza songe, — les yeux plus noirs — et mécontents : Voici voler sa fleur mordillée et tordue^ Comme un oiseau de feu qui tombe dans la rue. — Le geste entr'ouvre la gaule rouge et safran Qui tenait faiblement sur son épaule lisse ; Sous la chemise, blanc nuage transparent Où le jour radieux câHnement se glisse En amoureux, — les seins délicats et hardis Bombent leur nacre brune aux ronds luisants blondis Qu'auréolent, au bout, deux nimbes scabieuse, Sombre pourpre expirant en un halo lilas...

... Et cette floraison vague et mystérieuse

Ne l'a t-il pas surprise ailleurs, — bien loin, — là-bas,

Sous la lueur d'hiver mélancolique et rousse, — Aux temps où dans son cœur, frère du ciel éteint, L'amertume d'aimer fut si chère et si douce ?

Paiement brune sous le crespelé châtain De ses cheveux piqués de lent soleil jaunâtre 1-aible comme un tison qui se meurt dans son âtrc, « Elle » sourit, captant ses yeux avec « ses » yeux Où sourdent les forets et TOcéan torrides :

Parfois un chaud rayon noir et capricieux

Qui sombre comme un grain de quartz dans les rapides

Avive le saphir et le béryl splendides, —

Reflet troublant, — de quel monde étrange venu ?

AU SEUIL DE l'espoir IO?

Sur k bouche entr'oaverte ea rose épanouie

Le sourire éclatant se teinte d'inconnu

Et le carmin suave où s'allume la vie,

Qui suit la lèvre arquée et fine sans minceur.

Se fonce, en s'effilant sur la courbe fluette.

De mordoré mauve — et finit dans la douceur

D'une naissante et fugitive violette...

Dans la lourdeur des nuits de juillet, — autrefois, — Ne l'entendit-il pas chanter à demi -voix, — La cruelle charmeuse aux intimités fières, — Dans les bosquets piqués d'astres, loin des lumières, Moins chanter qu'expirer aux brises de minuit Qui coulent sans froisser la feuille qui bruit A peine, — cet air lent et plein de transes mortes. Sur des paroles plus naïves et plus fortes ?

i06 AU SEUIL Dt l'eSPuIR

« Par le soir chaud, fragrant de parfums de mango, « Vous alliez, brune et fine, au long de la Savane^ (( Sous les longs tulles des filaos, diaphanes, u Que la lune semait de paillons indigo.

« Des bamboulas lointains vibraient aux flancs des mornes « Et des flûtes stridaient sous les feuillages noirs, (k Comme vous alliez, lente et leste, en vos espoirs « D'avenirs éclatants sous vos cieux clairs et mornes.

« Tout près, la mer boulait son chant de diamants ;

(f Des blancheurs couraient sur le phosphore des vagues ;

« Vous étiez reine, avec des asti es bleus pour bagues,

« Reine des salons d'or aux orchestres dormants,

« Comme oppressés d'amour pour vous ; — mais, terrifique,

« Là-haut clamait l'étrange et triste âme d'Afrique !

La brume d'étain monte avec le vent salé Et voile la falaise où fument des fascines Sur l'horizon marin sauvage et désolé... Froides sur son fiont, les caresses des glvcines Sans fleurs, disent le Nord frissonnant, inquiet : Le grain d'Ouest a fraîchi tandis que s'effeuillait Le genêt blond^ — jonchant l'herbe de soleil pâle : La vague sonne dans les grottes, au lointain ; Des vols de poëlands tournent au vent qui « hâle d Et dans la passe « brise » un ressac argentin... C'est le premier sanglot de l'automne qui râl:.

I08 AU SEUIL DE l'eSPOIR

O cocotiers enfuis dans les rêves passés, Dans le bleu des ardeurs estivales constantes. Aux plages de mirage atrocement distantes, Contre l'or vert mouvant des pitons élancés, Voici, sous le coupant des bises aigrelettes, Et les effîlements des nuages ouatés, La roide charge de vos fières silhouettes : Les pins marins aux noirs parasols déjetés Près des fins peupliers, ces grisâtres squelettes !

Case torridement fraîche aux auvents ombreux Qui reflétaient la mer lente : — Amour savoureux, Chaud comme les parfums poivrés de l'Ile ardente, Ile des iles dans les zones de saphir, Mine de bonheur plus rutilante qu'Ophir, — Tendresse fausse de deux fous, — point dégradante. Vestiges de Ceux qui mêlèrent un moment Les maturités de leurs jeunesses précoces, —

Ravenelle d'or^ — O Zaza ! — les ans féroces,

Quelle cendre ont-ils fait de ce qui fut charmant ?

En l'éclat lumineux qui baigne les accores

Par le trouble flambant des Midis enchantés, —

Dans l'aube changeante^ aux frissonnantes gaîtés,

Et les soirs, — aux chansons amples des flots sonores, —

Près de l'anse où séchaient les grands filets ballants.

Souple givre irisé de trame aérienne.

N'est-il plus sous les gros sabliers indolents.

Une poussière, un rien volant qui se souvienne ?

Avec ses yeux mi-clos éteints entre les cils,

Ses sourcils abaissant leurs pointes vers les tempes,

Son sourire plus grave aux mystères subtils,

Son teint plus mat à la froide lueur des lampes, —

Malgré la gaule ocre et le madras rouge-sang,

Zaza prend un faux air des « rêveuses » d'estampes, -

(Les amoureuses ou les mystiques, froissant, —

Exquis charmes pervers ou suavités saintes, —

Dans leurs doigts fuselés des lys ou des jacinthes)...

Et cette mousse d'or noir d'un frison follet. D'un plus intense et d'un moins occulte reflet !

— Folie, aveuglement, — conscience endormie l — Il ne sait qu'à présent comme elle rappelait Charmeusement — et si cruellement, l'Amie !

Et d'autres terres se précisent, un instant. Moins chères, moins harmonieuses à son âme Mais dont il sentit la douceur — en les quittant, — Comparable à tel lourd mais enivrant dictame :

— Voici la côte aux durs pitons enchevêtrés, Poussant leurs bois géants et noirs jusqu'aux nuages. Et les volcans éteints penchant sur les mouillages Leurs gros rocs diaboliquement éclairés :

— Des maisons naines dans la formidable baie Où tout paraît énorme et tassé par les mains D'âtres Titans, — sauf les frêles abris humains. Semblent, au bord du vert miroir, des grains de craie

— De près, — sous les rameaux en voûtes réunis. De hautes cases à vérandahs s'étiolent

Entre les céïbas et les mahoganys.

Contre les murs taillés à pic qui les isolent

De tous chemins hormis des routes de la mer :

— Des môles vacillants tendant leurs marches hautes, - Aux vides ouverts sur rabîmc glauque et clair, — Pourrissent en repos, — gravis de rares hôtes, — Allongeant leurs balcons glissants et périlleux Au-dessus des fourres de mangUers saumâtres :

— A terre, sous le poids des feuillages houleux Montent les fûts luisants de colonnes brunâtres, 1-rôlés des éventails rêches des lataniers,

Des fils de chatoyant métal des orchidées Ht des fins boucliers cafres des bananiers.

Dans le frissonnement lourd des feuilles, — bordées De minces liserés d'or fuyant, — au plus fort De rOcéan mouvant des profondes verdures Où le rouge sentier s'enfonce avec effort, Comme moite du sang frais des essences dures, Dans Todeur de résine aux baumes concentrés Qui fuse des fourrés sauvages, — invisibles, — Une porte baillant aux brises msensiblcs Montre une chambre calme en l'épais des forêts :

C'est là qu'il a connu les bizarres tendresses

De femmes noires aux souplesses de cobra,

Aux yeux brûlants et fous, — sorcières ou prêtresses,

Aux torses nus frottés de musc et de koprah ;

AU SF.UIL DE l'espoir II5

Les nuits d'extase ardente et presque douloureuse, —

Par les bruissements des sylves en émoi.

Le vertige hors du possible et hors du Soi,

Entre les bras de la satanique amoureuse,

L'étouffement sous une haleine de brasier, —

Tandis qu'horrifiant, ivre de frénésie

Ou d'une atroce et monstrueuse jalousie.

Le dieu-serpent bondit dans son temple d'osier !

Fraîches des tons charmants et faux des porcelaines.

Les maisonnettes d'un faubourg australien,

Loin de la cité-monstre, orgueil des claires plaines

S'égrènent sous un ciel toujours aprilien,

Le long des « lanes » tout fleuris de bosquets roses.

Les feuillages pointus et les tours grandioses Des gommiers blancs vêtus d'un métnl satiné Montent dans le cristal de l'air illuminé. Riant de force jeune et d'allègre vaillance : Des arbustes, bouquets de souples fers de lance Retombent^ archets des glaces des « hoiu luindows », Qui vibrent, — musique hyaline en le silence —

I l6 AU SHUIL DP. l/i:SPOIR

Sous les convolvulus grimpants des B.irbadofe Qui nimbent Miss Jessie au teint rose de Chine, Menue en ses surahs dont le rose se chine D'un bleu de lin pareil à celui de ses yeux Si purs, — perdus en la transparence amollie De la voûte sans brume et sans mélancolie, — Si virginaux sous l'or frisé des cils soyeux ; Miss Jessie, efîlirée aux mots brutaux et tendres, Et dédaigneuse des trop précieux méandres Où la houle florale ondule de serpents, — Miss Jessie, aux regards chastes, — enveloppants. Qui précisa sa moue hardie et volontaire. — Et brusque, — s'approchant du marin ébloui. Lui noua les bras au cou pour le faire taire, — Bien fort, — et conjura le scandale d'un : oui !

Combien passent d'exquis ou d'étranges visages Mêlés, dans son esprit, ;\ de nets pavsages, A d'acres parfums, tout à-coup ressuscites. Qui le frôlent de ce malaise énigmatique D' « alors w, presque oublié dans les immensités

Des villages marins de ligne fantastisque

Filent sur l'eau profonde, à même les brisants, —

Rotangs barbarement peints de sang et de soufre,

Planchers à claire-voie en secs bambous cassants

Où le pêcheur noir dort au souffle bleu du gouffre:

— Arfaks ou Papouahs, goules au crâne étroit,

Des femmes de jais fauve aux cheveux de crin droit

Dont lesplendide corps nu, bestial, inspire

Une admiration qui se teinte d'effroi

Et dont miroitent les grands ongles de vampire.

Les yeux torridement sombres et scintillants

De cruauté tendre — ont, — (vnguen;ient aiguisée ?)

La dent trop blanche en la gencive lilacée...

Nacre de perle glauque aux fuyants orients Pâles, — et doucement ondulés d'hyacinthe,

IlS AU SF.UIL DE l'espoir

Délicieusement triste au midi cendré,

Le golfe roule au loin ses flots laiteux d'absinthe :

Dans les sculptures du palais rose ajouré, Plus mignonnement fine — et d'un travail plus rare, Ses boucles d'ambre et ses narines de Zingare Frisantes au long vent d'automne du Lido, Donna Lisa s'encadre — et les plis du rideau...

... Mais le rêveur sent bien que sa raison s'égare Et que ses souvenirs et ses rêves tondus En un nuage si beau que l'éther s'oublie L'entraînent aux charmants royaumes éperdus Où l'aspiration s'azure de folie...

Mais toutes, — qu'elles aient fleuri dans le Réel Ou viennent d'un Eden encore inabordable, Conservent en leur <• être » un trait essentiel De la divine, de la froide Inoubliable : Chacune est un détail de sa perfection ; Même celles qui n'ont qu'une grâce brutale Ravivent sa tristesse avec sa passion Par quelque pureté de la pure « Fatale ») ;

— "Ne fût-ce qu'un reliet d'un seul point de ses yeux.

Le frêle de son ris de fauveite sauvage,

Le rappel taussé d'un beau geste somptueux

Qui riva, plus pesant, — plus cher, — son esclavage, —

Une nuance, une ombre, — ou même... — (impiété ! )

Par un bizarre rien, accent de sa beauté, —

Un imprécis défaut qu'il aimait, — qu'il adore

Et dont l'exquisité trouble le hante encore :

Signe brun dans l'ivoire ou contour un peu dur,

Ou cette ligne si charmeusement lassée.^.

Ou la trèmeur qui fit plus douce, — il en est sûr, —

La voix chaude, vibrante et lente, — un peu brisée i

Et maintenant qu'elle est si loin dans le Passé Et le Futur (?)... après les saules et les marbres !.., Ne sait-il pas qu'elle a, plus loin, — si loin ! — glissé Dans le frisson des fleurs et le rythme des arbres^ En cet or nuageux d'autres limbes, aux jours Où son cœur s'éveillait aux premières musiques. Jours de vague bonheur séculairement courts, — Avant l'éveil complet des tristesses physiques, Par un éternel et berçant après-midi, — Quand son âme nageait en les tiédeurs sereines D'un lucide sommeil, — de parfums engourdi, — Dans l'enfance u voyante » !

Et plus tard^ les sirènes Delà fièvre, en ces nuits de martyre exalté

Qu'on se rappelle avec une âpre volupté,

L'ont souvent porté vers la Reine de leurs reines

Jusquà leur gouffre aux flots de harpe murmurants,

Leur Océan de perle en du soleil dissoute...

Et c'était ELLE encore, Elle aux yeux transparents

Plus sévères et plus lointains, mais elle toute

Et même en ce moment, contemplant le cap d'or

Blond et rougeâtre, aux pins sombres que le vent tord,

Dont l'autre versant cache un secret de sa vie

Et dont un rai d'automne auréole un sommet,

Ne sent-il pas en lui, le seul qui l'ait suivie

Après la mort, sous les grands arbres qu'elle aimait

Qu'elle lui parle bas de sa voix adorable

Plus divine qu'aux jours enfuis, mais immuable;

Et qu'en l'éclat solaire adouci des nmrs vieux

Qui réchauffent, après tous les deuils des parterres

La ravenelle rousse et les pariétaires, —

Sous les hguiers aux troncs blanchâtres et soyeux

Dont le feuillage cher aux pâleurs de la lune

Aux sourires d'étoile ou de soleil levant.

D'un lustre si profond près du songe mouvant

De l'endormeuse, de la magique lagune, —

S'envole des gazons secs en poussière brune.

Sous l'adieu des géants Ormes tout dépouillés, —

Elle redit des mots connus — mais oubliés, —

Evocateurs d'hiers pleins de grisante extase

Trop éphémère, qui meurt en s'insinuant

Et plus inexplicable en son charme fuyant

Qu'un chant rose, embaumé, dans des brumes de gaze.

Il sent qu'il l'a, — mais quand ? — vue avec d'autres yeux Que ceux qu'a fait pleurer S2 tendresse hautaine, — Par quels albes éclairs de rêves merveilleux ? Dans quelle déhrante atmosphère incertaine ? —

Est-ce elle qui nimbait ses bonheurs d'écolier

Au vague sentier bleu troublant et familier^

Sous les dômes de fleurs de jardins improbables.

Devant les Océans aux houles de clarté

Où voguaient comme des corolles adorables

Les nefs de ses désirs vers le port enchanté ? —

Est-ce elle qu'il suivit dans la mélancolie

D'espaces où planaient des regrets imprécis

Comme de lents oiseaux par vols las, éclaircis.

Reflétés aux remous de fleuves d'eau pâlie ?...

— Qu'il rencontra, debout, au seuil des vergers noirs

D'où glissent des touffeurs si douces et traîtresses, —

Près de lacs d'oubli, purs et sommeillants miroirs

Dont ensorcellent les captieuses tristesses, —

Dans le vertige, au bord de gouffres opalins

Où les vapeurs de grèbe aux tournoiements câlins

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Semblaient prendre son âme en leurs molles spirales Et l'engloutissaient, — si voluptueusement ! — Dans un demi « non-étrc », en des candeurs astrales?

En elle pressent-il le lien et l'aimant Entre ce monde enclos et les extrêmes grèves, Entre le vouloir morne, abrupt et déprimant Et la suave mort où s'achèvent le^ rêves Baignés de bleu mystique en l'immuable été, Dans rnnmense pitié de l'Immense Bonté ?...

... Car levant les yeux vers la voix qui le caresse Et vers l'infini clair tout étoile d'espoir L' « Isole » voit briller tes regards d'allégresse Et ton sourire, Aimée, en le ciel du beau soir.

Cartcret, mars 1896 — . Màliga. janvier 1897,

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