DELIRIUM LOQUENS
dessus. La fange no monte à la surface de l'eau que lorsque l'eau étant agitée et troublée, elle réussit à devenir écume.
Voici ce qui arrive pour les écoles d'arts et métiers : tous les élèves apprennent un état, un métier qui leur assure les moyens de gagner honnêtement leur vie, en tout état de choses. Quelques-uns et plus que quelques-uns, un assez grand nombre ayant cultivé des facultés et des dons, sont sortis de ces écoles pour devenir des ingénieurs, des mécaniciens distingués, des inventeurs, et ont pris des places honorables dans les premiers rangs de la société.
Ceux qui sont restés en route faute d'aptitudes supérieures, faute d'énergie, etc., ne sont pas tombés inutiles et dangereux aux autres et à euxmêmes; ils avaient entre les mains un outil, un métier bien enseigné. Ils sont devenus et restés menuisiers, ébénistes, serruriers, ajusteurs, mécaniciens, horlogers, etc, en ayant ajouté à la pratique de ces métiers certaines connaissances qui leur permettent d'y apporter des avantages, des perfectionnements, et de les élever en s'élevant eux-mêmes, tels que le dessin, un peu de mathématique et de géométrie, etc... Dans cette éducation, il n'y a pas de fruits secs, battant misérablement le pavé, en attendant une révolution, tandis que la France est aujourd'hui bien malade, peut-être se meurt d'une pléthore de fruits secs et de bacheliers.
Ces écoles réalisent ce que ce petit tartufe de Louis Blanc faisait l'autre jour semblant de désirer pour le peuple.
Mais d'où vient que, parmi tous ces orateurs soi-
disant populaires, soi-disant républicains, il ne s'en trouve pas un qui ose dire au peuple et aux ouvriers français ce que disait au peuple américain Franklin, que je cite souvent, parce que celui-là était un vrai républicain : Si quelqu'un vous dit que vous pouvez vous enrichir autrement que par le travail et l'économie, c'est un coquin ou un fou. »
Il vient d'y avoir un congrès d'ouvriers à Marseille ; quelques-uns ont montré du bon sens et ont émis quelques idées justes et praticables ? mais ce ne sont pas ceux-là qui ont été applaudis, le succès a été pour ceux qui ont répété des articles de journaux et de grosses phrases ronflantes.
Puis cela a fini par un hommage public, par un pèlerinage, par des dévotions à la tombe d'un criminel condamné par les lois et la justice du pays. Il faut dire que ceux des délégués qui avaient le sens commun ont pris le chemin de fer et sont rentrés chez eux la veille de la manifestation contre les lois de la République par des gens qui se disent et peut-être se croient républicains !
Certes, d'un congrès d'ouvriers, représentés par les plus habiles, les plus laborieux, les plus intelligents, les plus honnêtes de chaque métier, il sortirait nécessairement d'utiles renseignements et des indications favorables aux améliorations et au progrès. Mais ce n'est presque jamais ceux-là que les autres ouvriers admirent, choisissent et délèguent : ce sont les parleurs, les orateurs de cabaret.
Aussi d'une pareille réunion le résultat est clair : autant de journées de leur propre travail perdues par les délégués qu'en contient la durée de leur
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mission, autant do journées de travail de ceux qui les délèguent et les défrayent, bues, et mangées, et perdues.
Nous parlerons un autre jour du rôle que jouent les femmes dans ces réunions.
Les Grecs, les Athéniens surtout, qui aimaient les orateurs comme on aime la musique, parce que les sons de leur langue bien parlée était pour eux une musique ;
Les Grecs, qui n'avaient que sept sages qu'ils ne payaient pas, tandis que nous en avons comme députés et comme sénateurs un millier que nous payons fort cher, comprenaient mieux que nous qu'il fallait mettre des bornes aux entraînements et aux tyrannies de la parole ; on en était arrivé à mesurer, au moyen des clepsydres, le temps pendant lequel chaque orateur pouvait parler.
Quant aux Romains, ils chassèrent trois fois les orateurs : la première sous le consulat de Fannius Strabo et de Valerius Messala ; la seconde sous la censure de Domitius iEnobarbus et de Licinius Crassus ; la troisième sous l'empire de Domitien.
Exemple recommandé au tyran qui ne peut nous manquer si les soi-disant socialistes, démocrates et voyoucrates s'emparent du pouvoir, grâce à la complicité insensée, absurde, aveugle du parti rose que j'ai dénoncé déjà.