LA. PREMIÈRE A. MESDAMES LES H0MMESSE
chevelures, l'ombre de la maison, une oisiveté relative qui ont accru la blancheur, le poli et la douceur de la peau. Il l'a lenue à l'abri des dangers pour que l'habitude du péril ne lui fit pas perdre la timidité. Il lui a réservé les vêtements longs, les étoffes de couleur, les étoffes riches et brillantes, la soie, le velours, les rubans, l'or, les bijoux, les pierreries. 11 a rompu sa chaîne, et a divisé cette chaîne en anneaux d'or enrichis de diamants, d'émeraucles, de saphirs, sous le nom de bagues, de bracelets, de pendeloques. Cette différence est si indispensable entre les sexes, qu'il est difficile de ne pas sentir de la répulsion et du dédain pour l'homme qui essaye d'usurper les ornements féminins, les longs cheveux frisés, etc., les étoffes éclatantes, les bijoux. Un homme ne doit pas porter un bijou qu'il ne soit prêt à le donner à la première femme qui attachera dessus un de ses regards. Un homme ne doit pas non plus avoir le visage ni les mains trop blancs. La nécessité de celte séparation entre les deux sexes est si bien sentie par tous, que l'on enseigne la timidité aux femmes comme on enseigne le courage aux hommes, et que les seconds exagèrent leur force et leur bravoure, comme les premières exagèrent leur faiblesse et leur peur. J'en appelle à tout homme qui a eu le bonheur de ne pas voir éclore les premières fleurs de son cœur sur du fumier, qui n'a pas débuté par les courtisanes. La première femme, la première jeune fille surtout qu'il a aimée ne lui a-t-elle pas semblé un être d'une espèce, d'une nature tout à l'ait différente de lui et absolument supérieure, au point de n'oser presque pas songer à la lin du roman et à la possession?
J'ai dit : assez heureux, car le contraire de la débauche, ce n'est pas l'abstinence, c'est l'amour.
Rien n'est hideux comme une femme habillée en homme. Je ressens du dégoût pour tout ce qui, dans le mouvement perpétuel, dans la rotation des modes, donne aux ajustements féminins quelque rapport avec le vêtement des hommes. Il en est de même quand je vois les hommes se coiifer en bandeaux séparés, frisés, collés sur le front, comme ça été la mode depuis quelques années. Un ongle, un cheveu, un cil de femme ne doivent pas ressembler à un ongle, à un cheveu, à un cil d'homme. Jamais une femme n'est trop femme, ni un homme trop homme, et les vrais hommes n'aiment que les vraies femmes, comme les vraies femmes n'aiment que les vrais hommes.
Eh bien! c'est cette différence entre les deux sexes, c'est ce charmant empire de la femme, que l'on s'efforce d'effacer et de détruire aujourd'hui. Et qui est-ce qui fait cette tentative absurde et sacrilège ?
Des femmes !
Ces femmes veulent dépouiller leur sexe de ses plus charmants attributs, de ses dons les plus précieux. Elles réclament, disent-elles, l'égalité entre les sexes, s'imaginant sottement, comme le font du reste les dupes des orateurs de taverne, que l'égalité consiste à être tous la même chose ; tandis qu'elle consiste, au contraire, à tendre et à arriver au même degré de perfection dans le rôle que les hasards de la vie lui ont assigné. La giroflée jaune qui pousse sur les vieilles murailles est l'égale de la rose, objet des soins du jardinier. Son apparition inattendue,
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son parfum ambré, le contraste de sa fraîcheur et de l'or de ses pétales avec les pierres noires et moussues, lui donnent un charme particulier. Les horticulteurs, ne disons pas jardiniers, car j'ai été le dernier jardinier — ce joli mot n'est plus accepté aujourd'hui par le plus infime traîneur de brouette — les horticulteurs, à force de semer, ont « obtenu » une giroflée des murailles qui affecte quelque peu la couleur de la rose, des tons d'un rose lilacé. Eh bien ! ce « gain » est loin d'être aussi charmant que la giroflée jaune d'or des ruines. Le pêcher est l'égal de l'oranger, et n'a pas besoin pour cela d'essayer de remplacer ses beaux fruits de fin velours rose par les pommes d'or de l'oranger. Une pêche qui aurait un peu le goût de l'orange, une orange qui aurait le goût de la pêche feraient de deux fruits exquis un métis au moins médiocre.
Une secte de femmes veut aujourd'hui usurper les attributs et les fonctions des hommes, elles veulent être avocats, orateurs politiques, etc. Je pardonne et j'approuve même la médecine, à la condition qu'elles seront en petit nombre et qu'elles consacreront leur science et leurs soins aux membres de leur sexe. Ce serait en effet un très grand progrès en civilisation que de voir les femmes ne plus être obligées de renoncer à la pudeur pour exposer leurs infirmités, leurs maux, etc. , aux oreilles et aux yeux et aux mains des hommes. Il n'est pas rare d'en voir préférer les souffrances et la mort à cette profanation d'elles-mêmes. On ne s'y résigne qu'après de chastes hésitations qui laissent à la maladie le loisir de s'aggraver et de devenir incurable. Une femme, d'ail-
leurs, comprendra et devinera mieux les inquiétudes, les souffrances, les besoins des femmes et obtiendra plus facilement leurs confidences.
Mais quant à être orateuses, députées, ministresses, présidentes de républiques, c'est une autre affaire ; il faut alors aussi qu'elles soient soldâtes et cochères de fiacres, charpentières, couvreuses, maçonnes, récureuses d'égouts ; il ne serait pas juste que sous prétexte d'égalité, elles puissent choisir et enlever aux hommes les métiers faciles et brillants ; il faudrait aussi qu'elles renonçassent à la soie, au velours, aux jolis chapeaux, aux longues traînes, aux brodequins de soie, aux plumes, aux fleurs, aux bijoux, et, qui pis est, à la réserve, à la timidité, à la faiblesse ; en un mot, qu'elles abolissent toutes les nuances qui les distinguent des hommes, n'en réservant qu'un petit et brutal détail ; en un mot, qu'elles cessassent d'être des femmes pour redevenir des femelles et des hommesses. — Que Jupiter, pour les punir, inflige une barbe noire, brune, blonde ou rousse à leurs petits mentons !
Outre la médecine, il est une autre concession que je ferais volontiers aux orateuses, libre-penseuses, etc. , le droit de vote. Si ce mensonge si dangereux, appelé à tort le suffrage universel, est maintenu quelque temps encore par la Providence, qui ne jugerait pas pour nos fautes la punition et l'expiation et la leçon assez fortes, je ne vois pas pourquoi elles ne seraient pas appelées à voter. Je ne sais aucune raison contre leur vote qui ne soit au moins aussi bonne contre le vote de plus de la moitié des électeurs masculins.