LA PREMIÈRE A MESDAMES LES HOMMESSES
mer de charité et d'amour pour le prochain : 2° cel nous rappelle qu'il a été au plus haut degré lo sel de la sagesse qui préserve et conserve les vertus : 3° lus, qu'il a été la lumière, lux de l'Église.
Si le cas était moins grave, je le répète, mes sœurs, et si vos plus chers intérêts n'étaient enjeu, à l'imitation de ce vénérable évéque je vous dirais : Cette première épître et celle qui la suivra formeront les deux divisions de mon homélie, d'après le nom latin de la femme millier : 1er point, mule, un fort et gracieux, poli et luisant animal, un peu opiniâtre, parfois un peu fantasque et rétif; 2e, lier, qu'il faut lier par la douceur, la complaisance et l'amour. Toutefois je prendrai exemple non sur l'évêque Le Camus, mais sur François de Sales, parlant à sa Philotée.
Lorsque le Maître souverain créa et peupla notre monde, pour le rendre éternel jusqu'à ce que sa volonté ou son dégoût en décidassent autrement, il assura sa reproduction par l'amour; à chaque animal il donna sa femelle ; au lion la lionne, au tigre la tigresse, au bélier la brebis, etc., à l'homme la femme. Au commencement la femme était loin de ce qu'elle est devenue depuis, distinguée de l'homme seulement par quelques petites différences et quelques détails indispensables, plus faible que lui, elle n'avait pas besoin comme aujourd'hui de lui « promettre obéissance. » La pauvre était bien forcée de se soumettre ; et l'homme ne lui a demandé la promesse d'obéir que quand il a cessé de pouvoir l'y contraindre. Son lot de femelle de l'homme était alors fort triste ; objet d'un empressement brutal et
impérieux, mais momentané et à peine périodique, elle était le reste du temps une esclave misérable.
Mais le Créateur, dans sa justice, le Créateur qui « mesure le froid à la brebis tondue, » pensa à armer cet être faible et si exposé à l'oppression . La beauté ne suffisait pas, tant s'en faut ; elle l'exposait, au contraire, à des tyrannies et à des violences, au printemps. — Il lui donna la pudeur ; et c'est à tort qu'on a attribué au diable le conseil qu'elle reçut de se vêtir. Ce n'est pas tout ; il la fit moins disposée que l'homme aux incitations physiques de l'amour. La femme aime plus à être aimée qu'elle n'aime véritablement elle même. Son cœur ne s'embrase pas d'un feu spontané, il ne s'allume qu'au contact du cœur flagrant de l'homme.
Dieu avait donné à l'homme sa femelle, comme aux autres animaux; mais l'homme, l'amour, la pudeur et la civilisation ont fait la femme, telle que nous la voyons aujourd'hui et telle que certaines folles essayent de la détruire pour la ramener à l'état de femelle désirable, désirée et aimée sans amour, huit jours par an, vers Je mois de mai.
Les Gaulois qui, du reste, les premiers, ont quasi divinisé les femmes, choisissaient un chêne dans la forêt et décidaient qu'ils en feraient un dieu ; ce chêne d'abord était semblable aux autres, mais ils y appendaient les dépouilles des ennemis vaincus, les armes brillantes, les anneaux d'or des chevaliers romains.
De même l'homme civilisé, pour augmenter les différences entre les deux sexes et faire de la femme un être à part, un être supérieur qu'on pût adorer, lui a laissé le privilège des grandes et brillâmes